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Montpellier Danse 2026, les premiers pas d’un festival augmenté

par Véronique Giraud
Arts vivants Danse Publié le 25/05/2026
Placée sous la houlette de quatre directeurs récemment nommés, l’Agora Cité internationale de la danse à Montpellier s’engage dans une voie nouvelle, plus populaire, plus étendue dans ses lieux de diffusion, plus attentive à la danse amateure. Montpellier Danse, son festival international de danse contemporaine, véhicule ces axes à travers un programme qui reflète les tonalités éclectiques de cet art.

À l’heure où, en France, des régions et des villes tournent le dos à la culture, et après les résultats inquiétants des récentes élections municipales, la conférence de presse de Montpellier Danse donne une bouffée d’espoir et de résistance. Il y a 46 ans, Montpellier Danse est né de la volonté d’un maire, Georges Frèche, et d’un chorégraphe, Dominique Bagouet, de créer un festival international. Les propos de Michaël Delafosse, maire de la ville nouvellement réélu, le confirment : « cette longue histoire de la danse est un choix du maire », et de répéter que la collectivité soutiendra toujours le festival international, son agora et le Centre Chorégraphique National. Invitée, la chorégraphe Mathilde Monnier ajoute : « je me sens bien dans cette ville où j’entends souvent le mot culture ». Parole d’artiste !

 

2026, pour Montpellier Danse, c’est l’année du renouvellement. Nouvelle équipe de direction, nouveau projet, nouvelle Agora Cité internationale de la danse, nouvelles formations… Une nouvelle ère se dessine avec une programmation du festival qui invite 36 compagnies dont 15 sont régionales. Les valeurs du « vivre ensemble, de la solidarité, du sens du collectif » gouvernent ces choix, explique Dominique Hervieu, désormais codirectrice de l’Agora avec Jann Gallois, Pierre Martinez et Hofesh Shechter, en insistant sur l’attention portée par la nouvelle équipe à la jeunesse et à la transmission. Si la situation montpelliéraine est loin d’être vierge en la matière avec Exerce, qui a formé depuis sa création de nombreux professionnels, la formation Booth s’ajoute au panorama. Destinée à des artistes autodidactes, sa pédagogie s’appuie sur les choix esthétiques de chacun et devrait à terme devenir une formation certifiante. Diversité, transmission, mixité sociale, égalité des chances… l’idée de mini-campus de la danse est lancée. Nouveauté encore pour le festival avec la création d’un prélude les 13 et 14 juin. Il réunira dans l’Agora puis dans différents lieux de Montpellier des amatrices et des amateurs qui auront travaillé toute l’année pour interpréter des extraits du répertoire de la danse. En accueillant ainsi la 19e Rencontre nationale danse en amateur et répertoire, projet porté par le CND Centre national de la danse, l’Agora marque sa volonté de s’ouvrir à la pratique amateure.

 

Les deux premières soirées du festival ne se dérouleront pas à Montpellier, mais à Sète, au Théâtre de la Mer. C'est devant l'infini de l'horizon que le Sévillan David Coria, avec danseurs et musiciens, démontrera que le flamenco a essaimé bien au-delà des frontières de l’Espagne, et que c’est ainsi qu’il s’écrit au présent. De son côté la chorégraphe Jann Gallois, codirectrice de l’Agora, donnera In Situ, une pièce conçue pour l’espace public, et sa dernière création, Imminentes, présentée avant une longue tournée au Théâtre de l’Agora. Très souvent primé, le danseur et chorégraphe Hofesh Shechter, qui a lui aussi intégré l’équipe de direction, investira l’Amphithéâtre du Domaine d’O, scène en plein air jamais encore investie par le festival. Il y produira pour un soir, le 24 juin, sa dernière création. Interprétée par huit danseuses et danseurs âgés de 18 à 25 ans, In the Brain prend sa source dans l’euphorie des nuits de rave. Amateurs et artistes de renom, Montpellier mais aussi ses alentours, expression d’une danse à la fois exigeante et populaire, le festival entre décidément dans une autre dimension.

 

L'éclectisme des esthétiques. Installé tout récemment à Sète, Dimitri Chamblas donnera pour la première fois Ulysse Marion, une création qui fera dialoguer deux interprètes, Ulysse Zangs et Marion Barbeau, dont les pratiques s’étendent bien au-delà de la danse. Emmanuel Gat, qui a commencé par la musique avant de se consacrer à la danse, créera à l’Opéra Berlioz, Cinq jours au soleil, une pièce inspirée par les mouvements de la 5e Symphonie de Mahler. C’est son 19e opus programmé par le festival. Sur la même scène, le collectif XY, figure marquante du cirque contemporain pour ses acrobaties virtuoses, célébrera le collectif et la sororité avec Le pas du monde. Le collectif La Horde, à la tête du Ballet national de Marseille depuis 2019, présentera pour la première fois en France Après moi le déluge, création pour laquelle l’écrivain Alain Damasio a collaboré à la dramaturgie. Changement de registre avec Abby Zbikowski qui fait sa première en France avec Radioactive Practice, une performance qui explore les multiples manières dont des individus, à la fois complexes et imparfaits, peuvent s’assembler, se désassembler et se recomposer dans l’espace. Radioactive Practice se présente comme un terrain d’entraînement face à des situations instables et imprévisibles…

 

Et les femmes entrent dans la danse. La nouvelle génération sera incarnée par la Sétoise Zoé Laknati qui, avec son solo This is la mort, investira un nouveau lieu du festival, l’Hôtel de Grave à Montpellier, siège de la DRAC Occitanie. Le Studio Bagouet de l’Agora deviendra le lieu des retrouvailles fantasmées de Héla Fatoumi avec une jumelle imaginée, une sœur rêvée, la danseuse, actrice et chorégraphe Sondos Belhassen. Entre France et Tunisie, terre commune d’origine, d’exil et de retour, entre deux figures de scène aux parcours pluriels, TWAMA Paradise projette l’histoire d’une sororité vécue en correspondance, d’artiste à artiste.

 

Dans l’espace public. Kader Attou et Jann Gallois ont conçu deux parcours qui se produiront d’une ville à l’autre de la métropole montpelliéraine. Le premier, chorégraphe qui a ouvert le festival au hip hop, et le danseur Saïd Nadjib, ont collaboré avec les vingt-six danseuses et danseurs de la Cellule d’Excellence d’Epsedanse, école d’Anne-Marie Porras à Montpellier, pour leur transmettre un extrait de Prélude, rencontre émancipatrice entre la musique électro acoustique de Romain Dubois et la force du hip hop. De son côté, Jann Gallois a choisi In Situ, première pièce de son répertoire dans laquelle elle explore avec humour les rapports avec le groupe et la cité, pour le produire le 1er juillet dans plusieurs places de Montpellier.

En plein air, place de l’Europe, les danseuses et danseurs de MazelFreten offriront aux habitants de la Ville de Montpellier un événement exceptionnel  en interprétant un extrait de Rave Lucid, troisième pièce de leur répertoire, qui raconte l'univers de la fête, le lâcher prise jusqu'à la transe, en associant la concentration et la synchronisation dont font preuve les dix interprètes dans la maîtrise de leurs énergiques mouvements de bras. Ce bel hommage à la communauté électro sera suivi d’un DJ set, invitant les spectateurs à eux aussi remuer et lâcher prise.

 

Les territoires de la danse contemporaine interrogés. Éric Ming Cuong Castaing, qui se singularise en associant des corps empêchés, handicapés, à sa pratique de la danse, sera sur la scène du Théâtre des Treize Vents – CDN Montpellier en compagnie du chorégraphe Aloun Marchal et de la dramaturge Marine Relinger. Son nouveau projet, intitulé Vision, réunit quatre artistes malvoyants avec lesquels il œuvre à transformer le geste chorégraphié et inventer de nouvelles manières de se toucher, de ressentir le corps de l’autre. Né en Iran, l’artiste Armin Hokmi a étudié la danse en Norvège et à Berlin, où il vit. Depuis trois ans artiste associé à l’Agora, le chorégraphe partage son expérience : « À Montpellier, en particulier, avec l’histoire du festival et du centre chorégraphique, on a le sentiment de s’adresser à des spectateurs capables de réagir depuis des perspectives différentes. Le public possède une mémoire importante qui lui permet de situer les œuvres et d’inscrire ce qu’il voit dans une histoire plus large de la danse ». C’est devant ce public qu’il présentera Bazm à l’Opéra Comédie.

Seule sur scène, Lizbeth Gruwez poursuit avec Tempest son exploration de la symbiose entre le son et le mouvement, la musique et le corps. Connue pour sa formidable énergie, elle confronte cette fois son corps à la discipline des arts martiaux.

 

Passage entre danse et musique. Montpellier Danse, qui succède au Printemps des Comédiens, s’achève à la veille du festival international de musique Radio-France Montpellier Occitanie. L’édition 2026 innove en confiant le 4 juillet à Aurélien Bory, directeur du théâtre Garonne à Toulouse, le rôle de passeur entre danse et musique. L'artiste a relevé le défi en associant le guitariste de renommée mondiale Thibault Garcia et la danseuse Aure Wachter, sur une partition de musique élisabéthaine composée par John Dowland. Pour une pavane intitulée Sept larmes pour Elisabeth, le musicien dansera, la danseuse chantera, dans un décor qu’Aurélien Bory définit avec poésie comme « une scénographie des plis de la mélancolie ». Cette création mondiale aura pour cadre le théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d'O.

 

En savoir plus : Montpellier Danse, du 20 juin au 4 juillet 2026

 

 

 

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