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Mot de passe oublié ?Dans Le silence des louves, son dernier roman paru aux éditions Melmac Cat, Bruno Carpentier enferme ses lecteurs dans un huis-clos oppressant et mortifère. Tout commence en 2010 avec la disparition d’une petite fille de trois ans et demi, Clara Roussac, qui échappe à la surveillance de ses grands-parents. L’action se déroule dans un hameau isolé du Queyras où ne vit qu’une seule famille, dominée par la figure autoritaire du grand-père de la fillette, Gilbert Roussac. Le sexagénaire semble régner sans partage sur la petite communauté familiale et sur la scierie qu’il exploite avec ses fils, mais ce n’est pas si simple. Cette disparition inquiétante va bien vite mobiliser des moyens importants. La Gendarmerie nationale va diligenter des éléments de la brigade de recherches de Marseille et faire appel à une jeune enquêtrice de son Département des sciences du comportement envoyée depuis Paris, Ana Boyer que l’on retrouve ici dix ans avant la première enquête imaginée par l’auteur, La source bleue.
Un secret de famille porté par plusieurs générations C’est enfoui dans un secret de famille que se trouve la résolution de l’enquête. Mais avant que la vérité n’éclate dans toute sa sauvagerie, dans toute sa cruauté, les gendarmes devront démêler un écheveau dont les premiers fils ont été tissés il y a plusieurs générations. Le poids de l’omerta qui règne au sein du clan, les gestes et postures qui révèlent l’étendue des non-dits et laissent présager une issue forcément désastreuse, font du Silence des louves un véritable thriller. Comme souvent avec l’auteur, les thèmes de société traversent le roman : viols, inceste, emprise psychologique, ébranlent le lecteur tout autant que les personnages. Bien sûr le suspens tient en haleine, d’autant que la révélation, si on la pressent, ne survient que dans le final. Il est d’autant mieux entretenu que les fausses pistes ne manquent pas. Par exemple, on croise un groupe d'Afghans réfugiés dans la montagne, à la frontière poreuse qui relie la France et l’Italie. Sans papiers, ils sont employés ponctuellement de part et d’autre des Alpes par l’industrie forestière et font figure de coupables tombés du ciel.
Une vie antérieure aux deux premiers romans. Ce qui marque aussi c’est le balai de reporters et de caméras de télévision qui investissent le fond du vallon à la recherche d’une info et pourquoi pas d’un scoop pour être le premier sur le coup. Un jeu dangereux qui, à force de fausses révélations, peut provoquer des drames, la mort d’une protagoniste de l’histoire en l’occurrence. Bruno Carpentier décrit aussi sans fard la réaction des habitants face à l’affaire, la vox populi qui déferle sur le village. La résolution de l’enquête devra beaucoup à Ana Boyer, la profileuse, qui fait porter son effort non pas sur un individu, mais sur l’égrégore, c’est-à-dire l’esprit de groupe qui unit tous les acteurs à travers un dessein ignoble. Le silence des louves, c’est aussi l’occasion pour l’auteur de lever un voile sur le passé de son héroïne. Femme intègre, enquêtrice tout aussi opiniâtre que redoutable, Ana Boyer a suscité bien des interrogations auprès des lectrices et lecteurs de ses précédentes enquêtes. Elle vit seule, s’est vu retirer la garde de ses enfants et, d’une grande spontanéité, elle se montre parfois violente. Tout ça ne colle pas avec son personnage de gendarme. C’est aussi pour apporter des éléments d’explication que Le silence des louves a été écrit, en lui inventant un passé qui justifierait sa situation et son comportement. Les personnages ont une vie qui dépasse parfois l’imagination des écrivains dit-on. Ici ce sont les fans d’Ana Boyer qui ont poussé l’auteur à lui donner une vie antérieure aux deux premiers romans. L’auteur lui-même s’en explique.
Vous publiez le troisième volet des enquêtes d’Ana Boyer mais les faits se déroulent dix ans avant qu’on ait fait sa connaissance dans La source bleue, pourquoi ce préquel ?
Quand j’ai créé le personnage d’Ana Boyer, je ne savais pas qu’elle survivrait au premier roman. Elle est gendarme, analyste comportementale, travaille à la section de recherches de Marseille et se lance dans une enquête dont l’intrigue principale se déroule sur fond de trafic immobilier. Or La source bleue a rencontré un tel succès qu’alors que j’avais commencé à écrire un nouveau polar en abandonnant le personnage, mon éditeur Patrick Coulomb m’a convaincu de le conserver. J’ai donc repris Arma Christi en faisant appel à Ana Boyer. Avec ces deux romans le personnage s’est imposé, mais il y avait beaucoup de choses auxquelles je n’avais pas pensé. Ana est divorcée, elle a deux filles adolescentes mais elle n’en a pas la garde, elle arrive de Paris alors qu’elle est originaire de Marseille, je me suis retrouvé face à un grand vide. J’ai ressenti le besoin d’expliquer d’où elle venait, ce qui lui était arrivé, d’autant qu’au cours de mes séances de dédicaces mes lectrices, plus que mes lecteurs, me posaient toutes ces questions. Et donc j’ai décidé de reconstruire tout ça et ça a été un vrai plaisir, c'était un bel exercice littéraire auquel je ne m'étais jamais confronté.
Donc on retrouve Ana dix ans plus tôt, elle est plus jeune, est-ce la même Ana ?
Dans Le silence des louves, Anna a 29 ans. Elle travaille en région parisienne où elle est déjà analyste comportementale. Elle va être détachée auprès de la section de recherches de Marseille qui a ouvert une enquête sur la disparition d’une enfant de 3 ans et demi dans un village du Queyras dans les Hautes-Alpes. J’ai abordé Ana de deux manières. Il fallait montrer ce qui lui était arrivé auparavant. Par exemple, La source bleue débute avec une rave partie au cours de laquelle elle part dans tous les sens, s’en prend violemment à son adjoint et à des jeunes. D’où lui vient cette rage, tout ça n’arrive pas par hasard. Techniquement, je l’ai abordée en modulant les champs lexicaux et en travaillant la syntaxe. Le roman est un petit peu plus souple, j’ai pris moins de liberté, j’ai construit des phrases complètes avec des connecteurs, etc. L’histoire débute avec elle, mais elle est assez absente durant le premier tiers du roman. Quand elle va arriver sur l’enquête, elle va être confrontée à elle-même, mais elle va tomber sur un espèce de coach, l’adjudant-chef Milo Falco, un vieux de la vieille qui l'aime bien et qui va être son alter ego.
Dans vos romans vous abordez le thème de la place des femmes dans la société et des violences. C’était évident dans La source bleue, présent dans Arma Christi, comment avez-vous abordé le thème dans Le silence des louves ?
Dans Le silence des louves, j'ai voulu montrer la force invaincue des femmes. Pour moi, leur force principale, c'est la résilience, ce sont elles qui tiennent tout l'édifice social. Par exemple, le roman s’intéresse à la création de la scierie de la famille Roussac en 1912 juste avant la première guerre mondiale. A ce moment tous les hommes partent à la guerre et neuf mois plus tard toutes les femmes qui étaient enceintes ne l’étant plus, elles peuvent enfin penser à leur corps, penser à elles. Pour ce qui est d’Ana, ce qui fait qu'elle n'a pas la garde de ses enfants est absolument injuste. Tout ce qu'elle a fait, elle l'a fait par amour. En réalité, il n'y a personne qui aime ses filles plus qu’elle-même.
Le silence des louves, Bruno Carpentier, Melmac Cat 2026.
La source bleue, Bruno Carpentier, Melmac Cat 2023, Arma Christi, Bruno Carpentier, Melmac Cat 2025.