Vous n'avez pas de compte ? Enregistrez-vous
Mot de passe oublié ?On l’a peut-être oublié mais Pierre Paulin, un des plus grands designers de la deuxième moitié du XXe siècle, a fait entrer la modernité à l’Élysée, au CESE (Conseil économique, social et environnemental), au Louvre, à la Maison de la Radio… Ses assises aux rondeurs accueillantes, recouvertes de tissus extensibles aux couleurs vives, ont révolutionné les intérieurs. Mais derrière ces succès médiatiques auprès des institutions publiques, se dissimule un découvreur acharné qui avait deux obsessions : le confort et la modernité pour tous. Les objets et mobiliers exposés au musée Fabre témoignent des premiers pans de l’histoire et des formes du design en France, mais aussi de la longue chaine d’acteurs nécessaires à cette profession.
Les débuts d'un inventeur. Dans les espaces dédiés aux expositions temporaires du musée Fabre, la vie et l’œuvre de Pierre Paulin, né à Laon en 1927, se déploient de décennie en décennie. Les influences familiales sont rappelées, celle de son grand-oncle, le sculpteur Freddy Baltazar, et celle de son oncle Georges Paulin, designer automobile, inventeur du coupé cabriolet décapotable. Le premier lui donnera l’envie de devenir artiste, le second l’appétence pour les formes et la vitesse. Dans la société des années 30, le progrès forge un imaginaire. Mais une blessure lors d’un atelier de sculpture fait bifurquer le jeune homme vers le centre d'art et technique, école Camondo aujourd’hui. Son maître, le décorateur Maxime Hold, perçoit chez lui « un grand sens de la géométrie dans l'espace et surtout du dessin. Il voit véritablement l'effort. Il va vite en besogne », cite la conservatrice Florence Hudowicz, commissaire de l’exposition. « Il lui conseille d'aller chez Marcel Gascoin, grand artisan de meubles fonctionnels. À cette forme établie, il va apporter sa touche d'inventivité ».
Un design au service du public. Dans les années 50, domine la nécessité de reconstruire et de se loger. La popularité vient vite avec les stands et les meubles que Paulin réalise pour l’incontournable Salon des arts ménagers, et qui lui valent d’être en couverture du magazine La Maison française. « J'ai toujours voulu être au service du public, donc dans les années 50 je travaille pour les gens qui vont s'installer » commentait simplement le designer. Il appartient en effet à cette génération de « jeunes loups » qui produit les nouveaux objets du quotidien, du fer à repasser à l’aspirateur et au réfrigérateur, et contribue à assoir le métier de designer, en mettant l'accent sur le processus industriel. « Ce processus implique que l'artiste ne travaille pas seul, rappelle la commissaire, mais collabore avec un éditeur pour gérer toute la chaîne de production, du choix des matériaux et des fabricants à la commercialisation ». La France passe ainsi de la décoration au design, d’une rigidité traditionnelle à des formes souples, organiques. Les créations de Pierre Paulin, renouvelées à chaque décennie, témoignent de sa capacité constante à inventer de nouveaux langages pour le design national. Autant par ses créations conçues pour l’industrie et les séries que par ses modernisations de formes classiques fabriquées petits nombres, voire en exemplaires uniques.
Quand le design entre à l'Élysée. Parmi les pièces exposées à Montpellier, la commande de Claude et Georges Pompidou pour leurs appartements de l’Élysée, le salon des tableaux et le fumoir, occupent une place à part. Le salon des tableaux, qui marquait le goût du couple pour l'art, est reconstitué à l’identique, à l'exception des tableaux qui sont ici judicieusement remplacés par une série colorée de Matisse appartenant à la collection du musée. Quant au fumoir, pièce maîtresse de l'exposition, il fait sa première apparition publique après des mois de restauration dans l'atelier du Mobilier national. Des décennies après qu'il ait été démantelé pour être transporté hors de l’Élysée à la demande de Valéry Giscard d’Estaing, successeur de Pompidou à la présidence de la République, la pièce-meuble avait souffert. Fidèle compagnon du Mobilier national, Pierre Paulin y a partagé ses innovations avec l'équipe pluridisciplinaire de l'institution, détentrice d'un savoir-faire unique.
Dans l'exposition Le design selon Pierre Paulin, les variations autour du siège témoignent de 40 décennies de recherches incessantes. Quant au fumoir, il caractérise à lui seul une démarche singulière et innovante qui marque encore aujourd'hui les imaginaires. Concevant volumes et formes comme une œuvre globale et autonome dans l’espace auquel elle est destinée, Pierre Paulin a toute sa place au musée Fabre.
Le design selon Pierre Paulin, 1927 - 2009, du 27 juin au 1er novembre 2026, au Musée Fabre - Montpellier