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Mot de passe oublié ?Ils sont cinq. L’un après l’autre, ou l’un et l’autre, ils arrivent de part et d’autre de la scène qui occupe le centre de la salle. Andrej, fraîchement diplômé, qui se bat pour obtenir son premier emploi ; Martina qui, issue d’un milieu social aisé, rêve d’une ferme bio mais est abonnée aux boulots minables ; Mani, jeune universitaire brillant, mais sans travail ; Freya, tout juste licenciée, qui aspire à une revanche ; Peter, SDF, devenu expert en marketing de rue. Chacun se raconte, se défend, se plaint, se projette… Les paroles et les corps, dans la mise en scène de Christophe Rauck et la scénographie de Simon Restino, s’expriment au plus près du public. D'abord avec Presque égal à, dont le texte se fait l’écho de situations à la fois cruelles et risibles, du cynisme sans complexe de « décideurs », et d’une question qui concerne tout le monde : combien de personnes n’ont jamais eu de problème d’argent ? Qui a été fauché au moins une fois dans sa vie ?. Pourtant dans le monde du « faute de mieux », la résistance à une logique économique pernicieuse engloutit les pas de côté et les rêves les plus sérieux.
J’appelle mes frères. Après un court intermède, un deuxième texte de Jonas Hassen Khemiri, J’appelle mes frères, est donné dans ce même dispositif. Dans une rue déserte, une terrible explosion crève la nuit. La rumeur se répand : c’est une voiture piégée. La peur se répand : quel profil a le coupable ? Malgré lui, Amor sent qu’il incarne une menace, que les soupçons iront vers ceux à qui il ressemble. Son apparence le désigne, alors il appelle ses « frères », pour les mettre en garde…
Le dispositif bi-frontal sied à merveille à cette écriture, la proximité entre les comédiens (tous magnifiques) et les spectateurs tient de l’évidence tant la langue du dramaturge capte le réel. Depuis les gradins, se ressent l’ivresse de la nuit étoilée qui s’étend sans limite, et en seconde partie le froid de la neige qui recouvre le sol et assourdit les pas, tandis qu’une voiture au loin, immobile, pointe ses phares allumés. Les chiffres, les opérations mathématiques font une incursion virtuose, animée, vertigineuse.
Christophe Rauck a choisi de présenter non pas une mais deux pièces de Jonas Hassen Khemiri qui, selon lui se répondent. L’une interroge férocement la réussite qui, vue comme une course à la rentabilité, envoie une humanité au rebut. L’autre interroge la suspicion et, avec elle, la peur pour une autre humanité d’être perçue comme la coupable toute désignée des désordres du monde.
Mise en scène de Christophe Rauck assisté d’Achille Morin
Traduction de Marianne Ségol
Scénographie de Simon Restino
Dramaturgie et collaboration artistique – Marianne Ségol
Avec Virginie Colemyn, Servane Ducorps, David Houri, Mounir Margoum, Julie Pilod, Lahcen Razzougui, Bilal Slimani et en alternance Aymen Yagoubi & Wassim Jraidi
Costumes de Coralie Sanvoisin
Maquillages et coiffures de Cécile Kretschmar
Lumière d’Olivier Oudiou
Musique de Sylvain Jacques
Vidéo d’Arnaud Pottier