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Mot de passe oublié ?Dès l’entrée, le propos de l’exposition est résumé : en un seul coup d’œil, se font face la représentation scientifique et la création artistique qui s’en inspire. D’un côté le dessin précis (reproduction d’un vélin) d’un oryx algazelle et l’impressionnante scène d’un oryx algazelle attaqué par une lionne naturalisés (dans la collection du muséum depuis le XIXe). De l’autre un tableau d’Henri Rousseau (aussi appelé Douanier Rousseau) où l’on reconnaît les deux mêmes animaux, cette fois environnés d’une jungle verdoyante, ainsi qu’une lithographie de Jurg Kreïenbuhl (1932-2007) où apparaissent les deux animaux dans la même position. Cette mise en scène du va et vient entre science et art prépare le regard du visiteur devant des œuvres qui résultent d’attentives observations, réalisées soit par des scientifiques également dessinateurs soit par des artistes à qui il incombait de reproduire un nouveau spécimen.
Le lien entre l’œil et la main. Le parcours de l'exposition est émaillé de plus de 300 œuvres et objets consacrés au vivant qui éveillent à la fois curiosité et admiration. Curieux ces représentations d'animaux, végétaux et minéraux, dont beaucoup ont été observés loin de nous. Admirable la dextérité et la précision de celui, artiste ou dessinateur scientifique, qui a su choisir l’angle le plus informatif et les couleurs les plus fidèles pour représenter ce qui allait servir à la connaissance et à la recherche scientifique. Les carnets de terrains d’un géologue arpentant un paysage, les planches de champignons d’un chercheur en mycologie, émerveillent à l’heure où une photo pourrait remplacer le crayon. Mais « la photographie n’est pas aussi précise qu’un dessin » fait remarquer un chercheur dessinateur qui travaille au service du muséum. La première construit un objet, le second définit un sujet d’observation ». On saisit alors l’importance de la profusion de dessins et peintures sur vélin ou sur papier. Tous aux mêmes formats, soigneusement éclairés, ils sont disposés sur trois murs. Nés avec les expéditions scientifiques du XIXe, ces vélins racontent le vivant et sa reproduction, le minerai et ses facettes, l’oiseau et le singe dans leur habitat… produisant une source précieuse de connaissance du monde. Unique au monde, cette collection du muséum est aussi ancienne que le jardin des plantes. Et, depuis le XVIIe siècle, elle n’a cessé d’évoluer. Aujourd’hui, grâce au microscope, le chercheur dessinateur s’approche au plus près du sujet à représenter, multipliant les détails de sa constitution.
Un dialogue ininterrompu entre art et science. C’est au muséum qu’Eugène Delacroix et Gustave Moreau purent observer animaux et plantes exotiques sans quitter Paris. En témoignent des tableaux emblématiques et la naissance de courants picturaux comme le néo-impressionisme. Dans leur sillage, maints artistes sont venus s’inspirer au muséum, pour coller au réel ou réinventer notre rapport au vivant. Et s’en inspirent encore. Ainsi des gros plans de minéraux qu’Évantias Chaudat (née en 1989) photographie, et qui évoquent davantage un paysage de nuages que la composition d’une pierre. Ou de Stéphane Belzère (né en 1963) qui s’émancipe de son père, Jürg Kreienbühl, dont la lithographie d’une lionne s’apprêtant à dévorer une gazelle est présentée à l’entrée du parcours, témoignant d’un grand académisme. Cinquante ans plus tard le fils exécute Felis Pardalis, une grande peinture qui, mettant en scène le larynx d’un onyx lui aussi puisé dans les collections du musée, frôle l’abstraction. Et pour mieux saisir le lien entre l’œil et la main, le petit cartilage du félin d’Amérique est présenté tout près du tableau, conservé dans un bocal rempli d’un liquide bleu. De quoi jeter le trouble !
De nombreux artistes s’inspirent désormais des recherches menées au Muséum pour interroger les bouleversements du vivant : réchauffement climatique, pollution ou disparition des espèces. Ces œuvres prolongent la mission du Muséum en sensibilisant le public aux grands défis environnementaux de notre époque. À l’image de l’artiste 1011 qui, après avoir travaillé avec la chercheuse Line Le Gall, représente des laisses de mer, déchets organiques qui s’échouent sur la plage après une marée, polluées aujourd’hui par les activités humaines : plastique, cordages...
Artistes au Muséum. Grande galerie de l’évolution, musée d'histoire naturelle. Jusqu’au 7 mars 2027