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Mot de passe oublié ?Réalisateur de documentaires algérien, Malek Bensmaïl signe avec L'Arabe son premier long-métrage de fiction. Au festival Cinemed où son film était projeté en avant-première, il déclarait : « Pour moi, tant qu’on n’enregistre pas notre réel, on a du mal à avoir un imaginaire poussé ». Ce rapport entre la création du réel et l'imaginaire de la fiction faisait de Malek Bensmaïl la personne idéale pour adapter le roman de Kamel Daoud. Avec Meursault, contre-enquête, paru en 2013, le journaliste algérien s'était lui aussi tourné vers la fiction pour écrire l’histoire de L’Étranger, le roman d’Albert Camus paru en 1942, racontée par un Algérien. Il n'est plus l'étranger, Daoud lui donne un nom : Moussa (Brahim Derris, Algiers), et c'est son jeune frère, Haroun (Ahmed Benaïssa, Rome plutôt que vous), qui décrit au journaliste les conséquences du meurtre sur sa vie, et plus encore sur celle de leur mère (Hiam Abbass, Satin rouge).
Fiction VS. réalité. Le film explore la frontière entre la fiction et le réel, le réalisateur s'appuyant de son expérience de documentariste avec, par exemple, la scène de début centrée sur une femme rencontrée alors qu’il tournait Algérie(s). Cette introduction permet d’inclure à l'histoire l'Algérie de la décennie noire. Quand Kamel Daoud avait écrit sa chronique L’Arabe tué deux fois, Malek Bensmaïl lui avait conseillé d’en faire un roman, avec l'idée de l'adapter sur le grand écran. « Moi qui viens du réel, j’avais besoin d’un roman pour passer à la fiction » expliquait le réalisateur, qui a fait appel à Jacques Fieschi (Yves Saint Laurent) pour co-écrire le scénario. Dans son livre, Kamel Daoud décrit Haroun se confiant à un universitaire français. Malek Bensmaïl a choisi de remplacer ce personnage par Kamel (Nabil Asli, Les Terrasses), un journaliste algérien (référence directe à l’auteur), afin de rompre avec le stéréotype du sauveur blanc.
Un casting impliqué. Malek Bensmaïl a utilisé son expérience du documentaire pour nourrir son film, notamment pour le choix des acteurs, qui fut influencé par leurs propres vécus. Le réalisateur a expliqué que Hiam Abbass, actrice palestinienne, a été choisie parce que connaissant l’exil, « elle seule pouvait donner cette folie-là à m’ma ». Ahmed Benaïssa, décédé en 2022, a fait du théâtre en Algérie pendant la colonisation, et a donné un lien sensible avec son personnage, constamment tiraillé entre la France et l’Algérie. À l’opposé, Nabil Asli a grandi avec la culture arabe, rejetant l’éducation islamique. Le film étant sa première expérience de jeu en français, le réalisateur a été incité à accentuer dans les dialogues le mélange entre les langues arabe et française. Le parti pris de Malek Bensmaïl a été de faire sentir l’effacement dont le pays est victime. Il expliquait qu’après s’être libérée de la culture française, l’Algérie avait été prise d’assaut par la culture des pays arabes qui leur avaient apporté leur soutien pendant la guerre. Sans aborder frontalement le sujet, des éléments du film témoignent de cet effacement.
À la gloire du 7ème art. Avec son film L’Arabe, Malek Bensmaïl a rendu un magnifique hommage au cinéma, reprenant pour chaque événement de l’histoire l’esthétique des films de l’époque. Ainsi, le meurtre de Moussa est monté à la façon des classiques des années 40, tout en noir et blanc et fermeture d’iris. Dans cette optique, on entend Haroun raconter une histoire romantisée par son admiration pour son frère et pour les films qu’il regardait à l’époque. Son récit, ainsi mis en perspective, ne permet jamais au public de savoir si l’histoire qu’il conte est réelle, sa vision subjective ne pouvant être vraiment fiable. À travers ce personnage d'Haroun, le réalisateur a également tenu à évoquer le fait que tous les Algériens n’ont pas combattu pendant l’indépendance, de la même manière que tous les Français n’étaient pas résistants pendant la seconde guerre mondiale. « Tous les Algériens n’étaient pas des combattants, il y a des héros, mais pas tous, résumait-il, il faut arrêter d’être dans la frustration, dans la revanche ». Précisant qu'il voulait montrer que la version idéalisée, maintenue dans l’imaginaire collectif, n’est pas la vérité. Et que dans ces situations personne ne peut dire ce qu’il ferait vraiment.
L'Arabe (2026), long métrage de Malek Bensmaïl. Scénario : Malek Bensmaïl et Jacques Fieschi (adapté librement du roman Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud). Casting principal : Ahmed Benaïssa, Hiam Abbass, Dali Benssalah, Nabil Asli, Amina Ben Ismaïl. Pays de production : France, Algérie, Belgique, Suisse, Émirats arabes unis. Sortie dans les salles françaises le 4 novembre.
L’Arabe n’est pour l’instant pas distribué en Algérie, bien qu’il ait été validé par la ministre de l’époque et que la plupart des financements viennent du pays. Il a été déprogrammé d’un festival où il devait être en compétition, sans explication. Malek Bensmaïl s'est pourtant gardé de ne rien changer au script une fois approuvé.