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Nicolas Bourriaud : « Le MoCo, les fonctions de l’art en une seule institution »

par Véronique Giraud
Nicolas Bourriaud, critique d’art, directeur général MoCo (Montpellier Contemporain). © Henry Roy
Nicolas Bourriaud, critique d’art, directeur général MoCo (Montpellier Contemporain). © Henry Roy
Arts visuels Arts plastiques Publié le 20/06/2019
Le MoCo ouvre le 28 juin à Montpellier. Deux expositions l’inaugurent et 100 artistes sont invités. Nicolas Bourriaud, son directeur général, explique en quoi consiste cette institution d’art contemporain d’un nouveau genre.

Montpellier crée enfin un lieu pour l’art contemporain. Qu’est-ce que le MoCo ?

Montpellier Contemporain, abrégé en MoCo, est une institution d’un nouveau genre qui regroupe trois sites et trois fonctions totalement différentes. C’est une institution horizontale, qui traverse la ville de Montpellier, de la gare aux Beaux-Arts, et recoupe la vie d’un artiste. Cela va du lieu de formation, à l’école des Beaux-Arts, à la production des œuvres et l’exposition, à La Panacée, en passant par la médiation d’art contemporain, et s’achève avec la collection, à laquelle est dédié le nouvel Hôtel des Collections qui ouvre le 28 juin. Toutes les fonctions du monde de l’art sont ainsi réunies dans une seule institution.

 

 

Est-ce qu’avec le MoCo Montpellier rejoint le niveau international ?

Montpellier a un niveau international en danse, je ne vois pas pourquoi elle ne l’aurait pas en arts plastiques. Il suffit de se donner les moyens et d’avoir une vraie volonté politique, ce qui est le cas. On va créer un rééquilibrage, qui nous permet d’ailleurs de développer des projets avec nos amis du spectacle vivant, de la danse et de l’opéra. Contribuer à cette synergie, c’est quelque chose que nous allons développer dans les années à venir. Cela nous permettra de collaborer à un plus grand niveau encore.

 

 

Quelles sont les prochaines expositions du MoCo ?

La première exposition est confiée à la directrice artistique du musée d’art contemporain de Tokyo musée à partir de la collection d’un entrepreneur japonais, Yasuharu Ishikawa. Ces œuvres, ces chefs d’œuvres, donnent une étrange impression de sérénité et d’intimité, en même temps qu’un vrai dialogue avec l’histoire. C’est une collection d’art contemporain qui ne ressemble pas à l’idée qu’on s’en fait habituellement.

La deuxième, en octobre, sera issue d’une collection publique. Celle que l’historien d’art Andreï Erofeev a constituée dans les années 80-90 dans la perspective de la création d’un musée d’art contemporain à Moscou. Il a amassé un nombre incroyable d’œuvres des artistes soviétiques de cette époque et ces œuvres n’ont jamais été vues, elles sont enfermées depuis dans les réserves de la galerie nationale russe Tetriakov.

 

Que pouvez-vous dire de l’exposition de La panacée, intitulée "La rue où le monde se crée" ?

Il s’agit d’une exposition sur les interventions d’artistes dans la rue depuis une trentaine d’années, on y voit beaucoup de très grands artistes comme des artistes moins connus. Sur les 78 de l’exposition présentée par Hou Hanru en 2018 au MAXXI Rome, il y en aura une cinquantaine à La Panacée. Ce sera une exposition très cahotique, à l’image de Hou Hanru et de ses mises en espace, qui sont toujours inspirées par la rue asiatique. Il a cette manière de créer des surcharges qui sont un peu son style curatorial.

 

 

Que représente ce projet dans votre vision de l’art ?

C’est le projet le plus important que j’ai fait depuis le Palais de Tokyo. Et, comme le Palais de Tokyo, j’essaye d’en faire une nouvelle étape dans la conception d’une institution, de faire franchir à la notion même d’institution artistique une étape supplémentaire. Ce qu’on est en train de faire ici n’existe pas ailleurs. De la même manière que quand nous avons ouvert le Palais de Tokyo, cela n’existait pas, ni à Paris ni en Europe. Il y a toujours cette dimension d’expérimentation, qui me semble très importante, et la tentative de coller aux exigences nouvelles que l’époque nous fournit.

 

 

Quelles exigences évoquez-vous ?

On ne peut plus créer un centre d’art aujourd’hui comme en 2000. Il faut regarder ce que les artistes font. Ce qu’ils sont en train de faire dans leurs ateliers, c’est la boussole. Et c’est cette boussole qui permet de concevoir le MoCo Montpellier Contemporain comme une institution qui fonctionne à l’horizontal, qui refuse le geste architectural logotypé des institutions classiques pour réhabiliter des espaces dans le centre-ville. C’est toute cette réflexion qui est présente ici.

 

 

Ce que vous décrivez c’est aussi l’idée d’une nouvelle gestion de l’art contemporain, moins lourde pour les concitoyens ?

Il est évident que si on n’avait pas mutualisé les trois lieux, il y aurait trois directeurs pour chaque lieu. Ça vaudrait au moins le triple, et ça vaut pour tous les postes. Nous avons recruté des renforts pour l’ouverture de l’Hôtel des Collections, mais on aurait dû recruter entre vingt et trente personnes si on avait ouvert indépendamment.

Cette mutualisation, qui s’est faite très de manière très organique à partir des forces existantes, n’est pas la même chose qu’une mutualisation forcée. C’est très important. Et ça fait bien entendu des économies pour le contribuable. Il vaut mieux mettre l’argent là où il doit être mis, c’est-à-dire dans la production des œuvres.

 

 

Critique d’art et commissaire d’expositions spécialisé dans l'art contemporain, Nicolas Bourriaud a fondé et co-dirigé le Palais de Tokyo de 2000 à 2006. Chef de l’Inspection de la création artistique au Ministère de la Culture et de la Communication en 2010, il fut Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts Paris de 2011 à 2015. Depuis 2016, il est directeur artistique de La Panacée, et en charge de la préfiguration d’un centre d’art contemporain à Montpellier.

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