espace abonné Mot de passe oublié ?

Vous n'avez pas de compte ? Enregistrez-vous

Mot de passe oublié ?
ACCUEIL > Entretien > Andrei Kourkov : « Mon pays est plus important que ma langue maternelle »

Andrei Kourkov : « Mon pays est plus important que ma langue maternelle »

par Véronique Giraud
Andrei Kourkov ©Hidalgo-Pietri/NAJA
Andrei Kourkov ©Hidalgo-Pietri/NAJA
Livre Roman Publié le 06/02/2026
Andrei Kourkov, dont les romans sont traduits dans près de 40 langues, insiste sur l'importance de la culture ukrainienne dans la guerre. Rencontre à Marseille à l'occasion du Voyage en Ukraine organisé à la Friche Belle de Mai, dans le cadre de la saison ukrainienne en France.

Dans les années du début du siècle nous découvrons en France Andrei Kourkov qui, à l’époque est pour nous, comme Iouri Bouïda ou Ludmila Oulistkaïa, un écrivain russe. Et d’un seul coup, grand schisme, vous n’êtes pas un écrivain russe, la France le découvre.

Je n’ai jamais été un écrivain russe. Je suis russophone, je le reste, mais j’écris aussi maintenant en ukrainien. J’ai écrit mon premier livre de non-fiction en 2015 en ukrainien en 2015. J’écris aussi en anglais, j’ai écrit trois livres de non-fiction sur la vie pendant la guerre en Ukraine en anglais, mon troisième livre en français va sortir en mars je crois. Oui, je suis un écrivain ukrainien plutôt russophone, mais trilingue.

 

Vous parlez plusieurs langues, vous êtes polyglotte, n’êtes-vous pas en situation difficile à défendre l’histoire d’une nation, et d’un nationalisme nécessaire pendant la guerre, face à votre culture qui elle est universelle ?

C’est une question compliquée parce que tout d’abord il faut comprendre que c’est la culture qui est agressée aujourd’hui par la Russie, la culture ukrainienne et toutes les langues des minorités. On a deux langues grecques en Ukraine, rumeika et arumeika, il y a des écrivains et des poètes qui écrivent dans ces langues, ils sont aussi les victimes de cette agression russe.

Je défends plutôt mon pays parce que, au début, avant la guerre, je me posais beaucoup de questions. Je me demandais si ma langue maternelle était la chose la plus précieuse pour moi, et si on devait choisir entre la langue maternelle et le pays, je choisirai l’Ukraine. Mon pays est plus important que ma langue maternelle. Et aujourd’hui, à cause de cette agression, la langue russe a le statut de langue de l’ennemi, même parmi les russophones. C’est une tragédie. Mais on sait qui est coupable de cette tragédie.

 

Quand on pense à l’Ukraine de 1920, on pense à Boulgakov, un autre Ukrainien qui a écrit La garde blanche. Vous vous êtes lancé dans le roman historique, avec un jeune policier qui s’affronte à la Tcheka. Venir au roman historique a été suscité par la guerre ou c’était avant ?

Non, j’ai commencé avant la guerre. J’ai commencé le premier roman en 2017, après l’annexion de la Crimée, après l’invasion du Donbass. C’était presque par hasard parce que j’ai reçu comme cadeau des archives, des dossiers originaux de la Tcheka, avec beaucoup de documents sur les événements qui se sont passés à Kiev en 1918-19 et jusqu’en 27. J’ai toujours été fasciné par l’histoire. En fait, un de mes romans, jamais publié dans une traduction en français, que j’ai écrit à 18 ans, avait pour sujet Kiev en 1918. C’était une comédie noire, comme toujours. Ce n’était pas un thriller ni un polar, c’était une histoire drôle qui se passe dans un temps où il n’y a pas de pouvoir, d’autorité à Kiev. C’est la guerre civile, on ne sait pas qui va gagner ni quelle armée va venir demain, après-demain, etc. Pour moi c’est un retour au roman historique parce que j’adore l’histoire et je lis de plus en plus des livres de non fiction, comme Philippe Sands, Retour à Lemberg (ancien nom de Lviv), un de mes livres préférés qui raconte l’histoire européenne qui se passe en Ukraine avant la deuxième guerre mondiale, pendant et tout de suite après.

Partager sur
Fermer