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Mot de passe oublié ?Steven Moffat est un nom des plus mondialement célèbres de la télévision britannique. Le scénariste écossais a donné naissance à la série Sherlock, et a collaboré sur d'autres, parmi lesquelles Doctor Who. Au festival Séries Mania, au cours de sa masterclass avec Sue Vertue, il déclarait : « Avant que ma femme ne vous tue : au sein de la télévision britannique, c’est probablement elle la plus célèbre. » Sue Vertue est une productrice anglaise qui a bercé des œuvres comme Mr. Bean et Sherlock. Le couple s'est rencontré à l'occasion du Festival international de la télévision d’Édimbourg en 1996 et depuis lors ils ont travaillé ensemble sur de nombreux projets.
Ramener le travail à la maison. Lors de la masterclass, Steven Moffat et Sue Vertue ont expliqué qu’on leur demande souvent s’il leur est difficile de travailler avec leur conjoint, ce à quoi le scénariste répond en riant : « On a élevé des enfants ensemble. Ça, c’est dur ». Leur première collaboration date de 1999, sur Doctor Who and the Curse of Fatal Death, un épisode parodique mettant en scène Rowan Atkinson (Mr. Bean), Richard E. Grant (Star Wars), Jim Broadbent (Bridget Jones), et Hugh Grant (Coup de foudre à Notting Hill) dans le rôle du Docteur. L’actrice Joanna Lumley (Mercredi) a également endossé le rôle, devenant ainsi la première non officielle Docteur femme. « Je me suis dit : il faut que je le fasse, parce que c’est probablement la seule fois de ma vie où je pourrai travailler sur Doctor Who ! Pire prédiction de l’histoire ! » a plaisanté Steven Moffat, qui deviendra showrunner de la série de 2010 à 2017. Un ami leur a ensuite recommandé de ne pas travailler ensemble pendant un an. Une fois l’année écoulée, ils se sont immédiatement lancés dans leur nouveau projet commun : Coupling (ou Six Sexy en français). La série est basée sur leur propre relation avec les personnages, Steve, interprété par Jack Davenport (Pirates des Caraïbes) et Susan, jouée par Sarah Alexander (Stardust, le mystère de l’étoile). C’est malgré tout une question fréquente à laquelle Steven Moffat s’amuse à répondre « Oui, ceux qui portent nos noms ». Coupling a été le premier succès du couple, et il est loin d’être le dernier.
Une adaptation fidèle. Ensemble ils ont produit la série Sherlock. Fans d’Arthur Conan Doyle, Steven Moffat et Mark Gatiss ont pour adaptation préférée Sherlock Holmes et l’Arme secrète de 1942, réalisée par Roy William Neill et dans laquelle Sherlock combat les Nazis. Se demandant pourquoi personne n’avait créé une version moderne, et à force d’entendre son mari ressasser cette idée, Sue Vertue lui a dit de la créer lui-même. C’est ainsi qu'est né le projet. « La modernisation de Sherlock ne compte que pendant les 20 premières minutes de l’épisode 1, après ça elle n’a que très peu d’importance » commentait Moffat. Mark Gatiss et lui ont adapté les livres au point de tirer certaines scènes directement de l’œuvre originelle. Sue Vertue et lui ont raconté avoir choisi pour le rôle titre Benedict Cumberbatch après l’avoir vu dans Reviens-moi, car il ressemblait énormément aux descriptions du personnage. Certains se sont alors décriés car on leur avait promis un « Sherlock Holmes sexy », mais ils ont retiré leurs mots après que l’acteur a enfilé le manteau du personnage. Martin Freeman était quant à lui extrêmement mal luné le jour de l’audition, au point que personne ne pensait qu’il voulait du rôle. Ils ne l’ont pas rappelé pour le second tour, jusqu’à ce qu’ils découvrent que l’acteur venait tout juste de se faire voler son portefeuille. En parlant de cette distribution, Steven Moffat disait « Ces deux-là font toute la magie de la série ».
Le flambeau du Docteur. Le créateur a surtout gagné en popularité avec Doctor Who. Il explique avoir arrêté parce que la série lui prenait trop de temps pour se consacrer pleinement à d’autres projets, et parce que « quoi qu’on en fasse, on finit d’une façon ou d’une autre dans un couloir ». Bien que la série explore de nombreux genres comme la science-fiction, la comédie ou le drame, son audience, très attachée à son essence, n’apprécie pas qu’elle s’éloigne de ses habitudes, et il est difficile de trouver des nouveautés appréciées de tous. Quand on lui demande s’il lui est plus facile d’écrire du fantastique ou du concret, Steven Moffat répond « Même quand on écrit pour Sherlock ou Doctor Who, on écrit toujours sur ce qui se trouve juste devant nous ». Pour lui, les fictions parlent toutes des mêmes sujets (l’amour, la guerre…) et si une vérité fondamentale sort d’un scénario, c’est un heureux hasard.
La création de séries. « Faites en sorte que chaque mot que vous écrivez vous donne envie de lire le suivant » conseillait Steven Moffat, « et souvenez-vous que vous n’aimerez jamais une idée autant que la première fois qu’elle vous vient en tête ». Le scénariste fait observer que nos souvenirs ne nous reviennent pas chronologiquement, qu'il n’y a donc aucune raison d’écrire les fictions de cette manière : « Repensez à votre histoire avec votre meilleur ami dans votre tête. Est-ce qu’elle vous revient de façon linéaire ? » Il dit écrire plutôt comme on se souvient, par ordre d’importance. Il n’y a pas d’ordre correct dans nos têtes, pourquoi y en aurait-il un dans les scripts ? « Pourquoi voudrait-on qu’un scénariste de télévision nous dise quoi penser ? » questionne-t-il, disant qu’il déteste qu’on essaie de dire aux gens comment vivre. « Je ne peux pas faire de tous les personnages qui sont d’accord avec moi des gentils, et de tous ceux qui ne le sont pas des méchants, ajoute-t-il, il est possible que nos deux opinions soient partagées, mais toutes deux correctes ».
L’humour : un instrument primordial. Sue Vertue expliquait que Steven Moffat écrit ses dialogues en imitant les personnages à voix haute, ce qui conduit parfois à des situations embarrassantes. « Peut-être que, parce qu’on vient tous les deux des sitcoms, on fait nos séries d’une certaine façon » ajoute-t-elle. Tous deux expliquent qu’il faut se rappeler constamment l’essence du texte, car les blagues ne sont plus drôles à force de les lire et de les entendre au fil du processus de création de la série. Le scénariste a expliqué que mélanger l’humour et le drame est plus réaliste, et que le fait est qu'il y a parfois des rires aux enterrements, autant le montrer dans les séries. De plus, tout est romantisé en fiction, de façon à ce que même les situations les plus désagréables soient plaisantes. « À la télé, quand un personnage est triste, on fait pleuvoir par générosité. Or ce n’est pas comme ça dans la vraie vie » plaisantait-il, avant de communiquer une astuce scénaristique : si une information est donnée de nulle part dans une série, les spectateurs se doutent qu’elle sera importante pour plus tard et sont moins surpris, tandis que si elle est tournée en blague, ils ne s’attendent pas à ce qu'elle ait de l’importance.
À la fin de l’entretien, le journaliste animateur proposait à Steven Moffat d’enregistrer une question pour Russell T. Davies, dont la masterclass Séries Mania était prévue quelques jours plus tard. Il a alors demandé à son prédécesseur showrunner de Doctor Who pourquoi il ne crée pas de sitcoms. Number 1, la prochaine série de Steven Moffat et Sue Vertue, est actuellement en post-production, elle développe les drames d'un premier ministre. « Imaginez-vous une comédie dramatique de bureau, dans le pire bureau qui soit. Quel endroit idéal pour y mettre un groupe de gens dégénérés dans une comédie dramatique ! ».