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Mot de passe oublié ?La 80ème édition du Festival d’Avignon propose nombre de créations et histoires originales. Il n'était donc pas surprenant d'y voir présenté un classique tel que Hamlet !… revisité par Ben Duke, créateur, metteur en scène et comédien de The Last Hamlet. La pièce s’ouvre dans une station radio, avec une interview dans laquelle une femme déclare avoir assez vu jouer le drame de Shakespeare. C’est alors qu’entre en scène Ben Duke déclamant le fameux monologue « To be or not to be », avant d'expliquer avoir préféré débuter ainsi, afin que ce soit fait et que les spectateurs ne passent pas toute la pièce à l’attendre, ce qui peut être frustrant. Il ajoute que, suite à des coupes budgétaires, Hamlet ne sera plus jamais joué, et qu'il a eu le droit de mettre en scène sa dernière représentation… il n’a cependant pu avoir ni décors, indiquant le mur de cartons empilés derrière lui, ni comédiens, à part lui-même. Il sort alors des animaux en peluche des cartons, expliquant qu’ils seront les comédiens, et qu’il lui faudra demander au public de lire pour eux. Faisant passer des micros, il demande notamment à une spectatrice d’interpréter Gertrude, la mère d’Hamlet, représentée sur scène par une peluche d’oie. Il rassure la volontaire en lui précisant que le rôle est assez simple : il lui suffit de dire « no » à chaque fois qu’Hamlet lui pose une question.?Tout ceci crée des situations extrêmement comiques et absurdes qui, fidèles à la dynamique entre les personnages, les replacent dans le monde contemporain.
Des personnages reflétant notre société. De nouveaux personnages surgissent au fil de la pièce, comme le fantôme du père d’Hamlet, interprété par le comédien et danseur Miguel Altunaga. Ce dernier fait perdurer l’illusion car, assis parmi le public, il semble d’abord être un autre volontaire. Déguisé en lion, en l’honneur de la plus célèbre adaptation cinématographique d’Hamlet : Le roi lion, le fantôme semble confus, ordonne à son fils avec certitude, mais se contredit sans cesse. Ben Duke critique ainsi certains aspects de la pièce de Shakespeare, comme le rôle de Gertrude, montrée ici comme une femme malheureuse dans son mariage plutôt que comme une traitresse adultère comme elle l'est dans la plupart des adaptations. Les contradictions misogynes de l’œuvre ressortent également dans le personnage mythique d’Ophélia, qu'incarne la danseuse et comédienne Hannah Shepherd, amoureuse d’Hamlet souvent incomprise et moquée au fil des siècles. Une toute autre interprétation est donnée, beaucoup plus compréhensive pour cette jeune fille trahie par son amant, qui s’est donné la mort lorsqu'il a assassiné son père. Dans The Last Hamlet, Ophélia est une jeune femme forte et indépendante, et Hamlet est perdu face à son indifférence. Elle lui explique que si elle l’aimait jadis, ses absences répétées et son manque d’attention pour elle lui ont permis de passer à autre chose, et de ne plus le voir qu’avec une grande pitié pour son personnage. Sans en devenir méchante ou venimeuse, Ophélia n’accepte cette fois plus les mauvais traitements du prince, et le voit tel qu’il est vraiment.
C’est en danses macabres et poétiques, qu'accompagne la voix de la chanteuse Anna B Savage, en humour à l’anglaise et vidéos extraites du dessin animé Le Roi Lion que Ben Duke revisite cette œuvre célèbre mondialement. Si le rire du public se manifeste constamment, les spectateurs reçoivent simultanément des messages essentiels concernant le théâtre, l’art, et la société.
The Last Hamlet, avec Miguel Altunaga, Ben Duke, Hannah Hulford, avec la collaboration de Anna B Savage. Conception et mise en scène Ben Duke. Première en France au festival d'Avignon, les 17, 18, 20, 21, 22, 23, 24 juillet à 22h, cloître des Célestins. En tournée : au Théâtre de la Ville à Paris, du 22 au 30 septembre, au Romaeuropa Festival à Rome, du 20 au 22 octobre, et au Sadler’s Wells East à Londres, du 4 au 7 novembre.
Ben Duke est cofondateur et directeur artistique de Lost Dog, basée dans l’East Sussex. Il s’est formé comme acteur à la Guildford School of Acting avant de s’orienter vers la danse à la London Contemporary Dance School. Avec Lost Dog, il a créé une dizaine de spectacles, dont Ruination : The True Story of Medea, lauréat du National Dance Award et Juliet and Romeo, présentés au Théâtre de la Ville, Paradise Lost (lies unopened beside me), lauréat du National Dance Critics Award et It Needs Horses, lauréat du Place Prize.