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À Séries Mania, Russell T. Davies se rit de la subtilité

par Élisabeth Pan
Russell T. Davies a présenté une masterclass lors du festival Séries Mania
Russell T. Davies a présenté une masterclass lors du festival Séries Mania
Steven Moffat pose une question à Russell T. Davies pendant les masterclass Séries Mania
Steven Moffat pose une question à Russell T. Davies pendant les masterclass Séries Mania
Cinéma Série Publié le 26/03/2026
Quelques jours après Steven Moffat et Sue Vertue, Russell T. Davies présentait une masterclass à Séries Mania. Il y a répondu à une question de son successeur en tant que showrunner de Doctor Who.

Russell T. Davies est un des noms les plus célèbres de la télévision britannique. Présent à Séries Mania, le producteur gallois avait précédé Steven Moffat comme showrunner de Doctor Who et était invité par le festival à animer une masterclass la même année que Steven Moffat et Sue Vertue, créateurs de Sherlock. « J’adore dire que je suis auteur, parce que je suis aussi producteur et showrunner, mais n’importe qui peut faire ça, », disait-il amusé.

 

Pionnier de la représentation télévisée. En 1999, Russell T. Davies s’impose comme un des plus grands noms de la télévision lorsqu’il crée, écrit et produit Queer as Folk, puis le remake américain en 2000. Reconnue comme l’une des premières émissions mettant en scène des protagonistes LGBT+, elle marque l’histoire de la série. Lors de sa masterclass le créateur disait en plaisantant que chaque émission, relation, ou personnage queer à l’écran est perçu comme le premier. « On ne peut pas contrôler ce que le public va tirer de ce qu’on a créé » a-t-il déclaré. « Il faut continuer à avoir la même révolution, une génération après l’autre ». Chaque représentation provoque le même impact culturel, comme on peut le voir aujourd’hui avec des séries comme Heartstopper ou Heated Rivalry. L’auteur déplore cependant qu’il s’agisse principalement de contenu masculin. « Et maintenant ? Nous sommes partout ! » rit-il, « Mais il y a un sentiment dans l’air, ça devient de plus en plus difficile de créer du contenu queer ». Il a partagé son inquiétude quant à l’avenir, disant qu’il faut continuer de créer afin de ne pas revenir en arrière. « Les générations futures donnent de l’espoir… C’est ce que je disais avant, maintenant ce sont devenus des salauds radicalisés » se lamente Russel T. Davies. Il confiait que, en tant qu’adolescent dans les années 70, il était très timide et introverti, observant les fêtards autour de lui. Il se nourrissait ensuite de leurs expériences pour écrire. « C’est notre travail de comprendre pourquoi les gens tombent amoureux, pourquoi ils arrêtent d’aimer, pourquoi il y a un maniaque à la tête du pays… » plaisantait-il.

 

Ne pas avoir peur d’être évident. Professeurs d’histoire gréco-romaine, les parents du scénariste lui faisaient regarder des programmes sur le sujet, et c’est ainsi qu’il a vu pour la première fois deux hommes s’embrasser, dans la série britannique The Caesars. Russell T. Davies a travaillé dur pour accomplir tout ce qu’il a fait, et s’assurer de briser les barrières imaginaires imposées par la société. Il ajoute qu’être homosexuel veut dire que son existence même est politique. L’auteur n’écrit que quand il a besoin d’exprimer de la joie, de la tristesse, de la colère… Ainsi naissent ses scénarios. « Les gens se plaignent quand on n’est pas subtil, mais c’est bien ! Le message devrait être évident ! Je n’ai pas peur de ça ! » a-t-il proclamé, ajoutant que s’il a quelque chose à dire, il préfère le dire clairement. Prenant l’exemple de sa série Nolly avec Helena Bonham Carter, il déclarait ne s’être pas consciemment dit « Oh, il faut que j’écrive sur la façon dont les femmes sont traitées au travail ! », mais plutôt « J’ai fait cette série pour mettre à l’honneur cet âge d’or des soap operas. Et les femmes sont toujours traitées de la même manière, donc… »

 

Des inspirations variées. L’auteur partage parfois garder une idée en tête pendant 20 ou 30 ans avant de trouver l’occasion de l’utiliser dans une de ses créations : « Ce n’est pas pour une série en particulier, j’ai juste des dialogues qui s’écrivent constamment dans ma tête ». Ce fut par exemple le cas de la série inspirée de son expérience pendant la pandémie du sida, It’s a Sin. Navré que les films sur les sujets queer ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent, et de citer 120 Battements par minute, de Robin Campillo, en disant : « Il devrait être dans le top 10 des films préférés de tout le monde ». Quant au genre de ses créations, Russell T. Davies estime que puisque l’humour, le drame, le sombre et le léger fonctionnent ensemble au quotidien, il lui semble logique de les assembler dans ses séries. Il aime aussi utiliser les anecdotes de ses proches, n’ayant aucun scrupule à intégrer dans Cucumber l’opération de reconstruction vaginale de sa sœur. Racontant que cette dernière avait fièrement déclaré en voyant la scène « Oh ! C’est mon vagin ! » Tous ses proches ne s'extasient pas autant d’être mis en avant. La scène d’introduction de la série sur le malencontreux plan à trois lui ayant valu un sermon de l’ami concerné. Cela n’embête cependant pas Russel T. Davies, adepte de controverses en tout genre. Il préfère cela plutôt que son œuvre passe inaperçue.

 

La renaissance de Doctor Who. « D’une certaine façon, je considère que Doctor Who est une série gay. Ce n’est pas le cas, mais le Docteur est vraiment un outsider, » estimait-il, « Si j’écrivais Roméo et Juliette, ils seraient gay, même s’il s’agissait d’un homme et d’une femme. Comme je suis gay, cette sensibilité sera toujours présente ». Russell T. Davies est à l’origine du retour de la plus ancienne série de science-fiction en 2005. Elle lui tient particulièrement à cœur, c'est son plus vieux souvenir de télévision, en 1966. Il s'est dit terrifié lorsqu’il la regardait enfant, et qu’aujourd’hui encore, la musique le lui rappelle. « Si vous avez peur de quelque chose, vous n’oublierez jamais ce sentiment, même en étant adulte ». Pour écrire la série, le scénariste dit s’inspirer de son professeur d’université qui disait que pour écrire un personnage de héros, les problèmes doivent découler de ses faits, comme Hamlet cause les soucis par son inaction. « J’aime écrire des personnages détestables » disait-il en prenant l'exemple d'un personnage sur le point de mourir, à qui il fait dire quelque chose de désagréable pour justifier cette mort.

 

À la fin de la masterclass, Russell T. Davies fut surpris par une question de Steven Moffat, enregistrée par le scénariste durant sa propre masterclass Séries Mania quelques jours plus tôt. « J’adore Steven ! Je pense qu’on s’entretuerait si on travaillait ensemble » plaisantait-il, ajoutant que réaliser à partir d'un script de son ami est toujours un plaisir. Pour répondre à la question de Moffat qui insistait pour qu’il écrive enfin une sitcom, il avoua que l’idée le terrifiait. Russell T. Davies termine actuellement la mini-série Tip Toe, avec Alan Cumming (Spy Kids) et David Morrissey (Sense and Sensibility), qui sortira dans le courant de l’année 2026. Il s’agit d’un thriller dans lequel un simple échange de clés entre voisins devient cauchemardesque.

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