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Penthésilée.e.S impose la complexité de la puissance féminine

par Véronique Giraud
Création de PenthesileeS à la Chartreuse de Villeveuve lez Avignon. De gauche à droite, Seydou Boro (Achille), Marie-Pascale Dubé, Lorry Hardel (Penthésilée). © Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon
Création de PenthesileeS à la Chartreuse de Villeveuve lez Avignon. De gauche à droite, Seydou Boro (Achille), Marie-Pascale Dubé, Lorry Hardel (Penthésilée). © Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon
Arts vivants Théâtre Publié le 13/07/2021
Les mythes sont sans cesse interrogés au théâtre pour penser notre monde du plus haut et du plus loin, et pour parler d’aujourd’hui. Celui de Penthésilée, reine des amazones, avait été interrogé au tout début du XIXe siècle par un homme, Heinrich von Kleist, aujourd’hui c’est une femme, l’auteure Marie Dilasser, qui s’y attèle. Son texte fleuve est mis en scène par Laetitia Guédon.

En cet après-midi, chaud et ensoleillé, la nuit tombe dans le tinel de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Une brume se disperse au-dessus des spectateurs. Ces nues célestes (que l'on retrouve sur un écran qui occupe la largeur du fond de plateau) transportent l'esprit, tandis qu’une mélopée hante l’espace. L’apparition d’une silhouette féminine, vêtue de blanc, rive l’attention. Visage face au public, elle lance un saisissant chant de gorge, installant un féminin intime et déroutant tandis qu’une ombre noire traverse la scène pour se poser au milieu d’un autel de bougies. Il en faut autant pour introduire la longue histoire avec laquelle Marie Dilasser a fait revivre Penthésilée, lui donnant la parole. Incarnée par Lorry Hardel, c’est à travers la voix douce et puissante de la comédienne que ses mots résonnent et que les images naissent de cette reine des Amazones dont il est dit que, avec douze de ses congénères, elle combattit les Grecs au côté des Troyens. C'est ce même combat qui lui fit rencontrer Achille, ici incarné par le danseur et chorégraphe Seydou Boro. Derrière l’illustre guerrière, l’Occident a construit le mythe de la domination de la femme, qui n’utilise l’homme que pour s’accoupler, puis l’extermine.

 

Le pouvoir et la femme. "Avec Penthésilé·e·s Amazonomachie, je veux parler du pouvoir et de la relation  complexe que les femmes entretiennent avec lui", prévient la metteure en scène. Alors que s'exerce un nouveau réveil de la femme occidentale, construisant sa révolte contre les excès de la domination masculine, les mots de Marie Dilasser trouvent un écho favorable, coulent dans les oreilles comme un bon vin dans le gosier. Ses digressions dans le présent, ses allusions aux manifestations féminines actuelles, aux tentatives d'imposer à la collectivité la vision du sexe de la femme comme Penthésilée l'avait du "javelot" de l’homme, ne peuvent qu'aisément se loger dans l'esprit et dans les yeux contemporains. La puissance des femmes, héroïnes ou simples mortelles, se révèle en entremêlant le mythe et la réalité d'aujourd'hui. C'est la grâce qu'offre le théâtre.

 

Le long monologue de Marie Dilasser, entrecoupé d’un dialogue muet avec l’amoureux Achille, est parfois touffu. Mais Laëtitia Guédon a eu la belle idée de l’éclairer des belles métamorphoses de l’artiste vidéaste Benoît Lahoz, de l’entrelacer des évolutions du corps gracile de Marie-Pascale Dubé et des voix célestes d’un chœur formé par quatre jeunes femmes. Tous les sens sont pris à qui veut entendre la puissance déminine. "Penthésilé·e·s Amazonomachie est un spectacle indiscipliné qui mêlera le théâtre, la danse, la musique/le chant, et la vidéo", c'est en ces termes que metteure en scène exprimait sa première intention. Penthésilée sortira de sa toute puissance pour avouer l'amour que lui inspire Achille mais, reine des Amazones, elle impose sa loi et son pouvoir… C'est cette dichotomie, révélant l'essence féminine tout de mystère et d'abandon, qui trouble et émeut.

 

Penthésilé·e·s Amazonomachie. Texte : Marie Dilasser. Conception et mise en scène : Laëtitia Guédon, Création 2021 du 6 au 13 juillet, Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, dans le cadre du Festival d'Avignon 2021.

Avec Seydou Boro, Marie-Pascale Dubé, Lorry Hardel. Et Sonia Bonny, Juliette Boudet, Mathilde de Carné, Lucile Pouthier (chœur). Musique et son : Jérôme Castel, Grégoire Letouvet, Nikola Takov. Lumière : Léa Maris. Scénographie : Charles Chauvet. Vidéo : Benoît Lahoz. Costumes : Charles Chauvet, Charlotte Coffinet. Assistant à la mise en scène : Quentin Amiot.

Les 17 et 18 novembre : Montluçon – Théâtre des Îlets - CDN de Montluçon. Du 24 au 25 novembre : Colmar – Comédie de Colmar. Du 30 novembre au 2 décembre : Rouen – CDN de Normandie - Rouen. Du 14 au 16 décembre : Créteil – MAC - Maison des Arts et de la Culture. Le 13 janvier 2022 Creil – La Faïencerie - Théâtre de Creil. Les 28 et 29 janvier 2022 Fort-de-France – Tropiques Atrium. Les 4 et 5 février 2022 : Basse-Terre – L'Artchipel. Du 6 au 22 mai 2022 : Paris – Théâtre de la Tempête.

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