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Mot de passe oublié ?Voilà à nouveau la littérature en procès sur la scène d’Avignon. Un procès où il n’y a pas de condamnation et où l’accusée sort forcément victorieuse, mais pas forcément innocente. Julien Gosselin l’interroge dans la Cour d’honneur principalement à travers les romans de Roberto Bolaño. À deux pas de là, le Chilien est encore convoqué, cette fois avec d’autres écrivains américains, du Nord comme la poétesse Emily Dickinson, du Sud comme la romancière brésilienne Hilda Hilst. C’est une autre Brésilienne qui les appelle sur la scène de l’Opéra d’Avignon, l’auteure et metteuse en scène Carolina Bianchi. Elle présente Uma Luz Cordial (Une lumière cordiale), le troisième chapitre de sa Trilogia Cadela Força (Force des Chiennes) commencée au festival en 2023 avec A Nova e o Boa Noite Cinderela (La mariée et bonne nuit Cendrillon), poursuivie l’année suivante avec The Brotherhood (La fraternité).
Comme l’espagnole Angelica Liddell ou l’argentine Marina Otero que l’on a pu voir en juin au festival Printemps des Comédiens de Montpellier, Carolina Bianchi et son collectif Cara de Cavalo mêlent deux processus scéniques, la performance autobiograhique sous forme de conférence et le jeu d’une troupe théâtrale qui occupe largement le plateau. À l’origine de ce triptyque, les violences sexuelles et les violences faites aux femmes. A Nova e o Boa Noite Cinderela se termine avec l’administration de la drogue du violeur et le viol qui s’ensuit, dont Carolina Bianchi a été victime. Comme le dit l’auteure, « le corps est au cœur du dispositif », c’est encore lui qui est interrogé à travers la littérature, lui et la sexualité. « Le sexe est là en permanence, affirme encore Carolina Bianchi, parce que, pour moi, l’écriture est ma connexion la plus profonde avec le sexe. »
Le sexe, matériau de l’acte de création. Nous sommes alors invités à plonger dans la littérature et dans le sexe alors que acteurs et actrices courent nus sur la scène et s’accouplent en une fureur incontrôlée. Le processus de création littéraire, là où intervient l’inconscient, avec ses cauchemars, ses fantasmes, son enfer qu’il n’est possible d’aborder qu’en distanciant le moi réel du moi créant. Une distance que Bianchi traite en fragmentant le sujet, en l’identifiant aux écrits d’autres auteures disparues qui, épousant en quelque sorte le corps de la metteuse en scène, viennent en témoigner sur scène. Une suite de tableaux tente de mettre le verbe à nu, toujours dans ce lien avec la sexualité mythifiée sur le plateau par la nudité et les simulations de l’acte. Il y a quelque chose de la construction d’un rituel du sexe créateur et destructeur, un Eros de la fertilité narrative et un Thanatos de la destruction du moi abusé. L’écrire ainsi, c’est intellectualiser un propos que le théâtre, par les corps vivants sur scène, joue autant qu’il dit. Carolina Bianchi ne prétend pas ériger une philosophie esthétique, elle parle d’elle-même, de sa manière à elle d’aborder la création sans prétention éthique.
La troisième partie de la trilogie est présentée jusqu’au 7 juillet, l’intégrale des trois chapitres de Cadela Força, dix heures de spectacle, est donnée, toujours à l’opéra, les 12 et 13 juillet.
Uma Luz Cordial de Carolina Bianchi. Création pour le festival d’Avignon à l’Opéra du 4 au 7 juillet. Intégrale de la trilogie les 12 et 13 juillet. Avec Rodrigo Andreolli, Larissa Ballarotti, Carolina Bianchi, Lucas Delfino, Joana Ferraz, Flow Kountouriotis, Fernanda Libman, Amanda Lyra, Danielli Mendes, Carolina Mendonça. Reprise à l’Odéon (Paris) les 19, 20, 25, 26, 27 septembre et 1er octobre 2026.