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Abby Z introduit en France sa résistance au multi-culturalisme

par Élisabeth Pan
"Radioactive Practice" de Abby Z and the New Utility à Montpellier Danse
"Radioactive Practice" de Abby Z and the New Utility à Montpellier Danse
Arts vivants Danse Publié le 01/07/2026
La chorégraphe américaine Abby Z et sa troupe performent pour la première fois en France, et c'est au festival Montpellier Danse les 27, 28 et 29 juin. Leur spectacle Radioactive Practice célèbre les différentes cultures et personnalités des danseurs.

Abby Zbikowski est une chorégraphe, professeure et danseuse états-unienne. Pour sa première venue en France, elle présente Radioactive Practice, une pièce interprétée par six danseurs de sa troupe, Abby Z and the New Utility. Le spectacle, créé en collaboration avec les danseurs, met en avant la personnalité et la culture de chacun d’eux, la chorégraphe tenant à ce que l'on perçoive une interprétation différente des intentions et des mouvements. Mettant par là même en avant son propre conflit intérieur, en tant que femme blanche interprétant des danses issues de la culture africaine, qu’elle a notamment apprises lors de sa formation à L’École des Sables au Sénégal.

 

Au théâtre Jean-Claude Carrière, le public est réparti dans une disposition quadri-frontale. Le noir se fait, puis une ampoule unique s’allume graduellement au-dessus de la scène, créant une lumière orangée sur un son sourd qui s’amplifie. Les lumières s’allument ensuite pour accompagner l’entrée en scène de Jennifer Meckley. Celle-ci exécute un solo dont la seule musique est le bruit de ses pas, de ses mains au contact de son corps, de ses sneakers couinant sur le sol, et des cris d'encouragement de ses compagnons de troupe depuis les coulisses. C’est une introduction au travail d’Abby Z : la chorégraphe a choisi de faire danser ses interprètes sans musique afin que le rythme soit créé par leur corps, et pour désacraliser la danse, pour que le public prenne conscience que ce qui a l’air si simple et évident pour les artistes leur demande toujours beaucoup d’effort après des années de travail. « Dans la façon dont le corps se déclenche, vous pouvez voir le rythme, le sentir, ce n’est pas uniquement par rapport au son » a expliqué la chorégraphe lors de sa conférence publique à l’Agora de la Danse. Les danseurs se succèdent sur le plateau, parfois en solo, parfois en duo, en trio… Chacun apporte sa propre vision de la chorégraphie. Ishmael Konney semble possédé par les mouvements, son corps semble exprimer toutes sortes d’émotions au fil des pas. Lucy Dillon apporte force et précision à chacun de ses mouvements. Abby Z dit de la physicalité dans ses chorégraphies : « Vous ne pouvez pas mentir, certaines vérités sur vous-même y sont exposées ». Elle a également déclaré avoir voulu mettre en avant les cinq éléments, particulièrement visibles sur scène avec Kashia Kancey, dont chaque mouvement semble lui être directement transmis par la terre, et Yukina Sato, dont la fluidité donne l’impression de venir de l’air lui-même. L'absence de musique met à nu la difficulté de la danse, le public entend s’accroître les soupirs et les souffles de fatigue des interprètes, et lorsque Benjamin Roach est encouragé par ses pairs hors scène, et répond en canalisant toutes ses forces « THANK YOU ! », les rires fusent dans les gradins. Ces encouragements des danseurs hors-scène permettent au public de percevoir combien ces artistes sont unis, se soutiennent, se respectent, ajoutant la dimension d'humanité voulue par la chorégraphe. Abby Z a d'ailleurs exprimé lors de conférence publique, son désarroi par rapport à la situation politique actuelle de son pays, mais s'est réjouie d'avoir trouvé un peu d’espoir à la réception de son travail dans certaines villes, notamment New York, mais aussi Austin, ville la plus libérale de l’État conservateur du Texas, et Pittsburgh, en Pennsylvanie. « En ce moment, dans la danse contemporaine, et dans l’État d’où je viens, nous sommes en conflit continu » a exprimé la chorégraphe native d'Ohio « et j’embrasse vivement cet esprit de conflit ! »

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