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Jean-Christophe Norman : « J’ai imaginé le texte éparpillé sur la surface du globe »

par Véronique Giraud
Jean-Christophe Norman traverse le monde pour écrire à la craie blanche sur le sol des villes le texte
Jean-Christophe Norman traverse le monde pour écrire à la craie blanche sur le sol des villes le texte "Ulysse" de James Joyce. ©Giraud/NAJA
© Jean-Christophe Norman / Ulysses, a long way, 2013
© Jean-Christophe Norman / Ulysses, a long way, 2013
Arts vivants Performance Publié le 18/10/2018
Jean-Christophe Norman a longtemps fait de sa passion pour la grimpe son métier. Un problème de santé l’a cloué au sol et, depuis 2004, il a adopté la perpendiculaire et arpente le monde à l’horizontale en écrivant des textes sur les routes et les murs.

Comment a commencé ce travail d’écriture ?

Auparavant j’étais grimpeur et alpiniste. Un problème de santé m’a obligé à interrompre mon activité et j’ai basculé dans tout autre chose. Quelque chose de très obsessionnel. Tout a commencé quand j’ai reçu une photographie d’une amie japonaise qui la montrait marcher en kimono dans les rues de Tokyo. Il m’a semblé qu’elle marchait sur un fil et j’ai visualisé une ligne. J’ai commencé par des portions de rues, puis une rue entière. Ensuite j’ai traversé une ville : New-York, Berlin, Vilnius. Puis j’ai travaillé avec des récits, avec des fictions de Borgès. En 2015, après la lecture du roman de Marguerite Duras Un barrage contre le Pacifique, je me suis rendu à Phnom Penh avec l’idée de trouver quelqu’un capable de me dessiner de mémoire l’appartement où Duras a écrit ce roman. Je voulais reproduire ses propos, avec une embarcation, sur la surface du Mékong. J’ai croisé par hasard Benoît Jacquot, je savais qu’il avait très bien connu Duras et qu’il connaissait certainement cet appartement. Mon idée l’a séduit et j’ai eu sur un papier A4 ce dessin. Puis, à l’occasion d’une exposition sur la question de l’itinérance avec le FRAC Franche Comté, je suis parti là-bas pour réaliser ce projet. À mon retour, s’est posée la question de la restitution. J’avais filmé, j’avais des photographies, des dessins, mais je me suis dit : non je vais écrire un récit. J’ai parlé de l’idée à un éditeur, De l’incidence, qui m’a dit, alors que je n'avais pas écrit une ligne : nous allons le publier. Le livre a été édité, il s’appelle Grand Mékong Hôtel. J'ai exposé la pièce écrite dans la nef du MACVal l’an dernier. Elle mesure 140 m2 et prend toute la paroi du musée.

 

Votre travail en cours est l’écriture d’une longue très longue ligne blanche composée de l’intégralité d’Ulysse, le chef d’œuvre de James Joyce. Pourquoi Ulysse ?

C’est assez intuitif au départ. Ce livre que j’avais lu, je l’ai sorti de ma bibliothèque et je l’ai imaginé se déplier, avec son texte éparpillé sur la surface du globe.

 

Un peu à la Kerouac ?

Kerouac est déterminant dans ma lecture. Dans Sur la route, il raconte comment il a lu ce livre Ulysse en quelques jours seulement, avec une expérience très physique. Après, cette idée de texte éparpillé sur la surface du globe je me suis dit que j’allais la tenter.

 

Vous-mêmes vous vous êtes donc lancé sur la route…

Parfois même sous les roues. Par exemple j’ai écrit plusieurs parties à Phnom Penh où il n’y a pas de trottoirs, tous sont investis par des déambulants, où j’écrivais donc à même la route. Je regardais parfois derrière moi mais je suis concentré dans ce que je fais et, ce qui était assez génial, c’est que des gens faisaient spontanément la circulation. Il se passe beaucoup de choses. C’est une forme mince, mais qui génère une sorte de chorégraphie dans la ville. Les gens passent, se retournent, reviennent sur leurs pas. Parfois, ils lisent à voix hautes, d’autres fois ils en parlent entre eux.

 

Sur la vidéo de l’exposition actuelle au MAIF Social Club on vous voit en train d’écrire…

Il s’agit là d’une autre performance. J’étais invité pour une exposition au Centre Dürrenmatt à Neufchâtel en Suisse et, depuis la bibliothèque de Dürrenmatt, j’ai écrit la dernière phrase de tous les livres de James Joyce. Cela a composé un texte très étrange, d’une trentaine de pages, que j’ai réécrit à l’intérieur de la ville de Bâle en 2016. Cette façon d’écrire la dernière phrase d’un livre m’est venue dans ce voyage à Phnom Penh où j’ai rencontré un Français avec qui nous en sommes venus à parler de livres. Il voulait absolument me faire visiter sa bibliothèque. J’y suis allé et là, intuitivement, j’ai écrit la dernière phrase des livres que je parcourais.

 

Partir d’une bibliothèque fait roman… Écrire Ulysse dans l’espace public, c’est un travail que vous allez mener à terme. Où en êtes-vous ?

J’ai commencé en 2013. J’ai toujours fait ça à la fois quand j’étais invité spécifiquement pour continuer ce projet baptisé Ulysses et quand, invité pour un événement, j’en profite pour écrire. Dans quinze jours, je pars à Madrid, puis à Malaga où je suis artiste invité dans le cadre de Picasso Méditerranée. Là, je vais prendre un peu de temps pour continuer mon projet. Je profite de tous ces voyages pour m’y consacrer.

 

L’idée est de poursuivre à travers le monde ?

Absolument, de le disperser. Je suis allé à plusieurs reprise en Asie, je vais à Mexico en début d’année prochaine. J’en suis au chapitre trois, j’ai beaucoup avancé, je suis en amont du monologue. Je sais que je vais le terminer mais je ne sais ni où ni quand. C'est l'une des trois inconnues qui m’intéressaient dès le départ, la première étant : est-ce que je vais arriver au terme ? C’est très répétitif et toujours complètement différent, il génère énormément de rencontres, d’imprévisibilité.

 

Ulysses, a long way (2013) de Jean-Christophe Norman est l'une des œuvres de l'exposition collective Escales en vues organisée au MAIF Social Club du 5 octobre 2018 au 5 janvier 2019.

 

 

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