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La bande originale de la cinquième République selon Dombrance

par Pierre Magnetto
Dombrance, un look bon chic bon genre pour une République électronique. © sebastien-dolidon.
Dombrance, un look bon chic bon genre pour une République électronique. © sebastien-dolidon.
Des images d'archives de l'INA pour une fresque couvrant 70 ans d'histoire contemporaine. © Naja
Des images d'archives de l'INA pour une fresque couvrant 70 ans d'histoire contemporaine. © Naja
Dombrance seul en scène avec ses claviers. © matthieu-joffres
Dombrance seul en scène avec ses claviers. © matthieu-joffres
Avec Make America dance again, Dombrance met en scène des présidents américains. ©  matthieu-joffres
Avec Make America dance again, Dombrance met en scène des présidents américains. © matthieu-joffres
Arts vivants Interdisciplinaire Publié le 28/03/2024
La République électronique de Dombrance s’inspire des huit présidents de la République Française qui se sont succédés depuis 1959 pour proposer une fresque audiovisuelle coproduite par l’INA avec des images d’archive défilant au rythme de la musique et, retraçant 70 ans d’histoire contemporaine. L’artiste propose également Pour une République qui danse, une série de morceaux eux aussi inspirés par des personnalités politiques. Il fallait y penser mais le show chargé de bien de réminiscences et particulièrement dansant est assuré

En réalité, tout est parti un beau jour de 2018, lorsque Dombrance a entendu son synthétiseur lui dire avec insistance « François Filllon, c’est François Fillon ! ». Mais ce qu’il avoue aujourd’hui n’avoir été qu’une « hallucination auditive » a pris depuis une tournure tout à fait inattendue. Artiste, compositeur de musique électronique, Dombrance en a composé un morceau très dansant, ne portant pas de message politique, si ce n’est ce leitmotiv récurrent tout au long du morceau « François Fillon, François Fillon ». L’œuvre est assortie d’un clip animé aux couleurs et lumières psychédéliques, réalisé par Olivier Laude, graphiste ingénieux et tout aussi décalé que le musicien. Les choses auraient presque pu en rester là sans sa participation en 2021 aux apéros libres de l’Inasound, un festival dédié à la musique électronique organisé par l’Institut National de l’Audiovisuel, qui va conduire à la création de La République électronique.

L’héritage d’un certain 18 juin La passerelle entre les deux mondes ne date pas d’hier, elle trouve ses fondements à Londres, un certain 18 juin 1940, jour du message radiophonique du Général de Gaulle appelant les Français à rentrer en résistance contre l’occupant nazi. Le Général s’était adjoint les services d’un résistant, technicien audiovisuel dans le civil, Pierre Schaeffer, qui avait imaginé l’habillage sonore des messages de la radio de la France libre. Arrivé en France avec les alliés à la Libération, Charles de Gaulle avait demandé aux curés et aux maires de France de faire sonner les cloches. Schaeffer commence alors un travail d’enregistrement des carillons. Il va les sampler, comme on dit aujourd’hui, sur des bandes magnétiques, puis travaillant avec les technologies électriques et hertziennes de l’époque, les moduler, produire ce qu’on a appelé de la musique concrète, l’ancêtre de l’électro en quelque sorte. Ainsi voit le jour ce que l’on peut considérer comme les prémices de la musique électronique. Cette démarche va donner naissance en 1951 au Groupe de Recherches Musicales qui, à la création de l’Institut National de l’Audiovisuel en 1974 intègrera cette institution nouvelle avec, toujours à sa tête, Pierre Schaeffer. Le GRM est aussi conçu comme un centre de formation, des générations d’ingénieurs du son et de musiciens vont passer par-là, dont Jean-Michel Jarre et un certain Bertrand Lacombe, aujourd’hui plus connu sous son nom de scène, Dombrance.

Le coup de coeur de l’INA « On s’est rencontrés après le confinement en 2021 sur les marches du Palais Brongniart (lieu où se tient le festival de musique électronique Inasound - NDLR) et quand j’ai découvert son concept de création musicale sur des personnalités politiques nous en sommes arrivés à l’idée de cocréer une fresque sur la Ve République », se souvient Bertrand Maire, directeur de la diversification de l’INA. De cette rencontre imaginative et fructueuse né alors le concept de La République électronique, une fresque composée de morceaux égrenant dans l’ordre chronologique des titres portant le nom des 8 présidents de la Ve qui se sont succédés depuis l’élection de Charles de Gaulle en janvier 1959. L'album sort en mai 2022, juste après les présidentielles. Mais en live ce n'est pas tout à fait la même chose.Durant le spectacle, Dombrance enchaine les titres, De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, seul sur scène, entouré de ses claviers, derrière son pupitre de président près à discourir. Costume et cravate bleu azur, chemise blanche, épaisse moustache et lunettes en écaille, il donne à son personnage le physique de l’emploi comme on dit.

Le portrait d’une France qui bouge Sur scène, si les morceaux se succèdent dans une grande cohérence artistique avec toujours cette volonté de faire danser le public, chaque titre se veut aussi le reflet de son époque, de ses tendances et styles musicaux, des instruments d’alors. Ainsi pour De Gaulle, alors que la musique électronique n’existait quasiment pas ou avait un côté plutôt expérimental, Dombrance a slampé un orgue, des timbales, instruments qu’il peut introduire dans ses compositions. Si La République électronique est le titre de l’album, c’est dans sa dimension scénique et donc audiovisuelle que le spectacle prend tout son sens. L’INA a mis à disposition 70 ans d’archives. Dombrance avait fixé les grandes lignes. Ce qu’il cherchait à montrer dans son projet c’était moins la personnalité ou les orientations politiques des présidents, que le portrait d’une France qui évolue sur tous les plans, les mœurs, les courants musicaux et notamment ceux de la musique électronique, la mode, les avancées technologiques, les grands faits sociaux… qui ont marqué leur époque en accord ou pas avec le chef de l’État en place.

70 années de France contemporaine Pour cela il a fait appel à Marco Dos Santos, pas le joueur de foot, non, le DJ, mixeur, réalisateur de clips, passé entre-autre par radio Nova, mais un artiste qu’on a du mal à définir tant ses créations sont multiformes. « Quand j’ai rencontré l’INA j’ai tout de suite pensé à lui, nous avons beaucoup de choses en commun » confie Dombrance, tandis que Pierre Maire compare son travail à « un documentaire » avec une dimension en plus, « les images, leur enchainement et le rythme sont complètement adaptés à la musique et assez rapides pour parvenir à bien marier les deux ». On l’aura compris, durant le concert les images défilent sur écran géant au rythme de la musique, racontant 70 ans de la France contemporaine. Une prouesse qui amène le public, y compris les plus jeunes, à passer par des moments d’émotions intenses partagés entre instants de solennité, de nostalgie, de (re)découverte, d’humour, avec toujours cette irrépressible envie de danser. « La rencontre avec Dombrance a été structurante, elle permet de faire cohabiter le patrimoine audiovisuel national avec de la musique électro. On est complétement dans notre ADN, dans notre cœur de métier », se réjouit Bertrand Maire.

Pour une République qui danse La deuxième partie du spectacle, car il y a un bref entracte durant lequel Dombrance troque le costume bleu pour un costume rouge, sonne comme un manifeste. Pour une France qui danse est inscrit sur le devant du pupitre derrière lequel se tient l’artiste façon musicien en meeting depuis le début de la soirée. Ce travail est antérieur à La République électronique, mais il est constitué de titres inspirés par des personnalités politiques : Fillon, Raffarin, Taubira, Poutou, Copé, Bayrou, le tout accompagné par les clips réalisés par Olivier Laude. Depuis 2018 avec Pour une France qui danse et à partir de 2022 avec en sus La République électronique, Dombrance a beaucoup tourné en France et rempli les salles comme dernièrement avec un Trianon comble à Paris. Mais son succès il le vit aussi à l’international, avec notamment des concerts en Grande Bretagne, aux États-Unis, au Mexique qui eux aussi déplacent les foules. « Si les américains ou les anglais réagissent, c’est qu’au fond ils ont traversé les mêmes périodes que nous », avance-t-il. Dans une déclaration publiée par l’INA il s’expliquait en disant « les présidents sont souvent un marqueur temporel dans une vie car ils renvoient à une génération. En faisant une grande fresque de la Ve République, le spectacle fait écho à chacun d’entre nous »,y compris outre-Atlantique et outre-Manche, faut croire. Il faut dire aussi que côté Amérique du Nord, Dombrance a sorti un EP, Make America dance again, petit clin d’œil ironique à un célèbre slogan politique, sur lequel on retrouve Obama, Trump, Biden, AMLO (abréviation du nom du président Mexicain Andrés Manuel Lòpez Obrador) avec en sus un titre dédié au rappeur Kenye West, une de ses icônes.

Les prochains concerts de Dombrance en France : 11 avril à Limoges, 27 avril au Palp festival de Marigny (Suisse), le 25 mai au Pelpass festival de Strabourg, le 7 juin au festival Safiko à Saint-Pierre de La Réunion, le 20 juillet au Pleins Feux Festival de Bonneville en Savoie, le 11 août à Quiberon.

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