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« Je suis la bête » concilie comme rarement théâtre et littérature

par Véronique Giraud
Julie Delille interprète
Julie Delille interprète "Je suis la bête. © Florent Gouëlou
Arts vivants Théâtre Publié le 06/04/2024
Jouant avec l'obscurité et la brume, Julie Delille révèle son talent de comédienne et de metteure en scène. Faisant corps avec l'audacieux roman d'Anne Sibran, elle rend palpable sa poésie et sa belle étrangeté.

Il est de belles rencontres avec un livre. Celle de Julie Delille avec le roman d'Anne Sibran, Je suis la bête (2007, Gallimard), est de celles-là. L’histoire et les images nées sous la plume de l’écrivaine ont fait jaillir en elle une envie irrépressible de représentation théâtrale. La comédienne, qui avait enfoui en elle le désir de mettre en scène, fut happée par cette lecture. Alors qu’elle vivait retranchée dans un village du Berry, loin de l’agitation théâtrale mais tout près de la nature, dire le monde animal par la bouche d’une enfant que "celle qui l'a sortie de son ventre et celui qui l'a portée un peu" ont abandonnée, puis s’est adaptée à vivre dans la forêt, loin des hommes et avec les animaux, avant quelques années plus tard d'être à nouveau violemment confrontée au monde des hommes, a résonné très fort dans l’esprit de Julie Delille, au point de lui donner l’envie de transposer cette histoire sur le plateau d’un théâtre, et de l’incarner.

 

À la croisée des mondes. L’œuvre littéraire propose une rencontre déroutante avec cet être « animalisé ». Julie Delille choisit de l'introduire en plongeant la salle dans un noir et un silence opaques, quasi absolus. Plusieurs minutes passent avant d’entendre une voix, puis de percevoir un visage, des mains… Le spectateur, maintenu en alerte, guette chaque percée de lumière, chaque mouvement du corps, chacun des sons qui lui parviennent de part et d’autre de la salle. Les pas d’un animal ? Le bruit du vent ? Le cri d’un oiseau ? Le grondement du tonnerre ? Un miaulement ? Son attention est extrême tandis que lui est contée une histoire tout à la fois humaine et animale. Peu à peu on s’interroge : comment la recevoir ? Doit-on choisir un camp ? Les descriptions précises et précieuses des situations concourent à laisser vagabonder nos imaginaires à la croisée des mondes, du végétal, de l’animal, de l’humain. Jusqu’à les entremêler et faire corps avec l’immensité du vivant.

 

Je suis la bête, texte Anne Sibran, mise en scène et interprétation Julie Delille - Théâtre des trois parques. Reprise au Théâtre Amandiers-Nanterre du 23 mars au 4 avril 2024.

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