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Marteau et faucille pour détenu solitaire, selon Julien Gosselin

par Véronique Giraud
Joseph Drouet dans
Joseph Drouet dans "Le marteau et la faucille" de Don de Lillo, mise en scène par Julien Gosselin. DR
Arts vivants Théâtre Publié le 02/06/2019
Le metteur en scène Julien Gosselin revient sur Don de Lillo. Il en avait donné dix heures à Avignon l'an dernier en adaptant trois des romans de l'écrivain américain. Cette fois, au Printemps des Comédiens, il en extrait une heure haletante, seul en scène virtuose de Joseph Drouet.

Seul sur la scène de l’Agora de Montpellier, assis devant micro et caméra, l'acteur Julien Drouet ôte sa veste de businessman pour s’asseoir sur le seul meuble de la scène, une chaise noire. Devant lui, caméra et hauts parleurs, derrière lui un écran de cinéma. Une légère inquiétude gagne le spectateur : s'agit-il d'une simple lecture du roman de l'écrivain américain Don de Lillo ? Où sont les éléments de la dramaturgie ?

Ils sont bien là, et c'est une véritable prouesse. D'abord dans le jeu : pendant 60 mn, sans jamais se lever de sa chaise, sans jamais interrompre son monologue, l'acteur va incarner Jerold Bradway, avec des tics manifestant une nervosité incontrôlée. Ce jeu est cependant mouvant, puisque l'acteur apparaît en même temps sur l'écran où les expressions multiples de son visage crée comme un double de lui-même en dehors de ses mots. Il interprète d'ailleurs plusieurs personnages pat des modulations de voix qu'amplifie la sonorisation. Enfin la musique va crescendo, jusqu'à l'obliger à crier pour se faire entendre, à certains moments du spectacle.

 

L'univers carcéral, hors faucille et marteau. Sa voix entonne son drôle d’univers carcéral, rempli de traders, de marchands d’art et autres puissants financiers dont la mémoire fait revivre une sensation de puissance irrésistible mais que la condition carcérale apaise finalement. Les emblèmes du communisme, faucille et marteau, ponctuent soudain cet univers de travers déchus. Sur un ton désabusé, parfois désemparé, les descriptions de cet étrange quotidien, partagé entre football et vue sur une autoroute, entre cantine et salle télé, entre confessions de compagnons de cellule et temps de réflexion sans limites, s’enchainent dans un rythme haletant. Difficile de dissocier Joseph Drouet de Jerold Bradway tant le comédien donne de lui dans un rôle qui lui colle à la peau et tient le spectateur en haleine.

Le théâtre de Julien Gosselin fait son jeu des mots d’écrivains dont la virtuosité féroce décrit un monde, dangereux, ou nostalgique. C’est ce qui a poussé le metteur en scène à adapter avec bonheur Michel Houellebec, Roberto Bolano, Aurélien Bellanger et, en 2018, Don de Lillo. Aux comédiens de sa compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur, à qui il transmet son désir de donner vie et rythme à ces textes. C’est ce qu’ils ont réalisé magistralement à Avignon pour un spectacle de 10 heures, inspiré de trois ouvrages du romancier américain. De ce spectacle fleuve, il a tiré un extrait dit par Joseph Drouet. Le texte, intitulé Le marteau et la faucille, est devenu un spectacle que Julien Gosselin fait reprendre au comédien pour le Printemps des Comédiens.

 

Le marteau et la faucille, texte de Don de Lillo, mise en scène Julien Gosselin., avec Joseph Drouet. Création au Printemps des Comédiens, à l'Agora de Montpellier les 31 mai, 1er et 2 juin 2019.

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