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Mot de passe oublié ?Ces femmes et ces hommes qu’un régime autoritaire a enfermés dans ses geôles pour les faire disparaître de la société parce qu’elles et ils ont exprimé leurs idées et leurs désaccords avec le pouvoir en place surgissent dans le corps virtuose de l’acteur et performeur Roman Zotov-Mikshin. Pendant une heure, il se pliera à l’humiliante discipline pénitentiaire avant que ne vacille sa raison. Pour Perpetuum Havel, le metteur en scène Pietr Bohàõ s’est inspiré d’écrits du poète, dramaturge et essayiste Vaclav Havel (1936-2011), leader de la Révolution de velours élu président de la République fédérale tchèque et slovaque de 1989 à 1992, puis président de la République tchèque de 1993 à 2003. Fait prisonnier à trois reprises entre 1977 et 1989, le dissident y a écrit, en 1978, un essai, Le Pouvoir des sans-pouvoir, dans lequel il analyse les mécanismes de la mauvaise raison d’État qui prive selon lui les citoyens ordinaires de toute capacité d'influer sur le cours réel de leur vie. Derrière cette analyse, il a voulu démontrer la force de la résistance morale et de la vie. Et c’est bien de cette force dont Perpetuum Havel nous rend spectateurs.
Une déshumanisation. Dans une lumière crue, entouré de fils métalliques que le prisonnier refermera entièrement au fil de la pièce, dormant sur une cage trop petite pour étendre son corps, nu dans une simple couverture, il revêt chaque matin une combinaison numérotée. Il s’impose au lever des exercices physiques énergiques et construits, fait sa toilette, nu toujours, sous le regard d’un gardien, puis arpente la cellule, guidé par son imaginaire. D’abord parfaitement exécutés, les mouvements, la toilette, les pensées, tous ces mouvements répétitifs se diluent dans un désordre alarmant. Jusqu’à ce qu’un corps enfermé dans une couverture semblable à la sienne soit projeté dans sa cellule, suspendu à un filin. Le visage qu’il découvre est le sien, il n'a jamais senti d’aussi près sa mort…
Le dispositif est simple, les gestes du corps athlétique de Roman Zotov-Mikshin sont magistralement chorégraphiés. Crâne rasé, l’acteur ne détourne pas son regard de la salle. Aucun mot n’est dit, mais le cadre et le corps parlent. Sur la porte de la cellule une vidéo des combats de l’enfance avec une épée de bois et un bouclier au fier blason. Puis, sur cette même porte, apparaissent en accéléré les visages de prisonniers d’opinion. Femmes, hommes, Russes, Turcs, Iraniens, Cubains, Chinois, Cambodgiens, Vietnamiens… Intellectuels, artistes, militants d’opposition, avocats, défenseurs des droits de l’homme, travailleurs humanitaires, journalistes…
De ce récit glaçant de l’enfermement, transpirent l’injustice, l’humiliation, transpire aussi la force vitale comme forme de résistance. Celle de Vaclav Havel et celles de nombreux autres dans le monde. Perpetuum force à leur rendre hommage.
Perpetuum Havel est une création. C'est l'un des deux spectacles de la collaboration du Théâtre National de Prague avec Spitfire Company. Conception et mise en scène Petr Boháč. Avec Roman Zotov-Mikshin.
Jusqu'au 20 juillet, les jours pairs. À La Manufacture - Château de Saint-Chamand, 3 avenue François Mauriac 84000 Avignon. Départ navette 15h55. Début de la pièce 16h15. Durée 1H45 (trajet navette compris).
National Theatre est l’une des institutions culturelles les plus importantes de
République tchèque, ainsi qu’un des symboles de l’identité nationale tchèque au cours du 19ème siècle. L'une des quatre troupes affiliée au National Theatre de Prague est la Laterna magika qui fut le premier théâtre multimédia au monde et qui a acquis une renommée internationale grâce à son approche unique de la poétique théâtrale. Depuis de nombreuses années, la Laterna magika se consacre à la recherche de formes de spectacles synthétiques qui associent et combinent différents médiums et moyens d’expression, notamment la projection cinématographique, vidéo ou numérique, la performance jouée et le jeu des acteurs en direct sur la scène. Son orientation et son évolution artistique à la fin des années 1950 et au début des années 1960, ont été profondément marquées par la collaboration entre le metteur en scène Alfréd Radok et le scénographe Josef Svoboda.