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Florence Hudowicz : « montrer que le design est un art à part entière »

par Véronique Giraud
Florence Hudowicz sur un fauteuil signé Pierre Paulin. © Ville et métropole de Montpellier
Florence Hudowicz sur un fauteuil signé Pierre Paulin. © Ville et métropole de Montpellier
Arts visuels Publié le 29/06/2026
Conservatrice du musée Fabre, Florence Hudowicz a en charge ses expositions temporaires. Ses mises en scène et ses choix audacieux maintiennent l'institution montpelliéraine en éveil. Jusqu'au août, "Le design selon Pierre Paulin" met pour la première fois la lumière sur un pionnier des formes de la modernité. Rencontre.

Comment est venue l'idée d'une exposition de design au musée Fabre ?

Le musée a un département des arts décoratifs qui, à travers des donations successives, s’arrête à la fin du XIXe siècle, alors que la peinture a perduré jusqu’à Soulages. Cela donnait l’impression que les arts décoratifs étaient posés comme s’ils n’avançaient pas, en tout cas dans l’enceinte du musée. Je voulais montrer que les arts décoratifs ont évolué jusqu’au design. C’est la raison pour laquelle nous avons montré Constance Guisset, puis Valentine Schlegel dans l’annexe arts décoratifs, et il était important d’investir la salle d’exposition temporaire du musée Fabre. Pour montrer que le design est un art à part entière.

 

Vous considérez le design comme un art ?

Paulin était contre cette idée, il disait qu’il était un artisan, un décorateur, mais par un artiste parce que l’artiste produisait tout seul, un loup solitaire. Lui avait besoin du cadre d’une commande pour donner lieu à ma créativité. Mais si on réfléchit, les artistes ont longtemps répondu à la commande. À partir du XIXe siècle, il y a eu une émancipation, l’art pour l’art. Mais finalement ces deux notions se chevauchent. À partir du moment où on s’intéresse aux formes, à leur beauté, à la qualification de l’espace, et à la façon de transformer l’espace à travers les formes qu’on y produit, je pense que c’est de l’art.

 

Le design est un domaine assez mal compris…

Justement, le montrer dans une grande exposition temporaire où habituellement on voit des tableaux, cela le montre autrement. Je pense que les gens ont cette incompréhension parce que design est un mot valise. Tantôt il qualifie le luxe, tantôt le gadget. On comprend mal ce qu’est un designer, contrairement à l’Italie ou à la Scandinavie. La France n’a pas une culture du design. Mais la culture se crée, se travaille, s’éduque. Dire aux gens que tout objet est designé pour pouvoir être utilisé, que le designer Pierre Paulin crée des œuvres d’art, à l’instar du fumoir imaginé pour l’Élysée.

 

Le fumoir est en effet une pièce unique, il a sa place dans un musée, mais le mobilier de jardin conçu pour Allibert a été fabriqué en séries…

Oui, fabriqué en séries, et copié. C’est la problématique du multiple, comme la photographie, qui pour les Occidentaux dégrade la création. Mais cela évolue. Je pense que c’est d’une part une question de définition qui crée cette problématique design et d’autre part notre culture qui n’englobe pas le design. J’espère que le fait de déambuler dans des espaces où tout est beau va faire comprendre que les designers occupent une place à part entière dans la créativité et dans l’art. C’est notre propos.

 

Cette exposition qui va sans doute intéresser le jeune public…

Nous l’espérons. Le 30 septembre nous allons organiser une journée spécifique avec les étudiants de toutes les formations diplômantes dans la filière design, depuis le lycée jusqu’à l’université. Tout le monde travaillera ensemble.

 

Avec le projet d’une extension prochaine du musée, y aura-t-il une place pour le design ?

L’extension devrait permettre une appréhension plus transverse des arts. C’est-à-dire ne pas seulement voir la peinture seule, mais aussi la peinture dans une histoire du goût, dans une histoire des époques. Il est parfois difficile de comprendre une peinture toute seule. La peinture des années 70 posée dans un univers où on voit une chaise de cette époque, etc. permet d’être complètement dans la période. C’est d’ailleurs ce qui se produit dans l’installation du salon des tableaux de l’Élysée des années 70 que nous avons associé avec plusieurs tableaux de Matisse. L’idée est de varier ce qu’on voit, de ne pas être dans un alignement strict, de créer des univers différents. C’est aussi l’idée de concevoir une exposition comme un récit, que le public ressent comme une histoire.

 

Et après Pierre Paulin que proposerez-vous ?

Ce sera une exposition tout à fait différente, dont le titre provisoire est « La visite de van Gogh et Gauguin au musée Fabre en 1888 ». Les deux artistes sont venus en décembre 1888, nous allons revenir sur cette visite pour le bicentenaire du musée.

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