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Mot de passe oublié ?Aujourd’hui les photographes doivent composer avec 200 ans de pratique du medium, 200 ans d’expérimentations, d’innovations, d’hybridations. Alors que dans les poches de plus de 50 millions de Français, le téléphone mobile fait office d’appareil photo, le bicentenaire de la photographie se déploie dans les musées, centres culturels et associations, entre archives, inédits et post-photographie. Un grand moment de partage d’images, alors que la photographie est à la charnière d’une ère nouvelle, et que l’éducation à l’image est devenue nécessaire. Face à la déferlante d’images, depuis les arrivées d’Internet et du téléphone mobile, l’exposition photographique offre le temps long nécessaire pour isoler une photo, la contempler, et y puiser une réflexion.
Nicéphore Niépce est considéré comme l’inventeur de la photographie. Est-ce parce qu’il avait une mauvaise vue et qu’il a dû renoncer à une carrière dans l’armée ? Toujours est-il qu’à 22 ans il se choisit le prénom de Nicéphore (qui porte la victoire en grec) et expérimente avec son frère des recherches scientifiques jusqu’à inventer le moteur à propulsion, breveté et utilisé pour la navigation sur la Seine. En 1811, il mène seul des recherches sur la photosensibilité de certains matériaux, plus tard sur la lumière, jusqu’à sa mort soudaine en 1833. Grâce à lui, et d’autres, le principe de la photographie est lancé. Dans sa ville natale de Chalon-sur-Saône, le musée Niépce conserve un fonds photographique de quelque 3 millions d’images et plus de 10 000 appareils et objets, dont « la chambre de la Découverte », premier appareil photographique au monde utilisé par ce pionnier. À l’occasion du bicentenaire, l’image considérée comme la plus ancienne photographie, Point de vue du Gras, est exposée pour la première fois en France.
Une édition exceptionnelle des Photaumnales. Parmi les nombreux événements en lien avec cet anniversaire, l’édition 2026 des Photaumnales mérite un intérêt particulier. Aux commandes, deux commissaires, deux visions de la photographie. Fred Boucher, grand connaisseur de son histoire et de sa technique, fondateur et président de l’association Diaphane, du réseau Diagonal, et créateur du festival Photaumnales. Sa priorité : l’éducation à l’image, qu’il fait diffuser depuis des décennies dans le territoire, rural et urbain, du Beauvaisis. À ses côtés, historienne de l’art Emmanuelle Halkin, commissaire d’expositions dont la spécialité est la post-photographie et les pratiques émergentes qui rapprochent la photographie de l'art contemporain : pratiques pluridisciplinaires incluant la vidéo, la photo vernaculaire, l’archive, le collage, et les modes de monstration immersive, performative ou collaborative. Deux histoires de la photographie qu’articule le travail de Stéphane Couturier, décrit par la commissaire comme « un photographe à la charnière de ces deux époques, passé de la photographie documentaire traditionnelle aux nouvelles pratiques plasticiennes, en saisissant le passage de l'argentique au numérique ». L’exposition La photographie et après, installée au Quadrilatère de Beauvais, réunit ainsi six artistes de la post-photographie, Stéphane Couturier et l'exposition historique anniversaire du Beauvaisis. D'autres expositions sont présentées en extérieur.
Et après ? Cette mise en perspective de l’héritage de la photographie montre le développement récent des pratiques dites néo-analogiques. « Avec l'avènement du numérique, on assiste à un retour des artistes vers des pratiques plus traditionnelles, comme le travail du tirage comme pièce unique, l'utilisation du collodion ou le travail en chambre noire avec le photogramme (comme Sandrine Elberg à Noyon) », précise Emmanuelle Halkin. Les travaux de Clara Chichin (pellicules anciennes périmées, travail sur la matérialité de la lumière) et Harina Essipovich (sculpture photographique au sol réalisée en argentique et accompagnée d'une performance) sont au cœur de la réappropriation et l'hybridation de cette longue histoire. Plusieurs artistes ont eu choisi d’intégrer l'IA pour questionner le statut de l'auteur, l'archive et la valeur de l'image. « Ce bicentenaire constitue un moment charnière pour stimuler la réflexion et les futurs photographes. Mettre la photographie en avant témoigne de l'importance de ces questionnements actuels. »