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Douglas Kennedy, la masterclass d’un écrivain cinéphile

par Élisabeth Pan
Cinéma Série Publié le 25/03/2024
Douglas Kennedy, auteur américain de best-sellers dont plusieurs (L’Homme qui voulait vivre sa vie et La Poursuite du bonheur…) ont été adaptés au cinéma et à la télévision, présidait cette année le jury Panorama International de Séries Mania. L’occasion de donner une masterclass où il a parlé de l’écriture, des différences culturelles et de son pays natal où il est retourné vivre.

C’est dans un français parfait que Douglas Kennedy et la journaliste américaine Rebecca Leffler ont échangé sur la scène de Séries Mania pour la masterclass consacré à l’écrivain américain. Cette pratique des langues n’est pas anodine, a souligné d’emblée ce natif de New-York pour qui la voix n'est pas la même selon la langue qu’on parle, et les livres doivent avoir un ton différent pour s’adapter à la culture de leur langue. Il porte donc une très grande attention à ses traducteurs (il travaille avec la même traductrice française depuis des années). Auteur prolixe aux 47 romans, chéri des lecteurs français, habitué à dépasser le million d’exemplaires pour ses best-sellers, Douglas Kennedy a commencé sa carrière en écrivant des pièces de théâtre en Grande Bretagne, mais un échec cuisant le décide à écrire son premier roman. Il l’envoie à son agent littéraire qui le fait venir de Dublin à Londres pour lui dire qu’il n’a aucun talent et devrait abandonner. Trois mois plus tard, elle est renvoyée. L’écrivain sourit de l’ironie de la situation « il y a un Dieu ». Quelques mois plus tard, paraît son premier livre, Au-delà des pyramides. « C’est la musique du hasard » commente le romancier qui ne connaît depuis que le succès.

Très grand observateur depuis son enfance, il explique qu’il a tiré sa connaissance des dynamiques de couples à partir des fréquentes disputes entre ses parents. Cinéphile, Douglas Kennedy est un très grand admirateur de Hitchcock, pour son travail sur la condition humaine. « Derrière toutes les histoires humaines, il y a toujours un problème » dit-il. Le rôle du romancier est d’exposer ce problème et de le résoudre.

 

Écrire un peu, lire beaucoup. Il reconnaît travailler sans cesse sur de nouveaux projets mais se moque du temps passé sur une œuvre, plaidant qu’il n’y a pas de bonne méthode pour écrire. « Il y a seulement trois règles pour écrire un roman. Malheureusement, personne ne les connait » ajoute-t-il en citant l’écrivain britannique Somerset Maugham. Un brin moqueur, il raconte qu’une fois, un auteur s’est vanté d’avoir passé sept ans sur son livre, et que celui-ci ne pouvait qu’être un chef d’œuvre. « Mais, monsieur… Crime et Châtiment… deux semaines » lui a répondu Kennedy. D’après lui, il suffit de deux choses pour écrire un roman : écrire un peu chaque jour, et lire beaucoup. Et toujours douter, « sinon, on n’est pas artiste ». Américain, il sait la façon qu’ont ses compatriotes d’éviter de parler de tragédie, de faire comme si elle n’existait pas, et indique l’importance d’utiliser ce genre lorsqu’on est un artiste. « Je commence à comprendre que le malheur, c’est un choix. »

 

L’écriture pour le cinéma. À propos des adaptations de ses ouvrages au cinéma, il estime que son roman L’Homme qui voulait vivre sa vie est un roman très américain, et que pourtant le film d’Éric Lartigau (2010) est très français. Il explique avoir accepté, pour l’adaptation cinématographique, d’en modifier certains aspects tout en insistant pour garder « l’esprit du livre », et confie que le livre est une revanche contre son père qui lui répétait sans cesse de devenir avocat. L’admirateur de la Nouvelle Vague se dit ravi du résultat, en particulier l’introduction du film, qui résume ses trois premiers chapitres en quelques minutes. « Ça, c’est une masterclass de l’écriture pour le cinéma. » L’exposition est, pour lui, la partie la plus difficile car le livre débute à un certain moment de la vie de ses personnages, et il faut pouvoir donner une idée de ce qu’il s’est passé auparavant. Sur l’évolution de la télévision et des séries, il constate que beaucoup d’aspects ont changé ces 20 dernières années. Aucun « grand talent » du cinéma n’aurait participé à des séries auparavant, assure-t-il. Aujourd’hui, Fischer et Scorsese s’y sont mis. Cela lui évoque un parallèle avec les grands romans du XIXème siècle qui sortaient d’abord au format de feuilletons. A cette différence près qu’à l’époque, on ne pouvait pas les « binge » (anglicisme désignant le fait de regarder plusieurs épisodes d’une série d’affilée).

 

L'impact des élections américaines. À la question de savoir s’il écrirait sur le sujet du Covid, il a répondu : « pas encore », les répercussions de la pandémie n’étant pas encore connues. « Nous commençons tout juste à voir les effets du Brexit aujourd’hui », constate l’écrivain. Enfin, alors qu'il n’a pas pour habitude d’évoquer ses projets en cours, il a confié au public lillois qu’un nouveau livre sortirait à temps pour les élections américaines, le 5 novembre 2024. Après avoir fui son pays natal pendant des années, Douglas Kennedy vit de nouveau aux États-Unis. Mais selon les résultats des prochaines élections, il précise, prudent : « J’ai un passeport Irlandais ! ».

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