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Quand L’Agora de Montpellier prend l’air du large

par Véronique Giraud
L'emblématique chai des Moulins, classé monument historique, est devenu le 21 novembre salle de spectacle pour la danse. © E Pan-NAJA
L'emblématique chai des Moulins, classé monument historique, est devenu le 21 novembre salle de spectacle pour la danse. © E Pan-NAJA
Au centre de la scène, le chorégraphe Dimitri Chambas, artiste associé au Théâtre Molière scène nationale, et la chorégraphe sétoise Zoé Lakhnat présentent la performance 7, spectacle de sortie de résidence réalisée avec les habitants de Sète. © E Pan-NAJA
Au centre de la scène, le chorégraphe Dimitri Chambas, artiste associé au Théâtre Molière scène nationale, et la chorégraphe sétoise Zoé Lakhnat présentent la performance 7, spectacle de sortie de résidence réalisée avec les habitants de Sète. © E Pan-NAJA
Un autre chai de la nouvelle Zac culturelle, dans l'attente de son aménagement. © E Pan-NAJA
Un autre chai de la nouvelle Zac culturelle, dans l'attente de son aménagement. © E Pan-NAJA
Visite des membres de l'Agora et des étudiants d'Exerce. © E Pan-NAJA
Visite des membres de l'Agora et des étudiants d'Exerce. © E Pan-NAJA
Arts vivants Danse Publié le 25/11/2025
Favorisée par l'élargissement de sa structure, qui regroupe désormais le Centre chorégraphique national et Montpellier Danse, et encouragée par l'Union européenne qui souhaite que les grandes institutions culturelles rayonnent hors de leurs bases locales, L'Agora de Montpellier a fait le voyage à Sète, premier pas de danse vers un public plus divers, d'autres espaces et de nouveaux horizons.

Depuis septembre 2025, l’Agora, cité internationale de la danse à Montpellier, réunit le centre chorégraphique national et le festival Montpellier Danse. Dirigée par un quatuor, Dominique Hervieu, ancienne chorégraphe et danseuse, ex-directrice de la Maison de la danse de Lyon et du Théâtre de Chaillot à Paris, Pierre Martinez, qui fut le directeur artistique des Jeux Olympiques de Paris 2024, et les chorégraphes Jann Gallois et Hofesh Shechter. Avec eux, l’Agora se construit un nouveau rapport à la pratique de la danse, à son public, qu’elle souhaite diversifier en lui ouvrant davantage le site, à sa formation enfin, qui devrait alimenter sa programmation. L’institution met à son agenda de nouveaux rendez-vous pour découvrir les talents de demain, et prévoit d’engager davantage de partenariats à l’international, comme le préconise l’Union Européenne aux grandes structures culturelles. Avec l’objectif de représenter toutes les esthétiques au sein de l’Agora, une attention toute particulière est portée aux multiples réseaux existants, à l’échelle internationale mais aussi régionale et locale. C'est dans ce cadre que tout ce monde est parti en voyage à Sète, ville portuaire qui se met à la danse.

 

Le 21 novembre, une première expérimentation a eu lieu à Sète. Deux des directeurs de l’Agora, les étudiants d’Exerce, qui viennent du monde entier pour se former à Montpellier, et quelques journalistes, ont pris place dans le TER qui mène à la ville de Georges Brassens et Jean Vilar. Rendez-vous était d’abord pris au CRAC Occitanie où les attendait la directrice du lieu, Marie Cosette, avant la visite d'une exposition portrait consacrée, une fois n'est pas coutume, à l’Américaine Yvonne Reiner (née en 1934), grande figure de la danse et du cinéma, connue de la plupart des étudiants présents.

Une heure plus tard, direction les Chais des Moulins, sur un quai du canal du Rhône à Sète. Passé un grand portail en bois, une grande cour laisse voir quelques-une des bâtisses qui ont contribué à l’essor du négoce viticole languedocien. Depuis bien longtemps vidés de leur activité, les chais ont accueilli un temps le festival de photo Images Singulières. Aujourd’hui, la municipalité prépare, avec ses partenaires, un autre avenir aux immenses espaces bordant le canal. Le projet de la nouvelle ZAC est de consacrer une partie à l’art, un chai sera dédié aux expositions, tandis que le MIAM déménagera pour occuper deux chais. Adrien, qui a l’expérience du site depuis trois ans, est cogérant de la Société d'Intérêt Collectif (SIC) Unanime créative, créée il y a un an. « Elle poursuit le travail de 15 ans sur le territoire de l’association, avec parmi les événements organisés un temps fort hivernal, le festival BAZR » explique-t-il. L’objet de la SIC est d’en faire un site culturel, social et entrepreneurial. « Une sorte de tiers lieu, avec une économie mixte, lieu de diffusion, de création, et de projets sociaux. Avec notre domaine de prédilection, la musique » poursuit Adrien.

 

Le quartier des chais. L’ancien chai viticole, construit en 1924, est le seul à avoir échappé aux bombardements de la seconde guerre mondiale, rappelle Adrien. Il a été inscrit comme monument historique en 2010 pour le protéger de la destruction. Gérer un tel lieu, le transformer tout en préservant sa valeur patrimoniale est complexe. Sont associés dans la SIC, le propriétaire des lieux, la coopérative Illusions et Macadam, la Foncière Belleville, Plateau Urbain (expert de l’urbanisme transitoire), et plus récemment la Ville de Sète et l’agglo. Le permis de construire a été obtenu il y a trois semaines. Début 2026, un tour de table financier devra être réalisé, puis les travaux seront lancés au printemps. « La programmation réalisée au Dancing (un ancien dancing itinérant des années 70 et son parquet de bal) est la partie préfiguration qui a permis pendant trois ans d’expérimenter, collaborer avec les acteurs du territoire, créer une dynamique de fréquentation du public à cet endroit » précise Adrien.

Le site accueillera trois espaces, une salle de diffusion musicale, des studios de répétition pour les musiciens, et un café-restaurant aménagé dans la maison de maître donnant sur le canal. L’ensemble viendra en complémentarité avec le conservatoire, le MIAM et l’espace expositions. La scène nationale du théâtre Molière, qui développe actuellement un travail autour de la danse avec comme artiste associé Dimitri Chambas, pourrait à l’avenir participer à la gouvernance du lieu. « À l’arrivée du directeur du conservatoire en 2022, nous avons travaillé sur la danse et le handicap. L’arrivée de Dimitri au conservatoire repose la question de la présence d’un chorégraphe, et nous venons d’avoir un accord avec l’université de Montpellier 3 pour la mise en scène. Le metteur en scène Robert Cantarella et la chorégraphe Mathilde Monnier interviendront dans le futur studio de danse du conservatoire. Petit à petit les choses prennent forme » résume l'adjoint à la culture.

 

Le Chai des Moulins, nouvelle piste de danse. Après une collation achetée dans un des foodtrucks installés dans la cour, les équipes d’Agora et d’Exerce vont découvrir une nouvelle salle de spectacle de danse, le Chai des Moulins. C'est là que Dimitri Chambas et la danseuse et chorégraphe sétoise Zoé Lakhnat avec laquelle il s'est associé pour son premier projet, présentent au public leur spectacle Performance “7”, en sortie de résidence. Dans l’immensité de l’architecture en friche, les spectateurs affrontent le froid et vont s'assoir sur un chaise ou sur un coussin posé au sol. Dans une obscurité totale, une moto s’avance doucement et fait plusieurs tours de pistes, puis une voiture entre en scène… Petit à petit une cinquantaine de personnes vont se retrouver sur le plateau. Ce sont des habitants de Sète. Ils avancent lentement, s’arrêtent pour lire, pour s’asseoir, pour dormir, pour jouer, profitent d’un soleil imaginaire, reprennent leur marche, proposent aux spectateurs de les rejoindre en leur offrant un verre de vin. Puis les distances entre les performeurs se réduisent jusqu’à former une foule dense, un groupe compact de corps. Après avoir été vigoureusement applaudie, cette foule se mêle à celle des spectateurs alors qu’un DJ mixe et invite tout le monde à danser.

 

Pour l’équipe de l’Agora, Sète devrait permettre de s’ouvrir à d’autres publics. « C’est une opportunité que nous saisissons, se réjouit l’adjoint à la culture. Il y a tout ce qui fait Montpellier, tout ce qui fait Sète, ce sont des complémentarités, des histoires différentes. Il faut les réinventer avec le respect de ce que chacun est et fait. » La collaboration entre les deux villes a été marquée par la préparation à la candidature de Capitale Européenne de la culture 2028. Elle fut l’occasion de réfléchir à leur complémentarité, que ce soit dans le cinéma, et aujourd’hui dans la danse. Une complémentarité qui veut rejaillir sur d’autres villes d’Occitanie et donner une dimension augmentée à l'Agora.

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