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Quand l’IA se veut auteur-compositeur

par Lucie Goar
Selon la SACEM, un compositeur sur deux dans la tranche des moins de 35 ans a recours à l'IA. DR
Selon la SACEM, un compositeur sur deux dans la tranche des moins de 35 ans a recours à l'IA. DR
Arts vivants Musique Publié le 16/02/2026
De plus en plus de titres présents sur les plateformes de streaming sont générés par l’intelligence artificielle. Plus qu’une concurrence pour certains auteurs, une menace de disparition.

Continuer d’avancer sans jamais regarder en arrière (« I keep moving forward, never looking back ») : ce pourrait être un beau challenge pour les inconditionnels de l’Intelligence artificielle. C’est d’ailleurs elle, l’IA, qui a écrit cette parole de Walk My Walk, chanson country la plus téléchargée aux États-Unis en novembre 2025. Qui en est l’auteur ? Le créateur de la page Instagram du mystérieux Breaking Rust n’a pas répondu aux questions de la presse. Chanteur, groupe ? En fait, un avatar virtuel.

L’irruption de l’IA dans l’industrie musicale est massive. Selon la SACEM, société d’auteurs, en 2024 un compositeur sur deux dans la tranche des moins de 35 ans y a eu recours. Mais pas pour l’intégralité d’un morceau et pas en s’en cachant. En mai dernier, dans une tribune publiée par Libération, artistes, producteurs et distributeurs de musique indépendants ont posé la question : « L’intelligence artificielle générative aura-t-elle la peau de la création musicale ? ». Dans ce milieu plutôt international, l’appel au secours ne s’adressait qu’aux autorités françaises, leur demandant « de préserver l’édifice réglementaire (…) construit au bénéfice de la culture ». En fait, l’IA puise sans scrupule sur les plateformes internationales de streaming, Youtube, Deezer, Spotify. En janvier 2025, Deezer révélait que plus de 10 000 titres entièrement générés par l’IA étaient diffusés quotidiennement, soit près de 10% des contenus. « Le plus grand vol de propriété intellectuelle de l’histoire » selon la Confédération internationale des éditeurs de musique.

 

Un Grammy Award. Le mois suivant, un Grammy a été décerné à Now and Then mais, cette fois, personne n’a songé à dissimuler l’origine artificielle du titre : la chanson, enregistrée par le seul John Lennon en 1977, a été finalisée avec l’aide de l’IA en 2023 comme l’ultime des Beatles. L’accueil, mitigé chez les critiques, a été euphorique chez les fans. Et, si nombre de compositeurs refusent d’y toucher, personne n’envisage l’interdiction d’un outil aussi performant et déjà si vulgarisé. Certains artistes revendiquent même haut et fort l’usage de l’IA. « Cela oblige à être plus inventifs » affirme l’auteur-compositeur Benoît Carré qui collabore avec des chercheurs sur les liens entre IA et musique. Les sociétés d’auteurs et les autorités publiques cherchent plutôt à réguler : obliger les éditeurs d’IA à déclarer les musiques composant leur base de travail et les rémunérer en conséquence.

À la reconnaissance du créateur, s’ajoute l’enjeu économique : l’an dernier les revenus mondiaux de la musique enregistrée se sont élevés à 26 milliards d’euros, selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), dont plus des deux tiers pour le seul streaming par abonnement. L’AI Act européen de juin 2024 impose déjà des règlements, des possibilités de recours en justice et des sanctions. La Commission européenne a ainsi lancé en décembre dernier une enquête sur Google et sa filiale YouTube « afin de déterminer si Google a pu imposer des conditions abusives aux éditeurs et aux créateurs de contenu ». Alors que Donald Trump a préféré un moratoire de dix ans contre toute régulation. Le début d’un vaste combat.

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