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William Kentridge, grand invité de Bozar Bruxelles

par Véronique Giraud
William Kentridge
William Kentridge
Arts visuels Arts plastiques Publié le 26/10/2026
Premier grand invité de Bozar, l’artiste sud-africain William Kentridge investit le musée de Bruxelles de ses installations spectaculaires, dessinées, animées et sonores. Réunies sous le titre “I am not me, the horse is not mine“, ses œuvres questionnent l’Apartheid, déconstruisent les représentations coloniales et post-coloniales, jusqu’à s’égarer voluptueusement dans l’absurde. Jusqu’au 7 mars 2027.

Ses relations coloniales avec l’Afrique, en particulier le Congo dont Hergé a tiré un fameux et contesté album de Tintin, ont forgé un long pan de l’histoire extérieure de la Belgique. Or c’est à Bruxelles que le musée d’art Bozar a choisi comme premier Grand Invité l’artiste William Kentridge qui, né à Johannesburg en Afrique du Sud, ne cesse de réécrire l’histoire, les impacts et les échecs de la société bourgeoise européenne dans sa domination de l’Afrique.

William Kentridge a souvent été invité à Bruxelles. C’est là qu’il créa en 1995 son premier opéra, Faustus in Africa !, là aussi qu’en 1998 il exposa pour la première fois en solo en Europe à Bozar. Vingt-huit ans plus tard, l’exposition solo I am not me, the horse is not mine offre un aperçu complet et complexe de ses dessins, films d'animation, sculptures, installations et vidéos réalisés depuis le début des années 1980 jusqu’à aujourd’hui. En écho au titre de l’exposition, la première vision est celle de l’artiste et son double sur un cheval dès l’entrée du musée. En face, un atelier fourmille d’objets et de papiers dessinés. Pour Kentridge l'atelier est l’espace où l’artiste donne un sens au monde. Ces deux grandes installations, introduisent la dimension spectaculaire inhérente aux créations de l’artiste. Tout est mouvement de découpage, collage, assemblage, apparition, effacement, musique, chants avec Kentridge, grand admirateur de Méliès.

 

Une composition musicale. « L’exposition se déploie comme une composition musicale, explique son commissaire Tarek Abou El Fetouh, tissant ensemble les dessins, les animations et les œuvres scéniques » Difficile de quitter chacune des salles tant se déploie une profusion créatrice hors normes. Dans un rythme envoutant, au milieu de sons étranges, les mots s’échappent d’une feuille, l’absurde prend la forme d’Ubu et celle d’un immense nez, emprunté à Gogol, les excès coloniaux s’accumulent en un ensemble de dessins, parmi lesquels la série Colonial Landscape, les manifestations du temps s’égrènent en animations obsédantes, les prophéties de Sibylle virevoltent en centaines de pages noircies et sa vie devient opéra. Le confinement lié à la pandémie de Covid a donné l’idée de vidéos destinées à être mises en ligne, c’est Self-Portrait as a Coffee-Pot. La vidéo choisie pour l’exposition montre les répétitions de The Head and the Load, une performance créée par Kentridge en 2018 sur le thème de soldats africains ayant servi dans les armées coloniales européennes pendant la première guerre mondiale. Plus loin, The Great Yes, The Great No évoque la traversée d’un cargo depuis Marseille et à destination de la Martinique, avec à son bord des passagers fuyant la guerre et les persécutions nazies, parmi lesquels le surréaliste André Breton, l’artiste cubain Wilfredo Lam, Joséphine Bonaparte, Trotski, Joséphine Baker, Franz Fanon, Aimé Césaire… Les portraits de ces illustres passagers sont revisités par Kentridge, dans une esthétique qui s’inspire du surréalisme. L’exposition s’achève par un retour à l’atelier où l’artiste se déplace et crée en un mouvement perpétuel.

 

For the Less Good Idea. William Kentridge est un artiste reconnu dans le monde entier. Mais, au-delà de la beauté puissante de ses œuvres, comprend-on toujours la portée politique et activiste de son expression ? Lui qui a grandi en Afrique du Sud au moment de l’apartheid, bien avant que Nelson Mendela sorte de prison et mène son combat vers l’égalité, lui dont les deux parents furent deux avocats engagés, s’est saisi dans sa création des implacables rouages sur lesquels s’appuient l’apartheid. Jusqu’à fonder en 2016, avec l’artiste Bronwyn Lace, le Centre for the Less Good Idea (Centre pour les moins bonnes idées), un espace d’expérimentation et de production interdisciplinaire collaboratif où les découvertes accidentelles et l’échec sont examinés avec attention. Depuis 2024, le musicien Neo Muyanga a rejoint la direction du centre où sont combinés texte, performance, image, son, technologie et danse. Bien sûr c’est Kentridge qu’on invite sur les plateaux de télévision en Europe, bien sûr il apparaît toujours dans ses œuvres lui qui s’est formé au théâtre à l’école Jacques Lecoq à Paris, mais son processus créatif sans cesse en évolution il le partage toujours avec d’autres artistes. Des dizaines de danseurs, musiciens, chanteurs, plasticiens, accompagnent et nourrissent ses créations.

 

Un dessin en « quatre dimensions ». Le dessin, avec l’idée qui le fait naître, appartient à William Kentridge. Seul dans son atelier de Johannesburg, il dessine abondamment. Sur une vidéo, on le voit se saisir du corps d’un oiseau, jusqu’à le faire apparaître comme dénominateur commun d’une suite animée. Les feuilles sur lesquelles il dessine sont la première des dimensions qui sont ensuite développées par les corps et les voix de compagnons de travail, générant une grande complexité de lectures. Les dessins sur calque se superposent les uns aux autres jusqu’à s’animer admirablement. Le dessin est charbonneux, les chants, les musiques, les sons, les voix construisent son parallèle. Les corps animent de leurs ombres la feuille de papier. Naît alors un dessin en « quatre dimensions », comme le nomme son créateur. Un dessin incarné, dansé, chanté… Dans cet univers graphique, tout en noir en blanc, griffé au fusain, tracé à la plume d’un stylo Montblanc, étiré en lavis, sans fard mais avec humour, se raconte un terrible passé. Vraiment passé ?

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