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Mot de passe oublié ?Irene Iborra Rizo signe Olivia, qu'elle a réalisé en stop-motion, une technique qu'elle affectionne particulièrement. Pour ce premier long-métrage, elle s'est inspirée du livre La vie est un film, dont l'autrice, Maïté Carranza, était sa professeure de scénarios. Le film était projeté en avant-première au festival Premiers Plans, avec la possibilité d’audiodescription pour les personnes en situation de handicap. Le Grand Théâtre d’Angers était presque complet pour l’occasion, et la réalisatrice espagnole participait à un débat à la fin, dans un français parfait.
Olivia est une petite fille de 12 ans dont la mère croule sous les dettes, les forçant, elle et son petit frère Tim, à changer d’école et à déménager dans un quartier défavorisé. Alors que la mère est dépassée par les événements, Olivia tente de rassurer Tim en lui faisant croire qu’ils sont dans un film dont il joue le rôle principal. Et que si personne ne lui dit rien c'est pour que ses réactions soient le plus naturelles possible. La famille se fait vite de nouveaux amis, et découvre que la solidarité et l’entre-aide rendent la vie bien plus facile.
Une vision honnête du monde. Irene Iborra Rizo a réalisé de nombreux courts-métrages, et participé à l’écriture de plusieurs scénarios. Elle crédite par ailleurs Maïté Carranza pour son apprentissage en ce domaine, et raconte avoir toujours suivi ses livres. En lisant La vie est un film, elle a décidé d’en faire un long-métrage afin d’apprendre à sa fille et aux autres enfants du monde comment fonctionnent les aspects les moins montrés de la société. « Je ne suis pas pour mettre les enfants dans une bulle » disait-elle après la projection. Accompagnée de Maïté Carranza et Júlia Prats pour adapter le livre, elles ont ensemble conçu une autre façon de raconter l’histoire, ajoutant de nouveaux éléments comme une baleine imaginaire, ou encore le sol s'ouvrant sous les pieds d'Olivia à chaque crise d'angoisse. Des scènes de stop-motion merveilleusement exécutées par l’équipe d’animation.
La stop-motion, une distance rassurante. Cette technique, rendue populaire avec des films comme Coraline, L’Étrange Noël de Monsieur Jack, ou encore Wallace et Gromit, consiste à utiliser des marionnettes articulées, à les mouvoir dans les décors, dont certains ont mesuré dans ce film jusqu’à cinq mètres, et à prendre en photo chaque micro-mouvement puis les assembler pour donner l’impression d’une animation. Tout cela demande des heures de travail car, outre les membres des corps des poupées, il faut articuler leurs visages à chaque parole et expression. Selon Irene Iborra Rizo, la stop-motion apporte ici une distance, « pour être attentif et ne pas se noyer dans l’émotion de l’histoire », ce qui n’aurait pas été possible avec des acteurs. La réalisatrice ne voulait pas de personnages « classiques », qui seraient tous beaux avec des visages similaires, comme on en retrouve souvent dans les films pour enfants. Pour s’en assurer, elle a demandé au marionnettiste Eduard Puertas Anfruns de créer des physiques atypiques, ou plutôt très typiques, qu'on pourrait croiser dans la rue, avec un nez imposant par exemple. Les festivaliers ont pu se rendre compte du travail sur la physionomie car la réalisatrice avait amené avec elle les marionnettes de Tim et Olivia.
Un casting approprié. Irene Iborra Rizo a choisi de ne pas engager des enfants-acteurs pour faire les voix. Elle trouve en effet qu’en Espagne ils sont trop formés et ne sonnent plus naturels. Elle a préféré le casting sauvage dans des écoles défavorisées, afin que les enfants puissent s’identifier à l’histoire. Elle a ensuite créé les personnages avec eux, s’inspirant de leurs caractères, de leurs manières et leurs façons de parler. Avant de devenir l’œuvre de stop-motion qu’il est aujourd’hui, le film Olivia a été tourné avec les doubleurs espagnols, afin de les mettre dans le contexte. Les animateurs ont pu alors se servir des émotions de leurs propres voix pour donner expressions et mouvements aux marionnettes. Irene Iborra Rizo, qui a également dirigé le doublage français, se disait impressionnée par le talent des doubleurs, surtout enfants. « Je trouve le doublage français aussi bien que l’espagnol, voire mieux » estimait-elle à Premiers Plans.