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« Radio Prague », les ondes du Printemps

par Véronique Giraud
Radio Prague – les ondes de la révolte'|Photo: Dawson Films
Radio Prague – les ondes de la révolte'|Photo: Dawson Films
Cinéma Film Publié le 19/03/2025
"Radio Prague, les ondes de la révolte" fait ressurgir du passé l’époque des tanks russes envahissant ses voisins en 1968. Son réalisateur Jiri Màdl, né en 1986, le fait sous l’angle d’une rédaction radio, comme pour rappeler l’importance de l’information dans la bataille pour la liberté et rendre hommage à ces journalistes oubliés.

Dans une République Tchèque dont le peuple a préféré, le 28 janvier 2025, le général Petr Pavel, ex-chef du comité militaire de l’OTAN et partisan de l’aide militaire à l’Ukraine, à Milos Zeman, soutenu par Moscou, pour la présidence du pays, le film de Jiri Màdl revient sur une période historique, courte mais décisive puis tragique, le Printemps de Prague. Radio Prague, les ondes de la révolte épouse cette période qui s’annonce dès l’hiver 1967 et commence réellement le 5 janvier suivant lorsque le secrétaire général du Parti communiste slovaque, le réformateur Alexander Dubcek, prend la direction du parti tchécoslovaque. Il introduit un ensemble de réformes baptisées « socialisme à visage humain », qui seront stoppées par les chars du Pacte de Varsovie entrant dans Prague le 21 août au matin. Ces réformes vont de l’économie, avec la célèbre « Troisième voie » d’Ota Sik théorisée et mise en pratique sous forme d’autogestion dans les usines, à la réforme de l’appareil policier et judiciaire en passant par la liberté d’expression et le pluralisme de la presse. C’est de ce dernier aspect que traite Radio Prague.

 

L’engagement pour une information vérifiée. Le point de vue du jeune réalisateur part de la rédaction de la Radio nationale tchécoslovaque, plus précisément le service international dirigé par Milan Weiner, une personnalité respectée pour son engagement dans la transparence éditoriale, ce qui, de la part de ce communiste ancien résistant qui a connu les camps de concentration nazis, relève d’un courage notable, notamment lorsque les informations concernent le « Grand frère » soviétique. Pour l’épauler, il fait revenir dans son service des correspondants étrangers de la radio tchécoslovaque, tous bien placés pour savoir combien et comment l’empire russe manipule l’information dans le monde entier. Et tout naturellement, il soutient Dubcek et le nouveau président Svoboda dans leur volonté de réforme.

 

Un épisode peu connu du Printemps. Dans ce film, où les images d’archives entrecroisent la fiction, on suit comme un thriller la lutte entre la propagande et les fonctionnaires serviles à Moscou et le combat d’une petite équipe pour la liberté d’expression. Rien de nouveau, mais le parti pris du réalisateur et l’époque où son film occupe les écrans créent l’osmose nécessaire. L’histoire de cette rédaction est aujourd’hui encore peu connue de la population tchèque. Il faut dire que, lorsque les chars ont envahi leur ville, les journalistes ont dû choisir entre l’exil et la rétrogradation pour ceux restés dans le pays pour lequel ils ont risqué leurs vies. Dubcek pour sa part sera interdit de relations et passera vingt ans dans le service des forêts, sans jamais se renier.

Le scénario, classique, introduit deux personnages fictifs qui tiennent les premiers rôles et rappellent la pression que subissait chaque citoyen de la part de la police politique. Les plans, les séquences, le procédé esthétique n’ont rien de révolutionnaire, Jiri Màdl a préféré les effacer derrière une armée de héros dont la seule arme fut les ondes. À la lumière de l’invasion de l’Ukraine et des mensonges répétés de Poutine et de ses courtisans, pour qui l’invasion russe en 1968 était nécessaire pour « empêcher l’OTAN de renverser le gouvernement légitime à Prague » selon la chaîne officielle Rossiya 1, on le comprend. Les territoires occupés à l’est de l’Ukraine revivent la même situation.

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