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Le Printemps des Comédiens, 40ème à Montpellier

par Véronique Giraud
Les soirées du Printemps des Comédiens dans la magnifique pinède du Domaine d'O de Montpellier © Marie Clauzade
Les soirées du Printemps des Comédiens dans la magnifique pinède du Domaine d'O de Montpellier © Marie Clauzade
Arts vivants Théâtre Publié le 05/05/2026
Dans la belle pinède du Domaine d'O, le Printemps des Comédiens annonce son programme. Cette 40e édition, ultime de Jean Varela son directeur artistique jusqu'en 2025, est marquée par de nouvelles écritures, souvent féminines, toujours critiques, qui se conjuguent avec le riche vivier artistique de Montpellier. Du 29 mai au 21 juin.

« Le domaine d’O est un jardin d’Épicure, le plus beau que je connaisse en Europe » s’exprimait Éric Barth en préambule de sa présentation du programme, le 2 avril au théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d'O. Cette 40e édition du Printemps des Comédiens porte une attention soutenue à l'écrivain Valère Novarina qui, disparu le 16 janvier, n’a cessé de recomposer la langue, sa musicalité et la pensée qu’elle véhicule. Les personnages de la pensée, son ultime spectacle, porté par dix acteurs et deux musiciens, sera présenté les 9 et 10 mai au théâtre Jean-Claude Carrière. « Ce spectacle est une véritable fête du langage et sans doute une dernière manière d’entrer dans le monde de Novarina », commente Éric Barth, collaborateur de Jean Varela qui a quitté la direction artistique du Printemps fin 2025. Un autre rendez-vous du festival, L’envers des mots, est une proposition du comédien Olivier Martin-Salvan conçue comme une traversée de l’œuvre et de l’univers de Novarina, témoignant ainsi de sa fidélité à l’écrivain avec lequel il a longtemps travaillé. Sur scène, plusieurs interprètes restitueront l’ampleur de cette œuvre foisonnante et parfois complexe.

Une autre écriture, celle de Wouajdi Mouawad, est à l’honneur de cette édition. Un dyptique autour de cette langue, traversée par la mémoire, les blessures de l’exil et l’Histoire, a été imaginée en complicité avec l’immense metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. Le premier volet de ce dyptique est une performance dont la matière est la leçon inaugurale qu’a donnée Wouajdi Mouawad au Collège de France en 2025, Les verbes de l’écriture. Suivra Europa, création de Krzysztof Warlikowski à partir de la toute récente pièce de Wouajdi Mouawad, « Europa's Pledge » (« Le Serment d'Europe »), incarnée par sa troupe du Nowy Teatr de Varsovie.

 

La vitalité artistique montpelliéraine. L’irruption de deux sangliers à l’orée d’un bois, portée par la langue à la fois drôle et mordante de l’autrice Marion Aubert, donnera une tout autre couleur au premier soir de cette édition. Portée par Olivier Martin Salvan et Martin Blanchard, dont on connaît le talent burlesque, la pièce Les Gaulois traite et maltraite avec humour l’Histoire telle qu’elle a été écrite, transmise, et érigée en roman national.

Le Printemps des Comédiens défend haut et fort la création. Festival international par sa sélection des textes ou des compagnies, il se veut depuis sa création un lieu d’expression et de visibilité des compagnies locales. Dans la lignée de Marion Aubert, fidèle à Montpellier où elle s’est formée à l’Ensad et a fondé sa compagnie Tire pas la nappe, d’autres créateurs telle Marion Coutarel, première artiste associée du théâtre La bulle bleue, ou Hélène Soulié, dont la dernière création, 5 secondes, est portée par l’immense talent de Maxime Taffanel, lui aussi formé à l’ENSAD. Ce seul en scène, adapté du roman poignant de Catherine Benhamou, aura pour écrin les 30 et 31 mai la cabane d’O du Domaine d’O.

Lors du week-end d’ouverture, et dans cet esprit, le festival proposera pour la première fois un focus sur les jeunes compagnies. Ainsi du Groupe O, avec à l’écriture et la mise en scène Laura Marcou et Marc Vittecoq, qui présentera Tragédie Démocratie, une fiction collective pour huit interprètes qui se jouera les 30 et 31 mai sur la scène du Théâtre des Treize Vents – CDN de Montpellier, fidèle partenaire du festival.

 

Tous les registres de l’art vivant. Les 2 et 3 mai, se succèderont des registres très divers du spectacle vivant, de l’enquête militante théâtralisée à ce que nous dit de notre époque une œuvre de jeunesse de Tchekhov jusqu’à la communion du concert. Pour son adaptation d’Ivanov, Myriam Muller a choisi un dispositif quadrifrontal afin d’installer le public au plus près du texte d’Anton Tchekhov et des onze acteurs qui joueront dans des tenues intemporelles. Les mêmes soirs, le musicien Stephan Eicher, dont les chansons sont souvent signées Philippe Djan, donnera dans l’amphithéâtre du Domaine d’O un concert théâtralisé par François Grémaud, jamais à court d’anecdotes et de trompe-l’œil visuels. Auparavant, dans le théâtre d’O, se joueront cinq séquences de Femminicity, un projet européen dont l’université Paul Valéry de Montpellier est active partie prenante. « À la croisée de la fiction, de l’enquête sociologique et du théâtre militant, ce sont cinq spectacles-études sur la situation des femmes en Slovénie, Pologne, Serbie, France, Roumanie... Et, in fine, une palpitante capsule de théâtre du réel faite avec celles et ceux qui arpentent le terrain ». Les représentations seront suivies de débats pour recueillir les propositions du public qui alimenteront ce marathon théâtral à travers l’Europe qui « doit refléter les sensibilités les plus diverses pour continuer à faire évoluer la situation des femmes ».

Célébrant la différence et l’humanité, l’équipe de l’Autre Théâtre s’attelle à faire spectacle. Pour ses trente ans, quatre artistes metteur.es en scène proposent une nouvelle rencontre autour des contes et de la propre histoire de cette compagnie. À travers Il y avait une forêt dans l’histoire, ils et elles imaginent des histoires de forêts, de chemins parsemés de petites pierres pour ne pas se perdre, de maisons en pain d’épices, parmi lesquels se glissent des parcours intimes et lumineux.

Le cirque n’est jamais absent du Printemps des Comédiens. La troupe australienne CIRCA, dirigée par Yaron Lifschitz, en donnera une page virtuose et poétique avec Revoir les étoiles. Pour le centre des arts du cirque Balthazar, qui a élu chapiteau au Domaine d’O, le festival est l’occasion de faire découvrir au public la nouvelle création des élèves en formation.

 

Regards féminins sur l’intime et les chaos du monde. Et tout est rentré dans le désordre résulte d’une longue immersion de Julie Benegmos et Marion Coutarel dans le milieu funéraire, « le marché de la mort ». Recueillant les expériences, rituels et observations des thanatopracteurs, anthropologues, responsables de forêts funéraires et autres fossoyeurs, elles mettent en scène une pièce lumineuse qui confronte comme rarement le spectateur au deuil et à la mort.

Après les inoubliables Re Chicchinella et La Scortecata, Emma Dante revient au Printemps avec Extra Moenia, un spectacle porté par 14 comédiens-personnages dansant la mythologie du chaos du monde que ne cesse d’écrire pour le théâtre l’artiste italienne. Auparavant on retrouvera la performeuse Marina Otero qui, après son tryptique Fuck Me, Love Me et Kill Me, compose avec Ayoub « un duo aussi charnel que corrosif avec l’acteur espagnol Ibrahim Ibnou Goush. Entre conférence performée et rituel de dépossession, Ayoub retrace un amour impossible sur des terres brûlées par le colonialisme ». Angelica Liddell renoue elle aussi avec le public du festival, qui avait assisté à Liebestod, puissant hommage au torero Juan Belmonte accueilli au Domaine d’O en 2022. Avec Seppuku, elle propose une expérience métaphysique autant qu’un spectacle, où plaisir et douleur se confondent, pulsé par la figure de l’écrivain japonais Yukio Mishima.

L’autrice Marion Aubert est très attachée à la transmission, très sensible aussi à la place donnée à la femme dans le théâtre. Elle est sortie de L’ENSAD Montpellier en même temps que la metteure en scène Marion Guerrero, depuis lors sa complice. Pour le Printemps des Comédiens, elles ont travaillé avec les « anciennes » de l’ENSAD Montpellier à adapter au présent Peer Gynt d’Ibsen, « décentrant le mythe de son héros solitaire pour faire entendre une myriade de voix étouffées dans les nimbes de l’Histoire qui s’écrit ».

Outre son tribut à Valère Novarina et sa mise en scène des Gaulois, dernier texte de Marion Aubert, Olivier Martin-Salvan, qui décidément traverse cette édition dans toutes ses dimensions, porte un projet curieusement intitulé You can Be Do. Celui qui a fait rire la France entière avec Les gros patinent bien a choisi de composer avec les textes de trois autrices, Nicole Genovese, Gwendoline Soublin et Romane Nicolas, et du célèbre dramaturge Rémi De Vos, pour mettre en scène le spectacle de fin d’année de la promo 2026 de l’Ensad (École supérieure d’art dramatique) Montpellier. En mettant au centre le rire, « le répertoire le plus difficile » confirme-t-il, il confronte les comédiens à la complexité et la richesse d’écritures qui, même lorsqu’elles transpercent les sujets les plus graves, sont capables d’en faire pointer l’absurde.

 

Voyages en terre chilienne. On retrouvera Tchekhov avec l’adaptation d’Oncle Vania de Guillermo Cacace. Le metteur en scène chilien, dont les festivaliers avaient salué Gaviota, son adaptation de La mouette, transposera l’univers de la pièce russe dans le désert d’Atacama au Chili.

Georges Lavaudant revient au Printemps avec Stella Maris, un spectacle imaginé à partir de textes et d’interviews de l’auteur chilien Roberto Bolaño. Pour ce dernier opus, le metteur en scène retrouve les comédiens Eric Elmosnino et Mélodie Richard, deux des protagonistes de son Misanthrope créé à Montpellier.

 

Quarante ans après sa création, le Printemps des Comédiens s’ouvre majoritairement aux femmes de théâtre. On ne peut que s’en réjouir, l’Histoire se réécrit avec elles, au théâtre comme ailleurs.

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