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L’utopie du Centaure,  » Comprendre le monde par la réunion « 

par Véronique Giraud
Depuis octobre 2016, le théâtre du Centaure a planté son chapiteau dans le 9e arrondissement de Marseille © Francesca Todde
Depuis octobre 2016, le théâtre du Centaure a planté son chapiteau dans le 9e arrondissement de Marseille © Francesca Todde
Le chapiteau du Centaure © Francesca Todde
Le chapiteau du Centaure © Francesca Todde
Arts vivants Performance Publié le 23/01/2017
Pour Camille et Manolo, fondateurs du Théâtre du Centaure, l'enjeu est l'utopie de la réunion, celle de l'homme et de l'animal, à l'image du centaure, celle aussi liée à l’équilibre entre ville et nature. Le territoire de Marseille sur lequel ils sont installés depuis octobre dernier, situé entre le quartier sensible de la Cayolle et le parc naturel des Calanques, est hautement symbolique.

Le théâtre et le cheval sont venus en même temps ?

Cela nous embête de dissocier les deux, de dire on vient du théâtre, on vient de l’équitation. La particularité de chacun dans la compagnie est d’avoir réuni les deux.

 

Mais dans la société, les deux univers sont distincts…

Nous les centaures sommes convaincus de réunir les choses. Notre société sépare les choses, elle les a séparé pour les comprendre. Parfois pour les opposer. On coupe le savoir, on coupe la matière en petits morceaux pour avoir une connaissance de plus en plus précise mais on a tellement découpé qu’on a même devisé l’atome. Ça nous a pété à la gueule.

Nous sommes la génération d’après la fission de l’atome, une génération qui doit comprendre le monde non plus par la séparation mais par la réunion. C’est ça l’utopie du Centaure. Ne pas séparer d’un côté l’acteur et d’un autre côté le cavalier, mais travailler sur l’utopie de cette réunion. Croire qu’on n’est pas vraiment entier quand on est tout seul. Le Centaure, c’est toujours parler de cette quête.

 

Dans vos actions, il y a aussi une quête des territoires. Vous venez de vous installer dans un nouveau territoire de Marseille, la Cayolle, qui a une histoire, une géographie, une sociologie. Que veulent y faire les Centaures ? 

Camille. Est-ce qu’on est nomade, est-ce qu’on a une terre ? C’est une question que l’on se pose depuis toujours. Les centaures sont forcément nomades, le cheval est un grand voyageur, qui va même au-delà du monde des vivants, qui nous emmène au monde des morts. Ce grand voyageur nous a emmené vers TransHumance, vers les grands espaces. En même temps, on a besoin de ce territoire. Les chevaux ont besoin de se nourrir, de travailler tous les jours.

Manolo. Le centaure, comme un musicien ou un danseur, a besoin de travailler tous les jours son instrument, notre corps et notre moitié animale. Je ne sais plus quel grand pianiste disait : « quand je ne joue pas un jour, mon piano s’en aperçoit, deux jours, je m’en aperçois, trois jours, le public s’en aperçoit ». Pour nous c’est pareil, nous sommes dans quelque chose qui est nécessairement quotidien. Nous avons besoin d’un ancrage où on peut répéter nos gammes chaque jour, et vivre ensemble. Il faut ce lieu pour vivre ensemble.

Camille. C’est une relation. On muscle cette relation, on muscle cet imaginaire. C’est particulier parce qu’on travaille ensemble, on vit ensemble, on ne sépare pas la vie et le travail. On a vécu avec nos chevaux, certains ont vécu avec nous 25 ans, puis sont partis en retraite. Dans ce lieu, les anciens peuvent rester, les jeunes aussi. Il y a peu d’actifs dans une écurie. Sur la vingtaine de chevaux, seuls deux jouent en ce moment. Ce lieu est donc à la fois un territoire et une projection dans le temps, du poulain au cheval qui va mourir auprès de nous.

Manolo. Marseille nous a adoptés. La compagnie a été créée en Bourgogne mais nous sommes arrivés en 1995 à Marseille. Ça fait donc plus de vingt ans. Cette ville a une identité très particulière, de jonction, de lien, d’ouverture. C’est le plus grand port de la Méditerranée. C’est le lien entre les rives du Sud et du Nord de la Méditerranée, entre le nord et le sud de la France. Et l’endroit où nous sommes installés n’est pas anodin. Nous sommes dans le 9e arrondissement, le plus peuplé de Marseille, et équivalent à Aix-en-Provence ou Clermont-Ferrand. Il est fléché par la Préfecture comme une zone urbaine sensible, avec des quartiers sensibles. En même temps, il est en périphérie immédiate du Parc national des Calanques, qui nous entoure. Nous sommes dans cet espace naturel, à mon avis le plus bel espace naturel protégé d’Europe. Nous sommes à cet endroit de jonction entre ville et nature, comme le centaure est un trait d’union entre l’homme et l’animal. Il n’y a pas de hasard.

Camille. Ici précisément, la Cayolle a été pendant longtemps occupé par des camps, de grands tonneaux de bidonville où on a mis successivement des populations qu’on ne voulait pas voir, qu’on ne pouvait pas emmener plus loin. Les falaises sont là, la ville ne peut pas aller au-delà.

Manolo. Cette question de la ville est majeure pas seulement ici mais pour toutes les villes de la planète dans les cent ans à venir. La question de l’équilibre entre ville et nature, le trait d’union. En étant implantés ici, par le choix des politiques et des institutionnels, on le mesure bien.

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