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Drawing Now Art Fair, printemps du dessin contemporain

par Véronique Giraud
Prix 2024 de Drawing Now. Tatiana Wolska, Untitled, 2024, pencil on paper, 160 x 160 cm (framed) © Amélie Bataille
Prix 2024 de Drawing Now. Tatiana Wolska, Untitled, 2024, pencil on paper, 160 x 160 cm (framed) © Amélie Bataille
Inci Eviner, Living Being, 2024. Encre et sérigraphie sur papier. ©Rivaud/NAJA
Inci Eviner, Living Being, 2024. Encre et sérigraphie sur papier. ©Rivaud/NAJA
Julia Haumont, Au sol, deux céramiques. Au mur, gravures imprimées sur de la toile à beurre. Car Gallery, Bologne. ©Rivaud/NAJA
Julia Haumont, Au sol, deux céramiques. Au mur, gravures imprimées sur de la toile à beurre. Car Gallery, Bologne. ©Rivaud/NAJA
Thierry Coteseque, Continent Paradis, danse, 2024. Encre sur papier. Galerie Éric Dupont, Paris. Rivaud/NAJA
Thierry Coteseque, Continent Paradis, danse, 2024. Encre sur papier. Galerie Éric Dupont, Paris. Rivaud/NAJA
Izumi Akiyama, Nature morte II, 2020, crayon sur papier. ©RivaudNAJA
Izumi Akiyama, Nature morte II, 2020, crayon sur papier. ©RivaudNAJA
Florian Song Nguyen, focus de la galerie Arnaud Lebecq. ©Rivaud/NAJA
Florian Song Nguyen, focus de la galerie Arnaud Lebecq. ©Rivaud/NAJA
Susanna Inglada, Nothing Twice, 2024. Fusain et acrylique. Galerie Mauritz van de Laar ©Rivaud/NAJA
Susanna Inglada, Nothing Twice, 2024. Fusain et acrylique. Galerie Mauritz van de Laar ©Rivaud/NAJA
Une animation d'Olivier Gruber dans l'espace de l'Invisible galerie, Marseille. Rivaud/NAJA
Une animation d'Olivier Gruber dans l'espace de l'Invisible galerie, Marseille. Rivaud/NAJA
Philippe Cognée (1957, France), Crânes 9, 2007., aquarelle et crayon sur papier. Galerie Templon. ©Rivaud/NAJA
Philippe Cognée (1957, France), Crânes 9, 2007., aquarelle et crayon sur papier. Galerie Templon. ©Rivaud/NAJA
Cathryn Boch, sans titre. Voile de bateau, tarlatane, image tirage papier, couture machine, couture main. Galerie Papillon ©Rivaud/NAJA
Cathryn Boch, sans titre. Voile de bateau, tarlatane, image tirage papier, couture machine, couture main. Galerie Papillon ©Rivaud/NAJA
Quelques illustrations originales de Catherine Meurisse. ©Rivaud/NAJA
Quelques illustrations originales de Catherine Meurisse. ©Rivaud/NAJA
Arts visuels Arts plastiques Publié le 04/04/2024
Le Printemps du dessin, qui s’invite dans divers lieux de l’Hexagone, maintient le lien avec une expression millénaire guidée par la seule main de l’homme. Depuis 17 ans à Paris, Drawing Now Art Fair concilie valeurs sûres et talents émergents du dessin contemporain pour cinq jours d’émotion pure.

Drawing Now Art Fair crée chaque année un rendez-vous d’exception avec le dessin contemporain. La foire ne dure que cinq jours, marchands et collectionneurs y affluent les premiers jours, amateurs et familles s’y rendent plutôt les samedi et dimanche. Au gré des allées longeant les boxes réservés par les galeries de France et du monde, elles étaient 73 cette année, le regard est arrêté par des compositions colorées ou noircies, par un geste nerveux ou un trait d’une grande douceur. Souvent conçus en séries, les dessins en grand format jouxte les petits voire très petits papiers. Cette année, l’IA questionne une des rencontres proposées par le salon, et le dessin d’animation s’invite de part et d’autre des expositions. En témoignent la section Animation : mécaniques de l’esprit, où étaient présentés Ugo Arsac, Inci Eviner, Fabien Granet, Eleonore Geissler, Sébastien Laudenbach, Yoriko Mizushiri, Massinissa Selmani et Catharina Van Eetvelde, des artistes qui s’intéressent à l’animation. Pour l’artiste turque Inci Eviner, une autre exposition est réalisée jusqu’au 15 mai, en partenariat avec le FRAC Picardie, à la maison de la culture d’Amiens.

 

Au sous-sol du Carreau du Temple, Inci Eviner est représentée par la galerie Ferda Art Platform d’Istanbul qui vient pour la première fois à Drawing Now art Fair. On y découvre ses assemblages qui associent des calligraphiques tracées à l’encre noire à des fragments, des corps, des objets, inventés ou reproduits, collés dans le blanc du papier, souvent alignés tels un alphabet de son imaginaire. Dans l’autre espace du sous-sol, les céramiques grandeur nature de Julia Haumont sont posées au sol. Elles reproduisent les attitudes rêveuses, joueuses des petites filles à l’orée de l’adolescence. Sur les murs, la jeune artiste leur a apposé un assemblage de morceaux de tissus qu’elle a teintés, déchirés, tachés. Sur certains, ces jeunes filles sont croquées, reprenant des poses lassives de l’enfance. Julia Haumont, qu’on avait découvert au MAIF Social Club, est désormais représentée par la CAR galerie de Bologne (Italie), autre nouvelle venue sur la foire parisienne.

 

Les surprises de cette édition. Au rez-de-chaussée, les galeries, habituées ou venant pour la première fois, présentent un ou plusieurs des artistes qu’elles représentent. La galerie Templon exposait les très récents travaux colorés d’Abdelkader Benchamma, dont les grandes compositions en noir et blanc se sont répandues à l’international. Célébrant sans cesse une matière puisée dans le sol ou éparpillée dans le cosmos, le plasticien est nommé au Prix Marcel Duchamp 2024.

Certains auteurs sont vite reconnaissables, à l’instar d’Hélène Petrovitch dont la galerie Semiose présentait deux lavis d’encre sur papier, deux grands portraits de jeunes gens d’aujourd’hui, ou bien Pierre Alechinsky que la galerie Lelong présentait en focus avec des inédits, et Claude Viallat dont les dessins réalisés pour le salon étaient exposés par la galerie Catherine Issert .

Pour d’autres, la foire est l’occasion d’une première ou nouvelle reconnaissance. C’est le cas de l’Européenne Tatiana Wolska, née en 1977 en Pologne, diplômée de l’ENSA Nice et vivant à Bruxelles que présentait Irène Laub. L’un de ses dessins, réalisé sur papier très grand format et exécuté aux crayons de couleurs a séduit le jury du salon qui lui a attribué le prix Drawing Now 24. Trait après trait, l’artiste a navigué lentement sur ce grand papier blanc comme elle naviguerait sur un corps, produisant une composition de volutes organiques rosées. Déjà lauréate du Grand prix du Salon de Montrouge en 2014, exposée au Palais de Tokyo à Paris la même année, régulièrement présentée en France et à l’international, la dessinatrice et sculptrice bénéficie cette fois d’une dotation de 5 000 euros, de 10 000 euros d’aide à la production pour une exposition de trois mois au Drawing Lab, et de l’édition d’un catalogue monographique.

Stéphanie Mansy, également nominée au prix 24 du salon, crée de grands dessins noirs sur papier, mémoires de ses émotions nées dans les paysages qu’elle parcourt. L’un d’eux, un pastel intitulé Rémanence, sera retranscrit sous la forme d’une tapisserie dont la réalisation sera confiée à la manufacture nationale d’Aubusson. Signe que les dessins contemporains renouvellent en le préservant le savoir-faire ancestral du lissier.

 

Voyages dans le trait. Le dessin au crayon sur papier touche parfois à l'abstraction. La douceur des « natures mortes » du Japonais Izumi Akiyama, un simple cercle blanc entouré d’une fine graduation de gris, invite à la méditation. Même en soutenant un regard attentif, leur exécution est imperceptible, gommant toute trace d’un geste, à l’opposé des traits ou griffures, douces ou nerveuses, amples ou ramassées, figuratives ou non, auxquels le dessin nous habitue. Le travail du France-Vietnamien Florian Song Nguyen, visible à la galerie Arnaud Lebecq, lui aussi d’une grande finesse, témoigne du vivant. Ses dessins voyagent d’un format à un autre, du très grand au très petit, voyagent du trait au crayon à l’explosion du lavis, du végétal à l’animal et à l’humain. Tout se mêle, la mouche se pose sur l’œil, l’insecte sur la main. Florian Song Nguyen ne cesse de mener son « exploration imaginaire dans une tentative de rendre visible la chair du monde ». De ses traits précis, virtuoses, touchant parfois à un hyper réalisme, apparaissent d’élégants motifs maintenus en apesanteur, presque mouvants. Rien d’étonnant que l’artiste ait eu envie de poursuivre ce langage dessiné à travers l’animation, comme en témoigne un discret petit écran au milieu de ses papiers.

L’humour s’invite parfois, comme sous la plume de Gerald Panighi qui comment ses petits dessins de légendes qui font toujours sourire. Il est niché sous le crayon et le pinceau de Catherine Meurisse, pour la première fois associée à une foire d’art. Longtemps dessinatrice pour le journal Charlie Hebdo, où elle a débuté, Catherine Meurisse se consacre désormais entièrement à la bande dessinée. Au Carreau du Temple, la galerie Barbier lui a consacré un solo show de la série d'illustrations de son dernier recueil, Le passage (éditions Barbier). Sans légendes, ces œuvres toutes en finesse, sont nourries d’humour et de belles couleurs. A noter que, du 4 avril au 14 mai, la galerie organisera une nouvelle exposition d’une quarantaine d’illustrations originales du recueil.

 

Cette 17ème édition de Drawing Now Art Fair confirme le soin qu'un salon peut donner à une pratique qui nécessite la proximité du regard. L'efficacité de la scénographie, éclairée par la grande verrière du Carreau du Temple, facilite le rapport à l'œuvre tout en faisant cohabiter la grande variété des univers dessinés qui œuvre sans cesse à repousser les frontières de la discipline.

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