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Avignon Off : « Nasha Moskva » revisite le théâtre

par Véronique Giraud
"Nasha Moskva" avec, de gauche à droite, Marie Bos, Francesco Italiano et Estelle Franco. © Theo Boermans
Arts vivants Théâtre Publié le 15/07/2016
Le théâtre se réinvente sans cesse. Un constat d’autant plus évident quand l’expérience s’appuie sur une œuvre du répertoire. C’est le texte de la pièce d’Anton Tchekhov "Les trois sœurs" qui a décidé trois comédiens à franchir, en collectif, le pas de la mise en scène. Non pas pour une énième adaptation, mais pour porter sur la scène leur vision du théâtre. "Nasha Moskva", la pièce qu’ils présentent au théâtre des Doms, se révèle d’une ambitieuse virtuosité.

Ceux qui pensaient voir une adaptation de la pièce de Tchekhov en sont pour leur frais. Sur scène, trois comédiens, deux femmes et un homme, tous trois en robe, attendent que les spectateurs aient pris place. Ce qui suit est à la fois un dialogue entre Macha, Olga et Irina, les trois sœurs, mais aussi entre Bernard, Édith et Sabine, trois internés d’un hôpital psychiatrique, trois acteurs d’aujourd’hui répétant la pièce de Tchekhov, trois marginaux. Une équation à la puissance trois.

 

L'audace du décalé. L’ensemble résonne étrangement. Le rire vient vite, provoqué par un ton libre qui fait entrer l’absurde et la rage là où le tragique et le désenchantement dominent habituellement. La construction fantaisiste du collectif belge Colonel Astral nous ramène à la nature même du texte de Tchekhov tout en produisant un objet théâtral audacieusement décalé. Le va-et-vient est aussi spatial, le spectateur navigue de la salle à manger de la datcha familiale à un asile psychiatrique où les acteurs, devenus Bernard, Édith et Sabine, répètent la pièce ou se produisent devant les médecins. Nasha Moskva, qui se traduit du russe Notre Moscou, insiste surtout sur l’obsession de fuir une condition d'enfermement. L'obsession de revenir à Moscou, poussée à son paroxysme, produit une folie qui maintient les trois personnages dans la caricature et dans la vacuité de leur relation avec l’autre. Sans pensée construite.

 

Alternative au déjà vu. L’incroyable rire de Macha, qui ponctue la plupart de ses phrases, est à la fois comique et fou. Les revirements incessants de situation maintiennent le spectateur dans l’idée du théâtre en train de se faire. L’apparente légèreté avec laquelle les personnages sont dessinés, l'arrogante Macha, la sage Olga et la rêveuse Irina, sans que rien n’ait vraiment de sens, reflète à sa manière la pensée de Tchekhov. Aucun des douze personnages de la pièce n’est oublié, Marie Bos, Estelle Franco et Francesco Italiano s’en emparent tour à tour. La cruelle inanité de la famille/humanité inspire la belle folie d’acteurs dont on ne se lasse pas. Comme une alternative au déjà vu.

 

Nasha Moskva, un spectacle du Colonel Astral, d’après Les trois sœurs de Tchekhov. Conception, mise en scène et interprétation : Marie Bos, Estelle Franco, Francesco Italiano. Création : Théâtre Océan Nord, Bruxelles, du 2 au 13 juin 2015. Théâtre des Doms, Avignon, du 7 au 27 juillet à 14h30.

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