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Avignon : Poquelin, simple et caustique, du tg STAN

par Jacques Moulins
"1 2 3 Poquelin" mise en scène par tg STAN à la Carrière de Boulbon © Raynaud de Lage
Arts vivants Théâtre Publié le 15/07/2026
Loin des remparts, le collectif belge tg STAN, présente un Molière subitement contemporain dans plusieurs pièces successives qui forment le spectacle "1,2,3 Poquelin" donné à la carrière de Boulbon. Un véritable plaisir.

L’outrance, le cri, la gesticulation et le spectaculaire, que des critiques opposent à un théâtre trop facile d’accès, c’est le ressort choisi pat tg Stan pour son 1, 2, 3 Poquelin donné de nuit dans le cadre magique de la Carrière Boulbon. Sur scène, ne manquent ni les mots improvisés ni les coups de bâton pour un spectacle qui enchaîne plusieurs pièces de Molière, de L’Avare aux Femmes savantes en passant par Le Mariage forcé et Le Malade imaginaire. La première impression, renforcée par le choix de ne représenter aucune tragédie de l’auteur, est un grand retour au théâtre populaire, héritier de la commedia dell’arte, où la bouffonnerie reste un excellent vecteur du rire. Et oublie la morale, comme le dit Jolente De Keersmaeker, une des membres du collectif, en expliquant pourquoi la troupe n’a pas retenu des pièces comme Le Misanthrope ou Tartuffe.

 

Une nouvelle contemporanéité. Et cela fonctionne, le public enthousiaste l’a montré. Mais tg STAN fait bien plus que cela. Le collectif flamand donne tout simplement un bon coup de jeunesse à des intrigues connues de tous. Voilà un Molière contemporain, pauvre en décors et costumes, des acteurs et actrices batelant sur la scène nue pourvue d’une machinerie bruyante et de ces seules suspensions qui jadis éclairaient les théâtres. Le langage est rendu si commun malgré les idiotismes propres au XVIIe siècle que nous voilà contemporains de Molière. Ou bien est-ce l’inverse, Molière est notre contemporain. L’expression des artistes renforce ce sentiment : familière, imprécise, butant sur des mots, appelant le souffleur à l’aide, parlant français avec un fort accent flamand qui ajoute à la fois cocasserie et distance au texte. Huit actrices et acteurs interprétant quarante personnages descendent du tréteau central entouré de gradins, se plaignent des escaliers, vont et viennent dans la carrière et se mêlent au public comme s’ils en faisaient partie.

 

Molière hors des remparts. La troupe, qui montait déjà Le Misanthrope en 1998, connaît son sujet et pratique son métier avec l’aisance d’un maître ébéniste qui façonne son bois à la gouge. En 2003, c’était Poquelin, puis sa suite Poquelin II en 2017, prouvant que tg STAN, parmi d’autres créations, ne lâchent pas son sujet. Sa méthode de travail pour préparer les spectacles est singulière. « Chaque membre lit toutes les pièces et en fait des synthèses, comme un véritable comité de lecture », dit Damian l’un des acteurs présents sur scène. Il n’y a ni metteur en scène, ni leader et tout semble indiquer que la joie de jouer est la seule hiérarchie que le collectif reconnaisse. Les thèmes d’actualité, indispensables au théâtre et à son lien direct avec le public, sont bien sûr présents, mais traités d’une manière radicalement différente des autres plateaux du festival. Le mariage forcé, les femmes battues, la prééminence de l’argent, l’inflation de termes « savants » pour décrire le réel, tout y est. Les personnages de Poquelin, ceux-là mêmes qui un peu plus d’un siècle après seront les acteurs de la Révolution, le disent simplement, franchement, sans détour, laissant aux hypocrites l’apanage d’un langage recherché. Molière ici est roi. Ses textes sont, avec d’autres auteurs des siècles passés, fondateurs du théâtre, de sa dimension esthétique, éthique et politique. On voudrait parfois l’oublier. Il faut faire quelques kilomètres le long du Rhône, loin des fastes de la cité papale et de ses cafés, pour le redécouvrir.

 

1, 2, 3 Poquelin d’après Molière par le collectif tg STAN. Création au festival d’Avignon. Carrière de Boulbon du 13 au 25 juillet. Avec Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas & Stijn Van Opstal.

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