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Mot de passe oublié ?Tolkien a passé une partie de sa vie à inventer des histoires fantastiques dans des mondes imaginaires qu’il a pris grand plaisir à accompagner de ses dessins. Ceux-ci ont trouvé une autre voie que celle du livre grâce au savoir-faire des lissiers d’Aubusson, où des tapisseries sont tissées depuis six siècles. Tissés dans d’imposants formats, les dessins illustrant Le Hobbit (1937), la trilogie Le Seigneur des anneaux (écrite sur plusieurs années pendant et après la seconde guerre mondiale) et d’autres récits tous écrits pour ses enfants, composent désormais une immense tenture de quatorze tapisseries. Elle est accrochée pour sept mois aux murs de la grande salle de l’ancien hôpital Saint Jean d’Angers, édifié à la fin du XIIe siècle et devenu musée de la tapisserie en 1986. Par ses dimensions, elle fait écho à l’exceptionnelle tenture de l’Apocalypse, conservée non loin de là, dans une salle du château du Roi René. C’est cette dernière, exécutée à la fin du XIVe siècle, qui inspira à l’artiste Jean Lurçat (1892 – 1966) la création de son ensemble monumental de tapisseries, Le chant du monde, que l’ancien hôpital abrite depuis 1968. La tenture de Lurçat a été exceptionnellement décrochée pour laisser la place à celle de Tolkien et être ramenée un temps à Aubusson, où elle aussi fut réalisée.
Des dessins XXL. Colorant les parois de l’hôpital moyenâgeux surmontés de vitraux contemporains colorés, l’esthétique Fantasy que reconnaissent d’emblée les lecteurs du célèbre écrivain anglais John Ronald Reuel Tolkien (1892 – 1073) forme un parcours inédit. Ce n’est qu’en s’approchant de chacune des illustrations que l’on peut percevoir qu’il ne s’agit pas de dessins formés par une main mais de tapisseries les reproduisant avec exactitude. L’effet est bluffant. Pour parvenir à un tel résultat, les liciers de 24 ateliers d’Aubusson ont utilisé une technique d’entrecroisement de fils permettant d’obtenir de subtils dégradés et un effet de profondeur. Soucieux de respecter chaque détail du dessin originel et ses effets visuels, ils ont créé des ajouts inédits tels des fils d’or pour sublimer l’effet de pièces de métal, une surépaisseur de matière pour conférer le volume d’un pointillé, adapté des points de tissage pour restituer la légèreté et la fugacité de filets de brume…
Mais avant de se mettre à la réalisation, il aura fallu agrandir trente fois les petits dessins réalisés aux crayons de couleur ou à l’aquarelle et les porter sur des cartons hauts de trois mètres. L’agrandissement a occasionné la conception de détails qui n’existaient pas, en particulier les doigts des mains des petits personnages.
Présentés sur un fond noir, agrémentés d’un texte court mais informant efficacement le spectateur sur la scène représentée et la technique de tissage, les dessins impressionnent autant le connaisseur de Tolkien que le visiteur qui ne l’a jamais lu. Les couleurs chatoyantes, la naïveté stylistique, la clarté de la composition, rendent immédiatement accessible le sujet du dessin. Alors que les paysages comme les scènes ont la particularité d’être à la fois simples et grandioses, le travail virtuose des liciers les rend époustouflants.
Jusqu’au 8 novembre 2026