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Mot de passe oublié ?Un fin rideau ferme la scène. L’une s’avance, abondante coiffure couleur de neige, l’autre la suit avec ses cheveux couleur de feu. Robes noires et longues, bijoux scintilllants, l’une et l’autre s’adressent au public du Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis. Bienveillantes, manifestement heureuses d’être là, à l’abri, entre nous, alors que dehors… Les mimiques de leurs visages, les gestes de leurs bras, terminent les phrases, confirment les sous-entendus. Les violences, les guerres, les dominations sur l’autre, le vivant, sont au menu de cette farce tragi-comique, Qui a peur de Lysistrata ?, écrite par Marie Dilasser pour le duo Brigitte Steh et Roser Montllò Guberna, qui la mettent scène. Lysistrata (celle qui licencie l’armée, en grec) dénonce, dans la comédie d’Aristophane, la domination des hommes et la guerre. La courageuse Lysistrata enjoint ses contemporaines à faire la guerre du sexe. Telles las Madres loyales d’un spectacle à venir derrière le rideau qu’elles ouvrent lentement, les deux comédiennes invitent à voir et à entendre ce qu'il en est aujourd'hui.
Guerres incessantes. Les rapports entre femmes et hommes ont-ils changé depuis 411 av. J.-C., date de la création de la pièce à Athènes ? La pièce démontre que non, la guerre, la violence, la domination, le viol, en uniforme ou non, perdurent à l’encontre des femmes. Mais quel être humain pourrait supporter d’être ainsi traité, soumis, ignoré ? Si ce n’est l’esclave c’est donc la femme. La litanie de ses devoirs conjugaux et ménagers, de ses abnégations et dévouement, fait sourire autant qu’elle désole.
Qui a peur de Lysistrata ? ne se veut pas révolte mais constat navrant, elle ne se veut pas combat à mains nues mais furieuse danse collective. Elle cherche à concilier, à faire réfléchir par le rire, comme l’a fait Aristophane, à réveiller la révolte intérieure des femmes, à piquer là où on ne doit pas tolérer.
Sur scène, les allusions de Brigitte Steh et Roser Montllò Guberna aux menaces venant de l’extérieur se mêlent d’ironie. Les violences quotidiennes sont là, au-delà du théâtre et parmi nous. Les guerres sont incessantes, se déploient partout. Les schémas mentaux distribuent toujours l’homme guerroyant et la femme tenante du foyer.
Las, rien n’a changé mais c’est le pouvoir du théâtre d’en rire.