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Mot de passe oublié ?Les deux premiers épisodes de la série belge Ethernel étaient projetés en première internationale à Séries Mania ce dimanche, en présence des créateurs Olivier Tollet et Romain Renard, qui ont déjà collaboré sur la série Melvile. Ils étaient accompagnés sur la scène du festival de la co-scénariste Chloé Devicq (Quand je ne dors pas), du réalisateur Nicolas Boucart (Icare) et des acteurs Michaël Abiteboul (Le Dernier souffle), Edwige Baily (Braqueurs : La série) et Alexia Depicker (Moloch). La série est en compétition dans le panorama international du festival lillois.
Ethernel se situe dans un monde où il est possible de communiquer avec les morts grâce aux « objets transitionnels » dans lesquels les âmes arrivent après la mort. David (Abiteboul), policier, est habile à résoudre les homicides grâce à cette technologie, cependant il n’a jamais trouvé l’objet de sa femme, morte assassinée.
Une technologie inventive. Cette technologie permet aux vivants de ne plus ressentir le deuil car ils peuvent parler à leurs morts comme s’ils étaient au bout du fil. Ethernel est le fruit de trente années de labeur pour les créateurs, partis de leur désir de communiquer avec ceux qui les ont quittés. L’idée de la série est également venue en constatant que la technologie a permis de garder les relations intactes pendant le confinement lié au Covid. Il était alors possible de partager un apéritif via un appel vidéo entre amis, ou d'entamer des relations romantiques à distance. L’idée des « objets transitionnels » leur est venue car « il fallait trouver quelque chose qui ne soit pas si simple » confiait Romain Renard lors de l’échange qui a suivi la projection à Séries Mania. « Dès lors qu’on pose les règles du jeu de la borne, on met une distance » complétait Olivier Tollet. Malheureusement, ceux qui ne trouvent pas l’objet de leur proche vivent alors un deuil bien pire. Le design de la borne leur a été inspiré par le film de 1982, Blade Runner, dans lequel la technologie n’est pas aussi esthétique et épurée que ce montrent souvent les films de science-fiction. Les créateurs voulaient un objet avant tout pratique, qui ne semble pas si inhabituel pour les téléspectateurs. Le public de Séries Mania a d’ailleurs comparé l’objet à une borne Alexa.
La fin du deuil. « Ce n’est pas une manière de dire que la mort n’est pas acceptable, c’est une reconfiguration du deuil, » commentait Olivier Tollet. Cet univers permet d’explorer le rapport de chacun à sa propre mort avec une telle invention. Certains ne l’acceptent pas, d’autres sont en paix avec, d’autres encore souhaitent passer de l’autre côté de la borne. Les sujets de l’euthanasie, pratique plus commune en Belgique qu'en France, et du suicide sont abordés. Elsa, qu'interprète Alexia Depicker, est thanatopractrice, et cette technologie lui permet d’échanger avec ses patients alors qu’elle les maquille. Elle apprend de leur vie et, le sujet étant assez froid, les créateurs ont choisi d’intégrer des vidéos flashback du passé des morts. « On a décidé de prendre cette manière-là pour humaniser nos morts, » racontait Romain Renard. Certains de ces moments sont par ailleurs les vidéos d’enfance d’Olivier Tollet. Les acteurs se sont principalement concentrés sur ce côté humain de la série, oubliant presque qu’il s’agissait de science-fiction en plus d’un drame social.
Un thriller de science-fiction. Ethernel a comme point fort d’être à la fois un drame social, un thriller policier et une série de science-fiction. Olivier Tollet explique ce choix : « Par définition, une enquête policière, c’est un retour dans le passé », tout comme l’envie de parler aux morts. Il leur semblait alors logique de travailler avec ce genre, qui permet de maintenir le spectateur en haleine grâce à l’intrigue. La technologie permettant de communiquer avec des individus morts il y a plusieurs siècles, si leur objet transitionnel est retrouvé, cette technologie permet aussi de résoudre des enquêtes passées. « Ça permet aux gens de nouvelles promesses », selon Olivier Tollet. Pour Chloé Devicq, le concept de parler avec les morts est assez malsain et elle ne souhaiterait pas le faire si c’était possible. Loin de banaliser la mort, il s'agit d’explorer les conséquences d’une telle invention. « La seule différence entre la réalité et notre fiction, c’est que dans notre série on a décrété qu’il y avait une vie après la mort, » déclarait Olivier Tollet.