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Avec Salma, mon amour Ahmed El Attar rend hommage à une génération sacrifiée

par Pierre Magnetto
La famille réunie dans le salon cossu d’un appartement cairote bourgeois. © Mostafa Abdelaty.
La famille réunie dans le salon cossu d’un appartement cairote bourgeois. © Mostafa Abdelaty.
Un labyrinthe de mats séparant l’avant et l’arrière scène et dont les distorsions riment les périodes de quelques mois durant lesquels se déroule le récit. © Mostafa Abdelaty.
Un labyrinthe de mats séparant l’avant et l’arrière scène et dont les distorsions riment les périodes de quelques mois durant lesquels se déroule le récit. © Mostafa Abdelaty.
L’Égyptien Ahmed El Attar pour la troisième fois à Avignon. © Hana Gama
L’Égyptien Ahmed El Attar pour la troisième fois à Avignon. © Hana Gama
Arts vivants Théâtre Publié le 09/07/2026
Sur fond de guerre à Gaza, le dramaturge met en scène la vie d’une famille égyptienne aussi riche que peu concernée par les grandes crises qui secouent la planète et dont la vie va basculer dans le chaos avec la prise de conscience de la gravité de l’état du monde par Salma, la fille de 20 ans.

C'est la troisième fois que l’Égyptien Ahmed El Attar présente un spectacle au Festival d’Avignon. Il y était venu une première fois en 2015 avec « The Last Supper » (La Cène), mettant en scène une riche famille cairote à l’époque de la révolution ayant contraint le président Hosni Mubarak à la démission ; puis une seconde fois en 2018 avec « Mama », le dramaturge immergeant le public dans le quotidien d’une famille bourgeoise du Caire dans laquelle la mère et sa belle-fille rivalisaient d’hostilité pour gérer la maison et y maîtriser l’interaction avec les hommes. Avec « Salma, mon amour », l’auteur et metteur en scène fait preuve d’une certaine constance. La pièce se déroule dans le huis clos d’un appartement cossu où vit une famille toujours bourgeoise avec un père puissant homme d’affaire. Salma, jeune femme de 20 ans, représentante joyeuse de la génération Z, ne vit que pour ses vidéos postées sur TikTok tandis que Akim, son frère, tout fier de s’être procuré un pistolet en or ayant appartenu à un fils de Saddam Hussein, prépare son mariage avec sa fiancée américaine, union qui scellera un accord commercial entre les entreprises des deux familles.

Tout commence comme une comédie Tout commence donc avec une certaine légèreté, laissant entrevoir une comédie, voire un vaudeville avec la liaison secrète qu’entretiennent Akim et la servante. Mais nous sommes à quelques semaines de l’attaque du Hamas sur des civils en Israël le 7 octobre 2023 et de la terrible guerre de destruction engagée par l’État israélien à Gaza en représailles. Rien ne semble devoir ébranler le confort dans lequel évolue la famille. « Ça se passe à 800 kilomètres d’ici », explique Akim au téléphone pour convaincre sa future belle-famille de venir séjourner au Caire.« Dans un mois ou deux tout sera rentré dans l’ordre » assure le père à Salma qui s’alarme des vidéos terribles de Gaza vues sur les réseaux. Le père ne voit-là que les conséquences des actes d’un « tas de terroristes » et dans les images montrant la mort de civils palestiniens, des « fake news » générées « par l’IA ». Il a beau interdire à sa fille de regarder ces vidéos et lui ordonner de se concentrer sur ses reels pour TikTok, la parfaite harmonie qui semblait régner dans cette famille va bientôt voler en éclat.

Une génération sacrifiée Avec Salma mon amour une nouvelle fois Ahmed El Attar examine une élite égyptienne déconnectée de la réalité, centrée sur ses intérêts immédiats, dont l’existence va être bouleversée à son corps défendant par les événements. La vie de cette famille insouciante est percutée par l’écho de la guerre et des massacres se déroulant à ses portes. Ils s'immiscent dans son espace privé et perturbent son quotidien. La jeune Salma, est le personnage central qui passe de l’insouciance et de la légèreté à la prise de consciences de l’état de gravité dans lequel se trouve le monde avec cette guerre et tous les conflits, avec le changement climatique et l’effondrement des valeurs qu’on lui a enseigné. Ahmed El Attar voit « Salma, mon amour » comme un « hommage à une génération sacrifiée ». La pièce « est une déclaration à cette jeunesse qui a vingt ans et que l’on a un peu trop tendance à considérer hors-jeu alors même qu’elle doit grandir en prenant sur ses épaules le fardeau que lui ont laissé ses aînés », dit-il non sans culpabilité dans un entretien avec le dramaturge Simon Hatab. « Cette jeunesse, j’ai envie de l’aimer et de croire en elle ».

 

Salma, mon amour, écrit et mis en scène par Ahmed El Attar, création 2026 et première en France, L’autre scène du Grand Avignon à Vedène, 5, 6, 7, 8, juillet.

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L’Égyptien Ahmed El Attar pour la troisième fois à Avignon. © Hana Gama
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