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Mot de passe oublié ?Avant/Après faisait son avant-première au festival Premiers Plans d’Angers. Pour son premier long-métrage, Manoël Dupont suit Jérémy (Jérémy Lamblot) et Baptiste (Baptiste Leclere), qui décident peu après leur rencontre d’aller ensemble en Turquie pour régler un problème qui les obsède : leur calvitie. Le réalisateur belge participait à un échange avec la salle à l'issue de la projection, accompagné du chef opérateur et de l’ingénieur son.
Un défi de taille. Quand ses amis Jérémy et Baptiste lui font part de leur envie d’aller en Turquie pour y faire faire un implant capillaire, Manoël Dupont leur propose de les suivre avec sa caméra avec le projet de réaliser son premier long-métrage de fiction. Ses amis lui donnent un an pour trouver les fonds, sans quoi ils feront l’opération sans son film. Grâce à la bourse d’aide aux productions légères du Centre du Cinéma de Bruxelles, ils partent avec une petite équipe de tournage pour un mois en Turquie. Une fois sur place, ils apprennent que le pays est entre le premier et le second tour des élections présidentielles de 2023, qui ont changé le cours du pays avec la réélection d’Erdoğan. Manoël Dupont décide d’ajouter cela à son film : « Ce n’était pas réfléchi à la base, mais c’est devenu une intention » disait-il à Premiers Plans. « Il a fallu trouver une distance, qui était aussi celle des personnages. » Le réalisateur souhaitait ainsi créer un parallèle entre le désir de changement des personnages et les changements qui avaient lieu dans le pays. Autre challenge, l’opération devait avoir lieu au milieu du film et, une fois exécutée, il leur aurait été impossible de revenir en arrière pour refaire des scènes. L’équipe a heureusement eu le droit de filmer les opérations de neuf heures, tournage tendu car « On ne peut pas vraiment demander au chirurgien de faire pause, » plaisantait Thibaut Egler, chef opérateur. Le réalisateur racontait qu’il était plus simple pour l’équipe médicale que pour les acteurs de tourner cette scène : « Les comédiens se faisaient opérer pour la première fois, tandis que les médecins font cette opération tous les jours, ils connaissent déjà leur texte. »
Une fiction enrichie de la réalité. C’est ainsi que Manoël Dupont décrit son film. « C’est une fiction, mais qui est tournée dans une logique de documentaire. » Avant/Après s’est écrit avant, pendant, et après le tournage, étant avant tout fait d’improvisation, en ajoutant au fur et à mesure des éléments extérieurs. C’est par exemple le cas du personnage de Wassim. Interprété par Wassim Aboushala, un syrien qui venait d’arriver à Istanbul et qui, après avoir croisé un membre de l’équipe technique, a participé à une scène improvisée. « C’est touchant, parce que la première fois que les personnages le rencontrent, c’était aussi la première fois que nous le rencontrions, » se souvenait Manoël Dupont. Resté en contact avec Wassim, il lui a proposé de revenir pour un tournage plus organisé, souhaitant cette fois l’intégrer à l’histoire. « C’est une écriture qui se passe pendant un peu l’entièreté du film, » disait Manoël Dupont. Le scénario ne s’est réellement finalisé que lors du montage, qui a duré quarante semaines, « c’est trop, ne faites pas ça, » rigolait le réalisateur.
1% du film. Durant le mois et demi passé à Istanbul, plus de 100 heures de rush ont été filmées, ce qui signifie que seul 1% des prises a été gardé au montage final. L’équipe filmait en se promenant dans Istanbul, expérimentant que s’il était facile aux caméramans d’avoir l’air de touristes avec leurs appareils photo, les perchmans étaient bien moins discrets. C’est également pendant le montage qu’est décidée la relation entre les deux hommes, à la fois très tendre et jamais établie de façon claire. « Je ne voulais pas que ce soit le sujet, mais en même temps, c’est un peu le sujet » expliquait Manoël Dupont, qui voulait montrer une forme différente de la masculinité. « La force du film est dans les ellipses et dans ce qu’on ne dit pas » ajoutait-il.