Vous n'avez pas de compte ? Enregistrez-vous
Mot de passe oublié ?La réalisatrice japonaise Momoko Seto a emménagé en France pour étudier à l'école de Fresnoy, et elle y est restée pour travailler en tant qu’ingénieure d’étude réalisatrice au CNRS. Après plusieurs courts-métrages et documentaires, elle réalise son premier long-métrage de fiction, Planètes, sélectionné par la semaine de la critique à Cannes. Momoko Seto retrouve Angers et son festival Premiers Plans, où elle était venue en 2012 pour son court-métrage Planète Z.
Planètes commence à la fin du monde. Alors que la terre explose suite à une succession d'explosions de bombes nucléaires, un pissenlit réussit à s’envoler dans l’espace. Les akènes (fruit sec, indéhiscent, à graine unique, dont le péricarpe, plus ou moins sclérifié, n'est pas soudé à la graine) sont séparés par un trou noir, et seuls quatre survivent. Ils trouvent alors une nouvelle planète, dont ils explorent chaque recoin, traversant les péripéties du climat, des insectes, de plantes inconnues et plus encore, à la recherche d’un sol fertile où se planter. « L’idée, c’était de faire un film d’action à la Indiana Jones, mais avec des plantes, » partageait Momoko Seto à Premiers Plans.
Collages, animations, science. Planètes est un film collage. Tous les éléments sont filmés dans des environnements différents, puis assemblés au montage. Seuls certains éléments comme les pissenlits, protagonistes du film, sont animés, avec des mouvements devant paraître humanisés. Momoko Seto a l’habitude de travailler avec des scientifiques pour réaliser ses films. Elle a, entre autres, travaillé avec des spécialistes de Mars, qu’elle a questionnés pour savoir de quelle couleur devrait être un ciel influencé par l’oxygène, la température, l’humidité et le sol de la planète. Il a fallu neuf ans pour créer Planète, du début de l’écriture avec son co-scénariste Alain Layrac jusqu'à la fin du montage, avec environ neuf mois de tournage, plus deux mois au Japon. Le film a été tourné en macro, en time-lapse et autres techniques, qui permettent à la fois une impression de grandeur des plantes, et de les voir évoluer rapidement. La réalisatrice a alors dû contacter des chercheurs pour garder les plantes et les insectes en captivité de façon sécurisée le temps du tournage. Les scientifiques l’ont également aidée à faire « jouer » ces espèces du monde entier, qu’elle a dû diriger de façon à ce que la mante religieuse monte sur une feuille, ou à ce que les limaces se déplacent ensemble. Momoko Seto souhaitait utiliser un minimum d’animation, car elle voulait montrer comment les vivants réagissent réellement, sans être influencée par les émotions humaines ou les idées reçues. « La plupart des choses importantes dans le film, c’est du réel » expliquait-elle. Une des forces de Planètes, c’est de filmer ces êtres microscopiques comme des géants terrifiants, donnant l’impression que la limace est de la taille de l’éléphant, que ce soit par l’image ou par le son.
La voix des plantes et des insectes. Si Planètes n’a pas de dialogues, le film sait donner une voix aux plantes et aux insectes grâce à des sons inventés. Pour ça, Momoko Seto a contacté le compositeur et ingénieur son français Nicolas Becker, connu pour des films comme Gravity, dans lequel George Clooney se retrouve dans l’espace, ou Sound of Metal, dans lequel un batteur devient sourd et ne peut plus entendre son instrument. « C’est quelqu’un qui arrive à mettre un son là où il n’y en a pas » admirait la réalisatrice. Nicolas Becker a également composé la musique du film, se demandant « Comment on pense le futur en son ? ». La difficulté supplémentaire est qu’il s’agit ici de ce que la réalisatrice nomme « un futur archaïque », puisque tous les éléments sont aujourd’hui sur terre. Ils ont alors travaillé ensemble à créer ces tonalités, se posant la question « quel est le son d’un film de science-fiction sur les végétaux en 2025 ? » C’est ainsi que les pleurotes, imposantes et dangereuses pour les protagonistes, ont été affublées du chant du plus gros mammifère sur terre, la baleine. Les sons des pissenlits ont, quant à eux, chacun leur tonalité, basée sur le souffle. « Souffler, pour moi, c’est le langage non-verbal le plus subtil que l’humain puisse utiliser pour transmettre une émotion, » commentait Momoko Seto. Ce son ramène également à l’enfance, car il est le premier « bruitage » que fait l’être humain. Chaque akène du pissenlit a ainsi sa propre posture, sa propre tonalité, ce qui permet au spectateur de les identifier.
De l’empathie pour les pissenlits. « Je trouvais que le pissenlit était incroyable, parce que tout le monde a déjà soufflé sur un pissenlit. Je pense que c’est une expérience universelle, » confiait Momoko Seto, ajoutant que leur design très futuriste apportait à l’aspect science-fiction du film. Et la réalisatrice a pu les faire voyager sur toutes les surfaces : la terre, l’eau et l’air. Chaque pissenlit a un design propre, ce qui permet aux spectateurs de s’attacher à eux et de s’investir dans leurs aventures. « C’est peut-être la première fois que vous avez ressenti une émotion avec des graines » souriait la réalisatrice devant une salle très émue. L'ambition de Momoko Seto était de réaliser un film sur l’environnement en décentralisant l’humain. Ce dernier est, dans Planètes, la cause de la fin du monde, mais pas son survivant.
La migration : un instinct naturel. Planètes aborde un sujet peu discuté encore aujourd’hui, bien que les chercheurs tentent d'en prévenir l'impact : le changement des sols. De nos jours, certaines terres ne sont plus habitables par les graines, qui doivent alors trouver un nouvel endroit où se planter. Momoko Seto aborde ainsi la question de la migration, d’une manière qui semble tout à fait logique, naturelle : ces graines cherchent où se planter et se déplacent parce qu’il leur faut le bon environnement pour survivre. Ayant elle-même migré vers la France il y a 25 ans, elle voulait montrer combien il est important de trouver un chez-soi. Elle remet alors en question les « frontières imaginaires » des humains. « Ce qui est intéressant, c’est que tous les êtres vivants migrent, » disait la réalisatrice, « alors pourquoi est-ce que, chez les êtres humains, la migration est un problème ? »
Planètes sortira en salles le 11 mars.