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Mot de passe oublié ?En juillet, Avignon c’est avant tout un des plus grands festivals internationaux de théâtre. La cité papale devient aussi un lieu des idées, des questions, des combats, et des échanges avec d’autres cultures. Certaines sont en danger, c’est le cas de la culture ukrainienne. L’association française Avec l’Ukraine s’en est émue et a organisé, pour la troisième année consécutive, lectures et tables rondes accueillies à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon et à la Maison Jean Vilar, mettant en avant la vitalité créatrice du pays. Dans la Maison Jean Vilar, La culture ukrainienne en résistance réunissait Volodymyr Yermolenko, professeur de philosophie et essayiste, Olga Sagaïdak, présidente de la Coalition des acteurs culturels, ancienne directrice de l’Institut ukrainien à Paris, et la comédienne et metteuse en scène Macha Isakova, également créatrice et directrice du festival la Semaine de la dramaturgie ukrainienne au Théâtre du Soleil à Paris. Conférence animée par le journaliste du quotidien La Croix et écrivain Alain Guillemoles, auteur d’un reportage sur le pillage des collections des musées ukrainiens par la Russie.
La guerre, un moment pour réfléchir la société. Penser la culture, la préserver, la représenter, tel sont les credo des trois intervenants, dont deux venaient directement d’Ukraine pour participer à cette rencontre. La penser est l’affaire du philosophe Volodymyr qui, avec sa femme Tetyana, voyage régulièrement depuis 2022 au plus près de lignes de front pour observer comment vivent et se transforment ces villes et villages pris par la guerre, mais aussi pour apporter des livres alors que les bibliothèques ont été détruites et même transporter des intellectuels prêts à échanger avec la population. Leur cinquantaine de reportages et leurs pensées sont consignés dans le livre La vie à la lisière (Gallimard, 2026). Pour Volodymyr, la guerre est aussi un moment pour réfléchir en profondeur à ce qui structure la société, et comment elle s’organise. « En Ukraine nous n’avons pas d’intellectuels qui ne sont pas engagés. Notre culture ne se limite pas aux productions littéraires et artistiques, c’est dans sa longue histoire de survivance une énergie pour combattre pour la liberté, l’indépendance. L’Ukraine a une force peu commune de résister, qui ne se limite pas à l’armée. » Rappelant que les événements les plus violents en France ont été suivis de transformations radicales, il projette de la même manière l’après-guerre en Ukraine.
Une politique génocidaire. En 2022, quelques jours avant la libération de la ville, le musée des beaux-arts et le musée d’histoire de Kherson ont été pillés. « 30 000 pièces ont été volées par les Russes, précise Olga SagaPida, qui travaille à répertorier les atteintes au patrimoine culturel ukrainiens. Les équipes du musée des Beaux-arts s’étaient préparées en numérisant les collections. Ce n’est pas le cas du musée d’histoire où les documents et les livres d’inventaires étaient en papier. Plus désespérant encore, la directrice du musée a collaboré avec l’armée russe et assisté à ce pillage ». Les œuvres se trouvent aujourd’hui dans les territoires occupés par les Russes, voire dans les musées de Russie. Symboliques aussi, les bombardements russes du 2 juin à Kyiv du musée de Tchernobyl, dont il ne reste que 40% de la collection liée à la catastrophe, et celui de la Laure de Kiev-Petchersk, le plus vieux monastère d’Ukraine.
Son expérience actuelle, Olga la résume ainsi : « Je suis historienne de l’art, mais ces derniers temps je ne parle que de chiffres ». 1949 bâtiments détruits, des milliers d’œuvres et d’artefacts pillés, les musées d’histoire et d’art de Kherson vidés à 70%… la liste est longue des disparitions ou des « remplacements » en Russie. Par « remplacement », on entend les artefacts démontrant leur lien avec la tradition russe récupérés pour démontrer qu’il s’agit d’une seule et même culture. Ceux qui sont intégralement ukrainiens sont détruits. « Que restera-t-il à la jeune génération pour se représenter la culture ukrainienne quand la guerre sera finie ? » se demande avec inquiétude Olga. « Ces destructions, ces pillages, les crimes commis sur les artistes et les responsables culturels font partie d’une politique génocidaire, contribuent à la destruction d’une identité » ajoute-t-elle.
Faire connaître les dramaturges ukrainiens. Comédienne en Ukraine, Macha Isakova a choisi de vivre en France, elle s’y est formée aux cours Simon, et y a créé sa compagnie AIR. Mais depuis 2022, elle passe autant de temps en Ukraine, avec le besoin de s’engager avec son métier de comédienne et de metteure en scène. Ses recherches l’on conduit à lire de nombreux dramaturges classiques et contemporains ukrainiens, dont malheureusement beaucoup ont été assassinés ou emprisonnés. Ils sont aujourd’hui peu connus des Ukrainiens pourtant grand amateurs de livres et de théâtre. C’est ce qui l’a décidé à créer le festival des dramaturges ukrainiens en France, dont la troisième édition aura lieu en mars 2027 au Théâtre du Soleil, à la Cartoucherie de Vincennes. En parallèle, et toujours dans l’esprit de montrer la vitalité culturelle de son pays natal, elle a effectué en 2025 un long périple dans l’Ukraine en guerre pour aller à la rencontre de metteurs et metteuses en scène. Projeté sur grand écran, un extrait de son documentaire encore inédit montre que le théâtre est représenté dans le métro, sous les théâtres, et plus surprenant encore, dans un théâtre à l’italienne où se jouait une pièce de Goldoni. À l’engagement des professionnels à préserver et à partager la culture quoiqu’il se passe, répond l’engouement du public qui savoure ces moments de vie si nécessaires pour ne pas oublier et être heureux ensemble, le temps d’un spectacle, et malgré la guerre.