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Le facétieux hommage de Jean-Frédéric Lemoues aux confus et aux indécis

par Véronique Giraud
Jean-Frédéric Lemoues s'invente et se livre dans son seul en scène, Je choisis le printemps. ©Christophe Raynaud de Lage
Jean-Frédéric Lemoues s'invente et se livre dans son seul en scène, Je choisis le printemps. ©Christophe Raynaud de Lage
Arts vivants Théâtre Publié le 02/11/2026
Jean-Frédéric Lemoues s'abandonne à ses hésitations et livre ses blessures dans un seul-en-scène jubilatoire et déroutant. "Je choisis le printemps" flirte avec le burlesque pour noyer des lourdeurs intimes et faire gicler le bonheur de jouer et de s'inventer.

Sa haute silhouette se distingue immédiatement, allant et venant à l’accueil du théâtre, s’approchant puis reculant puis s’approchant à nouveau de la scène, s’avançant pour… faire face au public. Non, Jean-Frédéric Lemoues présente son profil, agite ses mains qu’il a fines et longues, en pose une sur sa joue. Son silence ennuyé, hésitant, accompagne ses gestes nerveux, ses avancées, ses reculades.

Pendant une heure, on assiste à la fabrique d’un personnage de théâtre. L’attente du public est palpable, mais Jean-Frédéric Lemoues prend le temps, avec moultes circonvolutions et périphrases, de présenter les différents espaces de la salle : la régie, le public, les coulisses, la scène, le décor, la lumière. Prend la peine de préciser au public que le spectacle n’a pas encore commencé, qu’il reste encore… quarante minutes comme l’indique sa montre. Les rires fusent, certains visages sont circonspects. Il ne sait par où commencer, et il répète ce qu'on lui a sans doute dit : " Si on ne commence pas, on ne finit pas. ".

Ses grandes enjambées, son pantalon large, sa veste courte, sa coiffure plaquée, ses bras et ses mains qui n’en finissent pas et bougent sans cesse, ses volte-face, ses phrases ampoulées pour exprimer les doutes dont on l'a pétri, sa propension à l’autodérision, déclenchent les rires. Ses malheureux dimanches après-midi, les injonctions à être un homme, à se comporter et à penser de telle manière, les blessures intimes, sont des envolées qui trahissent un désarroi sincère. Au milieu se font entendre des références au théâtre classique, que fait surgir comme par accident l’ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) de Paris : Bérénice, Perdican, Fantasio… l’amour quoi!

Dans un costume parfaitement ajusté, Frédéric Lemoues met à nu, en les déguisant finement, ses émotions, ses réflexions, en « hommage aux confus et aux indécis » précise-t-il. Et même si le propos, très ambitieux, manque encore parfois de force, l'audace désarçonne, émeut, et fait un bien fou.

 

Je choisis le printemps (création 2026), de et avec Jean-Frédéric Lemoues. Théâtre La Flèche - 77 rue de Charonne, Paris 11e. Tous les jeudis à 19h, jusqu'au 10 décembre.

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