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Mot de passe oublié ?Chargé de conserver des objets du quotidien, des ouvrages ayant appartenu à des particuliers, le Mucem n’est pas toujours compris. Le parti pris du président Pierre-Olivier Costa de proposer à des artistes une visite dans les réserves du musée pour en retirer les objets avec lesquels ils pourront composer des alliances avec leur propre univers esthétique, donne un nouvel éclairage à une collection qui dégage une touchante familiarité.
Avec l’artiste Hervé Di Rosa, les collections du Mucem ont été dépoussiérées, redécouvertes parfois, et présentées dans des mises en scène vitaminées et pleine d’humour. Jougs de bœuf, armoires normandes, boules de jeux de quilles du XIXe, escarpins de strass ayant appartenu à Mistinguett brillant de mille feux sous les facettes d'une boule disco, entrent en résonance avec l’œuvre déjà cosmopolite du fondateur du MIAM (Musée International d’Arts Modestes) à Sète. Une œuvre et des collections guidées par l’amour du populaire, de l’artisanat, des figurines sorties tout droit d'une BD ou d'un film d’animation, créent des compositions inattendues mais comprises de tous.
Des trésors oubliés. Et c’est bien l’enjeu de ce musée qui, loin de l’académisme des beaux-arts, donne à voir les trésors oubliés des greniers, les objets que l’étrangeté ou le dépassé a poussés vers le rebut. La charge affective du souvenir, le respect du travail de la main, du savoir-faire parfois disparu, ont sans doute empêché qu’ils soient jetés. Tous ces témoins silencieux que le musée recense et conserve attendaient d’être réveillés, aimés, voire admirés, et le regard porté sur eux par Hervé Di Rosa en dit long sur le lien intime qui nous lie à eux. « L’exposition forme un tout absolu. Il est difficile de faire la part des choses entre les objets de notre collection et les œuvres d’Hervé Di Rosa » souligne Pierre-Olivier Costa.
On y trouve une armée de marionnettes siciliennes (opera dei pupi), une suspension de jougs de cornes ravivant l'image du labour, une machine à laver conçue au début du XVIIIe siècle évoquant un avenir meilleur… Di Rosa a replacé ces objets pour les confondre avec ses créations et ses propres collections d’objets. L'artiste globe-trotter a ramené des tapis de perles en plastique, fruits d’une collaboration dans un atelier de Durban en Afrique du Sud, des robots anatomiques géants en bois et bronze nés dans un atelier du Cameroun, de grands vases amphores en céramique réalisés aux environs de Lisbonne. Partout, ou presque, des visages hilares, des profils découpés. La matière prend vie avec bonheur.
Des airs de famille. Liant son travail au lieu qui l'accueille, Di Rosa a croqué pour l'occasion les Marseillais, ses visiteurs à venir. D’immenses têtes en papier mâché attendent le public vers l’entrée de l’exposition. À l'intérieur, de grands panneaux métalliques laissent voir d'autres visages détourés, comme un écho à la « dentelle » de béton dont son ami l’architecte Rudi Ricciotti, a habillé le musée. Enfin plusieurs grandes toiles acrylique débordent d'autres visages rieurs qui démultiplient yeux et bouches. Cette humeur joyeuse se retrouve dans les couleurs pop des podiums et des panneaux, une meute de petites figurines débordent d'une vieille armoire. Cette profusion de couleurs, de formes simples et efficaces, respire la fête foraine et l'on n’est pas surpris de découvrir un orgue de foire aux dimensions hors normes qui n'avait jamais été montré. L'orgue forain est d'un bel effet avec ses anges, ses deux danseuses dénudées, ses cartons perforés qui faisaient entendre une musique joyeuse (deux casques à la disposition des visiteurs font entendre une partition spécialement créée pour l'événement).
Non loin de là, deux grands ensembles jouent la fratrie, l’un est un Hommage aux mineurs et trieuses, l’autre s’intitule La vie des pauvres. Le premier a été confectionné par un mineur désœuvré, le second est une composition qui a réuni la famille Di Rosa. Le père pour ses talents d’ébéniste, le frère dont c’étaient les premières sculptures de personnages, et Hervé qui en a eu l’idée et a réalisé les dessins. On ressent une grande tendresse en examinant les deux installations. Les montages surprenants, les couleurs vitaminées font un bien fou. Dans cet univers décomplexé, personne n'échappe à la bonne humeur et à l'ingéniosité d'un artiste capable de faire beaucoup avec peu.
Hervé Di Rosa. Un air de famille, exposition du 12 mars au 1er septembre 2025. Mucem Marseille. Le 28 mars, les jeunes sont conviés à une soirée Mucem Remix, un prolongement réjouissant à l’exposition. Bande son : Marsatac agency. Médiation de l’exposition : l’École de la Deuxième Chance. Le 17 mai, Nuit des musées, des élèves accompagneront les visiteurs de l’exposition.
Né en 1959, Hervé Di Rosa vit et travaille entre Lisbonne, Paris et Sète.
Élève de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, il commence à vendre ses peintures dès 1979. À tout juste 20 ans, il expose à Paris, Amsterdam et New York. En 1981, il cofonde le mouvement de la Figuration libre, ainsi dénommé par l’artiste Ben. Ce groupe avec Robert Combas, Rémi Blanchard et François Boisrond s’inscrit dans la lignée d’autres formes d’expression marginalisées internationales, des néo-expressionistes et Nouveaux Fauves en Allemagne à la Trans-avant-garde en Italie, ou encore le Bad Painting aux Etats-Unis.
Concepteur de l’Art modeste, Di Rosa fonde en l’an 2000, à Sète, le Musée international des arts modestes (MIAM), où il expose de nombreux artistes venus du monde entier et crée des expositions qui questionnent les frontières de l’art contemporain.
Hervé Di Rosa est membre depuis 2022 de l’Académie des Beaux Arts.