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Mot de passe oublié ?Dans l’obscurité, une voix. C’est celle d’une animatrice radio. Elle tourne le dos aux spectateurs qui, de ce fait, se concentrent sur l’écoute. Puis sa voix transporte le public de la table avec micro du studio jusqu’à une autre voix, celle d’un chanteur et musicien en concert. Une voix qui, parmi toutes, trouble au point de déclencher un désir incompressible. Cette soirée où tout se joue est décrite à travers l’imaginaire amoureux qu’éprouve une femme envers un parfait inconnu. Fantasmatique pendant l’écoute, la rencontre doit se faire, une vraie rencontre, sans présager du sentiment de l’autre. Cela ne lui est jamais arrivé, l’homme avec qui elle vit l’attend à la maison…
Ce premier texte de Marie-Laurence Rancourt, dont l’intrigue est centrée sur la voix et l’irruption du désir, est d’une sincère volupté. Révélés par la comédienne Laurence Dauphinais, ses mots décrivent délicieusement l’incompréhensible pouvoir de l’attirance, l’inexplicable de la correspondance des corps, l'insoupçonnable liberté que le désir exulte, ce qui embarque malgré soi dans un interdit. Mais interdit par qui ? Interdit au nom de quoi ? Et que faire de ce désir ? Le désordre dans l’appartement du musicien la rebute, son refus de s’engager dans le langage l’agace, mais ce que se disent les corps est plus fort, et la liberté qui en découle vertigineuse. Seule sur scène, dans la pénombre, la comédienne se fait confidente de son désir. Puis, dans le silence, allongée au sol, lovée sur la grande table de radio, les yeux clos, elle explore de sa sensualité le souvenir de l’inconnu. Habitée par la passion, elle est davantage qu’elle n’a jamais été, comme enfin révélée à elle-même…
L'écoute d'une émotion, texte de Marie-Laurence Rancourt, avec Laurence Dauphinais. Au théâtre du Train Bleu, salle 1, les jours impairs, jusqu'au 23 juillet.