espace abonné Mot de passe oublié ?

Vous n'avez pas de compte ? Enregistrez-vous

Mot de passe oublié ?
ACCUEIL > Portrait > À Paris, la pratique amateur a ses maisons et ses artistes

À Paris, la pratique amateur a ses maisons et ses artistes

par Véronique Giraud
Le bal de Babelle. Chorégraphie José Montalvo. Atelier danse dans le cadre des denses journées de la danse de la MPAA. Représentations à la Canipée les Halles, Paris, mai 2018. DR
Le bal de Babelle. Chorégraphie José Montalvo. Atelier danse dans le cadre des denses journées de la danse de la MPAA. Représentations à la Canipée les Halles, Paris, mai 2018. DR
Hors-Champs Institution Publié le 07/02/2020
Le désir d'expérimenter une pratique artistique tente de plus en plus de personnes. On ne sait pas combien, les amateurs intéressent peu. À Paris, la Maison de pratiques artistiques amateurs (MPAA) accueille et accompagne tous ceux qui veulent réaliser un projet de théâtre, de danse, de musique. Sans pour autant devenir des professionnels.

En famille, entre amis, il y a toujours eu des chansons, des poèmes, des histoires. Mais, alors que le consommer a pris le pas sur le faire, la plupart d’entre nous se détourne de telles pratiques. Il faut dire qu’elles sont peu encouragées, ni valorisées, et l’amateur est devenu spectateur. Pourtant, danser, fabriquer un vêtement, jouer, se dépasser, faire avec l’autre et apprendre de l’autre, rend souvent heureux. Le besoin de tenter simplement par soi-même, tourner le dos aux propositions d’un monde ancien, épuisant et excluant, pousse de nombreuses personnes vers des pratiques artistiques et collectives.

Initiée en 2007 par Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, une première Maison de pratiques artistiques amateurs (MPAA) a vu le jour dans l’objectif de combler le manque de salles de répétition d’un public peu attiré par le professionnalisme d’une discipline artistique mais ayant le goût pour une pratique, en un mot l’amateur. Elles sont cinq aujourd’hui dans la capitale, et leur cahier des charges est ambitieux : l’accueil de centaines de projets artistiques de théâtre, de danse, de concert, mise à disposition de salles de répétition, l’accompagnement des compagnies, avec un regard artistique sur le projet, un conseil technique, un conseil juridique, des outils administratifs adaptés aux besoins du projet. Et les demandes affluent ! Pas moins de 500 projets sont accueillis chaque année.

 

Une offre attrayante. Il faut dire que l’offre MPAA est attrayante : des salles prêtées pour un prix allant de 2 à 21 euros de l’heure, leur ouverture le soir et le week-end, un accompagnement artistique et technique, la programmation en salle des projets des amateurs, la possibilité d’une collaboration avec un artiste, allant de la découverte de son univers esthétique à une initiation à son travail au plateau pour in fine participer en atelier à la création d’un spectacle. Ce dernier ne partira pas en tournée, mais fait l’objet d’une représentation publique, au programme des sorties d’hiver et d’été de Remontantes. Les sorties d’hiver 2020, qui s’achèvent le 7 février, ont donné sur scène l’aboutissement de plusieurs mois de répétition et, en chacun des protagonistes, un enrichissement mutuel, celui d’une discipline pour l’amateur, celui de sa propre pratique pour l’artiste. « Cette année, nous avons ouvert les Remontantes avec le dernier spectacle de l’artiste Nash, qui marie le krump, la danse contemporaine et la danse Buto à laquelle elle s’est formée au Japon. Nash a très simplement expliqué à la fois sa démarche, ce qu’est le krump, et son parcours de danseuse à chorégraphe. Le dimanche suivant, 80 amateurs étaient réunis au plateau pour une initiation au krump. C’était très puissant de le découvrir en le faisant. Suite à cette expérience, la semaine prochaine débute un atelier de création krump sur la musique du Sacre du printemps, avec 25 amateurs et amatrices ». Le spectacle sera restitué dans la salle de Saint-Germain le 23 mai. Dans la même salle, le 5 février, le public est venu assister à la création de Le jour où les poules sont devenues bleues, une pièce écrite et mise en scène par Damien Dutrait. Sur scène, cinq comédiennes et deux comédiens amateurs ont servi ce texte inédit, lauréat du prix du public en 2018 du concours d’écriture De l’encre sur le feu. Sept sur scène, mais passant d'un rôle à un autre, portant les paroles des ouvriers d'une usine chimique réunis pour tenter de rendre audible et public les dangers des manipulations auxquels ils sont confrontés quotidiennement, la mort d'un des leurs que la veuve s'obstine à vouloir enterrer sous l'arbre où il aimait déjeuner, devant l'usine. Ces mêmes ouvriers, finalement convaincus de la force du théâtre, répétant la pièce qui fait se confronter patron et ouvrier, et les divers points de vue des travailleurs. Le texte a, dans la MPAA, résonné comme un miroir du pouvoir émancipateur du théâtre et de l'amateur.

Les ateliers de création sont animés par des artistes choisis parce que partageant les valeurs de la MPAA. « Ce sont toujours eux qui écrivent le projet, explique Sonia Leplat. Il n’y a pas de politique descendante de Je vais t’apprendre à faire ci ou ça, c'est On est ensemble, on va créer quelque chose. L’artiste apporte son esthétique propre, les participants eux vont alimenter la proposition artistique. C’est aussi ce que viennent chercher les artistes professionnels qui travaillent avec nous ».

 

La pratique amateur à l'échelle d'un territoire. La MPAA a enfin pour vocation de devenir un centre de ressources sur la pratique artistique à l’échelle du Grand Paris. « Et, au plan national, de compiler tous les échanges et la pensée sur qu’est-ce que c’est être amateur, qu’est-ce que la pratique artistique, quelle place elle pourrait occuper dans les politiques culturelles » complète la directrice. Une personne a été recrutée, des outils internet sont développés pour une mise en ligne en septembre. Ce futur centre de ressources offrira une base de données pratiques qui mettra en partage les disciplines à une échelle locale, et les lieux où elles peuvent se pratiquer, selon les âges et la proximité géographique. A Paris, aucune structure ne recense ces données.

« Par ailleurs, ajoute Sonia Leplat, nous avons constaté qu’en France les acteurs culturels ont besoin d’échanger sur ce qui se fait en pratique amateur et sur les outils de repérage, de lien avec les professionnels. En quelques mots, comment faire pour mettre à disposition de la pratique amateur des lieux autres que chers, ou des conservatoires ouverts selon les disponibilités de enseignants et des élèves. Cela interroge beaucoup de communes ». Les intérêts semblent nombreux de quantifier et rendre perceptibles la réalité du monde amateur.

 

 

Partager sur
à lire aussi

ENTRETIEN AVEC SONIA LEPLAT
Fermer