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L’Apocalypse d’Adam et Aimée, temps suspendu avec Adama Diop

par Véronique Giraud
Adama Diop ©Simon Gosselin
Adama Diop ©Simon Gosselin
Arts vivants Théâtre Publié le 14/03/2026
Adama Diop met sa grande expérience du jeu, ses cultures sénégalaise et française, son amour des mots et de la poésie, à l'œuvre de son propre théâtre, politique et symbolique. Créé à la Comédie de Caen, "L’Apocalypse d’Adam et Aimée" est accueilli à Paris au théâtre du Rond-Point du 8 au 18 avril.

Formé à Dakar, puis à l’ENSAD de Montpellier, enfin au CNAD de Paris, Adama Diop est très vite appelé par les plus grands metteurs en scène. Alors qu’il a passé vingt ans au Sénégal, et vingt ans en France, la pandémie du Covid lui donne l’opportunité de bifurquer vers un nouveau chemin. Il prend alors la plume pour dire et inventer son théâtre. Ce fut d’abord Fajar, ou l’odyssée d’un homme qui se voulait poète, dont la tournée s’est achevée tout récemment au Sénégal, à Dakar et à Saint-Louis. Aujourd’hui, il crée L’apocalypse d’Adam et Aimée à la Comédie de Caen dont il est artiste associé. Ce texte poétique, qu’un père adresse à sa fille qui va naître, fut d’abord une commande du musée de l’Orangerie. La lecture eut pour cadre la salle des Nymphéas de Monet en fin d’année 2024. Mais Adama Diop n’avait pas pu tout dire de son long poème de fin du monde et de révélation de la femme. Il décida alors de porter au théâtre l'entièreté du texte, accompagné de deux musiciens, Jessica Martin-Maresco et Dramane Dembélé, et de la vidéo de. Ensuite ce sera La Réunion, du 16 au 18 mars, puis Paris au Théâtre du Rond-Point, du 8 au 18 avril.

 

Prendre le temps de parler de l'autre. L’auteur, metteur en scène et comédien livre avec poésie ses pensées du monde, attribuant à celui-ci maints qualificatifs pour signifier les assauts subis ou engendrés. L’allégorie du nuage montagne introduit ce que la Terre vit aujourd’hui d’agressions, de destructions et de bouleversements, écologiques, sociaux, politiques. Où la ville est à la fois attraction et piège se refermant sur l’homme.

Il est Adam, père d’Aimée. C’est à sa fille que s’adressent ses mots états du monde, la longue énumération de tous les sons d’animaux pour mesurer le poids de leur perte dans le paysage sonore s’ils disparaissent. « Par la longueur, je propose de prendre le temps de nous rendre compte du monde qui nous entoure, de prendre le temps de le comprendre, de parler des arbres et des forêts, de parler de l'autre. Sinon vers quoi courons-nous tous ? Dans l'écriture, j'ai besoin aussi de restaurer cette nécessité du temps suspendu, où on n'est pas dans un temps efficace, où il faut accepter d’être lié à un spectacle de théâtre ». Mettant en œuvre son talent d’acteur, sa confiance dans la scène comme lieu de partage, Adama Diop lie parfois le wolof au français, et cite des personnages des mythologies africaines, des femmes puissantes injustement oubliées.

 

Ode au féminin. Vient le testament adressé à la fille qui va naître, à la femme qu’elle deviendra. À l’immense confiance qu’il lui accorde. À l’amour qu’il lui lègue. Le spectacle s’achève avec La nouvelle genèse, qui donne la voix au féminin, chanté et susurré par Jessica Martin-Maresco, dont le souffle se répand avec douceur de la flûte de Dramane Dembélé. Toute de blanc vêtue, Aimée apparaît sur grand écran dans une nature familière. Telle une divinité, son beau visage est auréolé de longues tiges émergeant de sa coiffure. Sa parole s’adresse au monde, s’adresse à son défunt père. Avenir et passé se croisent, espoir et désillusion se chevauchent. De sa posture hiératique, Aimée donne voix et force à une humanité silencieuse. « On a besoin de l'entendre. Je pense que surtout les hommes ont besoin de l'entendre. C'est à eux que je m'adresse. Les femmes savent à peu près où elles en sont, les hommes doivent se remettre en question. On ne peut pas avancer dans un monde où on accepte des privilèges qui se perpétuent au détriment d'un être humain, ça n'a aucun sens. Je crois profondément qu’en chacun, en chacune de nous, il y a du féminin et du masculin. Il est temps que nous laissions place au féminin dans nos corps, dans nos esprits, dans notre manière de voir le monde ».

 

L'Apocalypse d'Adam et Aimée. Conception, texte et jeu Adama Diop. Avec des extraits de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire publié aux éditions Présence africaine.

Musique Dramane Dembélé

Musique et chant Jessica Martin-Maresco

Costumes Mame Fagueye Ba
Lumière Louisa Mercier
Son Mathilde Tirard
Vidéo Pierre Martin Oriol

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