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Cinemed : « Chronicles from the Siege », ode à la résistance des Palestiniens

par Véronique Giraud
Chronicles from the Siege, long métrage d'Abdallah Alkhatib. DR
Chronicles from the Siege, long métrage d'Abdallah Alkhatib. DR
Cinéma Film Publié le 28/10/2026
Little Palestine documentait pour la première fois le réel des Palestiniens prisonniers du siège du camp de Yarmouk qu’Abdallah Alkhatib a capté avec sa caméra. Il poursuit son entreprise avec un long métrage de fiction qui, en cinq histoires, raconte les actes de résistance quotidienne des survivants. Chronicles from the Siege renvoie le public occidental face à son confort de vie, le rendant témoin autant que spectateur.

Quand le siège de 2011 a encerclé les 150 000 Palestiniens habitant le camp de Yarmouk depuis 1957, la vie de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants s’est transformée en cauchemar. Les descriptions et images du camp ont rapporté les bombardements incessants, chiffré le nombre de victimes, condamné les assaillants, sans toutefois faire bouger la communauté internationale. Les vidéos postées par les habitants du camp sur le web et les réseaux sociaux ne permettaient pas non plus de comprendre le déroulement du siège. Né dans le camp de Yarmouk, Abdallah Alkhatib a ressenti le devoir de prendre sa caméra pendant le siège et de filmer de 2012 à 2014 tout ce qu’il voyait et entendait, « pour ne pas oublier » comme l'ont été d'autres grands conflits du monde. De ces images produites dans l'urgence, il a réalisé Little Palestine, un film documentaire. Cinq ans plus tard, il présente un premier long métrage de fiction qui, tout en prolongeant sa démarche, utilise les clés du cinéma. Chronicles from the Siege montre comment s’organise la vie sous un siège. Non pas des victimes impuissantes, mais des personnes qui, sous les bombes et malgré la faim, parviennent à sauvegarder leur humanité.

 

Du documentaire à la fiction. Formé à la sociologie à Damas, puis en Allemagne où il vit, le projet de vie d'Abdallah Elkhatib n’était pas de faire du cinéma. Né en 1989 dans le camp de Yarmouk, il y a grandi, et porte en lui l’expérience du siège. On en a peu de traces, hormis les images et témoignages de la presse internationale survolant le désastre du plus important camp palestinien au monde, surnommé le « Cimetière des Palestiniens de Syrie ».  Avec Little Palestine, journal d’un siège, composé de ses archives personnelles, c’était la première fois que la réalité du siège de Yarmouk pouvait toucher une plus grande audience, surpassant celle non hiérarchisées des vidéos du web et des réseaux sociaux. Voulant donner le poids de la fiction à ce qui s’apparente à un journal intime, et sans aucune formation, il a confié le montage et l’image au directeur de la photo libanais, Talal Khoury, habitué à écouter et observer longuement les cinéastes avec lesquels il travaille afin de décider de l’image correspondant le mieux à leur personnalité. « L’image et les mouvements de caméra ressemblent beaucoup à Abdallah, qui court tout le temps, et blague en même temps qu’il dit des tragédies » expliquait-il devant le public du festival Cinemed, où il accompagnait le film, qui faisait son avant-première le 21 octobre.

 

Préserver l'humanité. Le film recèle en effet l’incroyable énergie de vie d’Abdallah Alkhatib. Composé de cinq histoires vécues au camp de Yarmouk, Chronicles from the Siege a pour dénominateur commun le personnage magistral d’Arafat (incarné par Nadeem Rimawi), inspiré d’un homme qu’il a connu. À travers Arafat, s’exprime le manque de tout : du pain, de l’eau, des médicaments, avec en conséquence un traitement interrompu qui aggrave sa santé mentale. Le manque de culture également. Arafat tenait un magasin de vidéo avant le siège. Aujourd’hui déserté, à la merci d’un bombardement, on y pénètre en suivant un groupe de jeunes gens qui ont quitté leur organisation pour partir à la recherche de bois pour se chauffer. « Montrer la vie d’une personne dans une ville en siège, c’est le but de mon film ».

Le film est loin de s’apitoyer sur le sort de chacun. La fiction donne accès aux mécanismes de survie dont le réalisateur fut témoin, parvenant même à faire sourire avec une scène d’anthologie où l’on voit un homme se dépêtrer pour transporter un grand frigo trouvé dans les décombres d’un appartement, qu’il compte bien échanger contre… une cigarette. Dans notre interview, Abdallah explique vouloir montrer ainsi les complications qu’impose une guerre ou un siège pour obtenir les choses les plus simples. La scène, cruciale et d’une grande intelligence cinématographique, atteint en plein cœur un public à qui il suffit d’ouvrir un placard pour se nourrir, et de tourner un robinet pour boire de l’eau. La dernière chronique a pour cadre un hôpital de fortune. Là, on sauve les vies avec les moyens du bord, avec une éthique de guerre, et surtout avec la solidarité entre survivants. « Le siège m’a appris comment les gens peuvent préserver leur humanité dans des circonstances exceptionnelles » a confié Abdallah Alkhatib.

 

"Garder la main sur mon récit". Pour assurer l’indépendance de son film, Abdallah Alkhatib a suivi un processus à rebours de ce qui se fait couramment. Il explique avoir travaillé seul avec son équipe, technique et d’acteurs, sans aucun financement : « Je ne voulais pas de financement avant la fin du tournage pour garder la main sur mon récit ». L’alternance du format large CinémaScope et du 4:3 presque carré, immédiatement identifiable comme une archive documentaire, est un parti pris esthétique qui interroge et déstabilise le spectateur. Ce changement de format se veut un hommage au caméscope qui a permis à Abdallah, comme à d’autres habitants, de documenter la guerre. Avec le montage, le format en 4 :3 et son affichage reconnaissable deviennent un personnage à part entière. Sous le feu des balles, dans la déflagration des bombes, il n’est pas toujours possible de filmer, rappelait Talal Khoury, qui poursuit : « Les gens sous la pression de la guerre se retrouvent à filmer comme seule façon de s’exprimer ». En passant du documentaire à la fiction, Abdallah a pu montrer ce qu’il n’avait pas pu filmer dans l’urgence. Et prouver qu'il compte parmi les cinéastes à suivre.

 

Chronicles from the Siege (titre français : Chroniques des années de siège) Réalisation et scénario : Abdallah Al-Khatib
Avec : Nadeem Rimawi, Saja Kilani, Ahmed Zitouni
Pays : Agérie, France, Palestine

Présenté dans plusieurs festivals, notamment à la Berlinale et au Cinemed, aucune date de sortie en salle n'est annoncée en France.

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