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The Son and the Sea, Stroma Cairns voyage dans la tête de Jonah

par Véronique Giraud
The son and the Sea, premier long-métrage de Stroma Cairns. DR
The son and the Sea, premier long-métrage de Stroma Cairns. DR
La réalisatrice britannique Stroma Cairns au festival Premiers Plans Angers ©Rivaud/NAJA
La réalisatrice britannique Stroma Cairns au festival Premiers Plans Angers ©Rivaud/NAJA
Cinéma Film Publié le 06/02/2026
Écrit et réalisé par Stroma Cairns, The Sun and the Sea était en compétition long-métrage au festival Premiers Plans d’Angers. Un rare portrait de garçons d’aujourd’hui marqué par une énergie communicative.

À un rythme trépidant, avec un effet quasi stroboscopique, les images de Jonah défilent, bousculent. Seul, avec ses proches, en colère, triste, hilare, naviguant entre alcool et substances au milieu de copains que ses excès épuisent et finissent pas éloigner. À l’exception de Lee, l’ami qui tente sans succès de lui faire prendre conscience que, s’il ne change pas, il va se retrouver seul. Mieux qu’un dialogue, la personnalité agitée de Jonah est ancrée sur l’écran. On le retrouve chez lui, allongé sur son lit, ses gestes trahissent sa nervosité, et un voix off livre ses pensées. Sur un carnet il écrit : « ranger ma chambre, ranger ma vie ». À travers Jonah, son frère, la réalisatrice anglaise Stroma Cairns dresse le portrait, bienveillant mais sans concession, de la jeunesse d’aujourd’hui qui, sans illusions ni projet, tente de trouver la paix dans les drogues ou dans l’alcool, dominée par de sombres pensées.

Jonah propose à Lee de quitter Londres pour aller passer quelques jours au nord-est de l’Écosse où sa grand-tante a une maison. Atteinte de démence, elle vit désormais dans un institut, et sa petite maison bordée par la mer du Nord est vide. Après un voyage cahotique, ils arrivent dans un village sans réseau internet, dominé par la puissante clameur de la mer. Dans un pub ils rencontrent des jumeaux de leur âge, tous deux sourds muets. Une amitié naît, et leurs chemins se croiseront souvent pendant leur séjour. Jonah et Lee sont mis à l’épreuve d’événements et de rencontres inattendues. Entre drames et rédemption, le road trip se transforme en un très singulier voyage initiatique traversé par l’énergie prodigieuse des personnages. Pour Jonah, ce voyage en Écosse est aussi une tentative de se sauver.

 

« La masculinité, les hommes, c’est un sujet qui m’attire depuis toujours. Je me suis rendu compte que c’est peut-être parce que mon père est absent, et que le père de Jonah est mort alors qu’il était très jeune. Il y a un effet miroir. Ce qui m’intéressait c’est comment de jeunes garçons peuvent grandir sans cette figure paternelle » explique la réalisatrice après la projection. Des questions traversent le film : comment vivre le sentiment de joie tout en ayant eu cette perte, comment on continue, comment on s’assume, comment on trouve la responsabilité de continuer. « Pour avancer, on doit se construire soi-même en permanence et on doit pardonner le passé, tout ce qui est venu avant ».

« Les premières images, non jouées, sont des souvenirs de Jonah et de moi-même avec des ex, des copains, d’autres jeunes à Londres. Il fallait cette énergie, c’était important tout au long du film parce que le personnage de Jonah est TDH, il frôle sans cesse le côté maniaque. Les drogues, c’est un moyen pour lui de contrôler cette énergie. » Pour Stroma Cairns, la famille fait partie intégrante de son processus cinématographique. Depuis longtemps, elle filme la maison familiale, son frère, Jonah West, sa mère. Jonah tient le rôle principal de son premier long métrage, leur mère, Imogen West, l’a co-écrit et le produit, des morceaux de musique sont ceux composés par le père de Jonah, décédé alors qu’il était très jeune.

 

Une rencontre imprévue. L’envie de réaliser est venue d’une rencontre imprévue. « Tout a commencé avec les deux jumeaux qui sont sourds. En les voyant communiquer en se signant, j’ai eu envie de les aborder et je leur ai demandé s’ils seraient d’accord pour jouer dans un documentaire. Dans ce court métrage j’explorai des questions très personnelles, sur moi-même, sur ma propre surdité qui apparaissait, sur la honte de mes problèmes d’audition. C’est ma mère qui a eu l’idée de prendre les deux jumeaux pour réaliser mon premier long métrage. C’était pendant la pandémie, à cette période je filmais sans arrêt mon frère. » Le film, qui se positionne entre documentaire et fiction, agit comme un agent fédérateur, réconciliateur, apaisant pour tous ceux qui ont contribué à sa réalisation. Et sur les spectateurs, une immense onde d'humanité, et ses vents contraires.

 

 

 

Stroma Cairns est basée à Londres. Elle a réalisé des épisodes de la série télévisée Mood (2022) et les courts métrages Style Brokers (2014), Blud (2019) et If You Knew (2019). The Son and the Sea (2025) est son premier long métrage.

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