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« Imminentes », manifeste esthétique de Jann Gallois

par Jacques Moulins
"Imminentes" création de Jann Gallois à Montpellier Danse. © Pascale Cholette
Arts vivants Danse Publié le 26/06/2026
Codirectrice de l’Agora, la cité de la danse de Montpellier qui organise le festival Montpellier Danse, Jann Gallois a présenté le 25 juin Imminentes, sa dernière création. Un superbe manifeste au sein même de l'Agora.

D’abord une musique lente aux notes maintenues, signée Patrick De Oliveira. Des danseuses passent sur le plateau, deux, puis quatre, puis six, des couples se forment tête contre épaule et se déforment. Tout est lent. Un temps d’observation, les danseuses se testent, se reconnaissent, s’accordent. S’assemblent enfin dans une ronde enjouée qui n’est pas sans rappeler ces danses traditionnelles où l’une passe sous les bras des autres créant, d’une chaîne, une ondulation infinie. Il n’y a ni violence, ni confrontation, ces femmes se comprennent, s’entendent et se suffisent pour construire leur histoire, leur vocabulaire, pour inventer ces gestes d’émoi, de joie, d’énergie. Car de l’énergie, il y en a. Le rythme s’accélère, les percussions tonnent et le bouquet final emporte les cœurs.

Imminentes est un véritable manifeste, une déclaration d’amour et d’espoir « dans le décor désastreux du monde » comme l’écrit la chorégraphe dans le poème de présentation de son œuvre. « Ne nous laissons plus perdre dans la crainte Ne détournons plus nos regards sur toute cette laideur. » Pour être sans violence, la danse n’en est pas moins offensive. Le geste affirme, précis, désordonné si nécessaire, coordonné sans doute. Les danseuses sont des conquérantes sans arme et sans esprit de haine et de destruction. Elles disent être, sœurs qui ne baissent pas les bras, qui ne se laissent pas plomber par le monde « qu’ils ont sali », qui sont capables d’écrire, et l’écrivent, cette « note dont l’absence rend l’accord imparfait ».

En vingt ans, Jann Gallois a pris ses marques dans la danse contemporaine. Venue du hip-hop, elle a posé, à chaque nouvelle pièce, une pierre nouvelle. Avec Imminentes, elle plante un jalon. C’est là qu’elle est, là qu’elle en est. Sans menace et sans forfanterie. Mais c’est elle. C’est du moins ce que l’on ressent à voir cette chorégraphie sûre, précise, maîtrisée, éminemment construite. Ces corps ne se plaignent pas, ils s’aiment. Ces corps n’attendent pas, ils débordent d’énergie. Ces corps ne stigmatisent pas, ne détruisent pas, ne revendiquent pas. Ils s’expriment en déliés ou en gestes secs, selon l’humeur, selon l’envie. Ils prennent leur place au monde. Libres.

 

Imminentes, de Jann Gallois pour Montpellier Danse, les 25 et 26 juin au théâtre de l’Agora. Avec Anna Beghelli, Carla Diego, Melinda Espinoza, Amélie Olivier, Fanny Rouyé, Agathe Tarillon. En septembre à Pully (Suisse), en octobre à Colombes et au Vésinet, en novembre à Narbonne et à Champigny, en décembre à Nice et à Mâcon. Puis, en 2027, à Martigues, Albertville, Chambéry, Strasbourg, Sainte-Maxime, Béziers et du 3 au 6 mars au Théâtre de Chaillot (Paris).

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