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Après moi le déluge : (La) Horde signe une danse de fin du monde

par Véronique Giraud
Après moi le déluge, création du collectif (La) Horde ©G.Astier Perret
Après moi le déluge, création du collectif (La) Horde ©G.Astier Perret
Après moi le déluge, création du collectif (La) Horde ©G.Astier Perret
Après moi le déluge, création du collectif (La) Horde ©G.Astier Perret
Arts vivants Danse Publié le 02/07/2026
Les trois de (La) Horde respirent à plein le contemporain, son art, son cinéma, sa musique, son théâtre, pour l’infuser dans le corps des danseurs. Leur troisième création, Après moi le déluge, présentée en première mondiale à Montpellier Danse, interroge les ambitions du collectif à la tête du Ballet national de Marseille.

Tandis que les spectateurs s’installent dans les fauteuils de l’opéra Corum de Montpellier, la transparence d’un rideau laisse entrevoir sur le plateau des corps s’effondrant sur place dans des postures virtuoses. Se dresse ensuite en miroir la vidéo de la salle occupant le fond de scène et devant laquelle les danseurs se mettent en ligne, dos à la salle, pour faire et refaire leur salut au public virtuel avant de s’éclipser. Une fois opérée en inversé la référence au spectacle qui a précédé, Age of Content, s’ouvre un nouveau chapitre de (La) Horde. On attendait du collectif qu’il fasse vibrer les corps des danseurs du ballet national de Marseille, qu’il dirige depuis 2019, des secousses contemporaines. Las ! L’imaginaire des deux artistes plasticiens, Marine Brutti et Jonathan Debrouwer, et du chorégraphe Arthur Harel, s’est déporté vers une esthétique fantastique qui échappe au consensuel. Après moi le déluge, titre de leur troisième création avec le ballet, présentée en création mondiale au festival Montpellier Danse, était annonciateur de catastrophes en cours et à venir. Pourtant la suite des tableaux, écrasés par un luxe de décors et de lumières, a conduit à un ésotérisme malaisant.

 

L’effondrement du sol décor, pour un temps superposé au plateau dans toute sa dimension, crée un trou immense dont les danseurs extirpent les lambeaux avant d’y être engloutis. Le cyberespace, dans lequel chorégraphes et danseurs sont nés, l’omniprésence narcissique de l’image de soi que produit leur génération, prend forme avec la vidéo qu’un des interprètes capte en live des visages projetés en gros plan des danseurs riant, grimaçant, apeurés, mais ensemble. L’exercice narcissique occulte les corps, puis le sol se soulève, devient plafond sous lequel le même trou est cette fois rempli d’eau. Dans ce décor inversé, infernal, trois corps sont immergés, sans couleurs, sans énergie, et leurs masques de vieillards effraient. Un jeune corps lancé dans l'espace vient interrompre cette vision funèbre, puis d’autres surviennent, arpentant le sol qui les entoure, avant de libérer une énergie furieuse. Le spectacle s’achève avec les corps des danseurs munis d’appendices, queue de lémurien, pattes d’éléphants. Leurs déplacements, incongrus, produisent l'effarement d'une symbolique jetée en pâture.

La monumentalité du décor, les ressorts de sa magnifique machinerie, les images projetées sur grand écran ont surpassé l’expression des douze danseurs. Théâtre et cinéma ont dominé l’art vivant. Message avant-gardiste ? Expérimentation futuriste ? Trouble dans le genre, assurément.

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