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Mot de passe oublié ?Sainte-Anne est une église néogothique du XIXe qui, désacralisée, est devenue un centre municipal d’art contemporain, qui s’offre régulièrement à des artistes reconnus ou émergents. Après Garouste, Combas, Benchama, Ramu, elle a offert son été à JonOne. Précédé de la réputation sulfureuse de street-artiste américain, le New-Yorkais JonOne, venu s’installer à Paris en 1987 pour y trouver la reconnaissance institutionnelle de son art. La métropole languedocienne, qui a l’ambition de porter les cultures urbaines, a vu en JonOne une icône idéale.
Son expression artistique, John Andrew Perello l’a apprise de la rue à une époque où le street-art envahissait les rues de New-York. Dans son quartier de Harlem, dans les années 70, l’adolescent a vite recouvert les murs de son nom d’artiste, JonOne, puis il a investi les murs de la ville et son métro de ses couleurs. Un tel espace public, infini, ouvert à tous, est à la dimension de sa personnalité, de son immense besoin de reconnaissance, et de son énergie. Mais même en créant un peu plus tard un collectif de graffeurs, il ne lui a pas suffi d’être un parmi les autres. Il était déjà JonOne, Jon le seul. Or dans ce collectif, rien ne le distinguait vraiment de ses comparses. Tel un papillon attiré par la lumière, il cherche les projecteurs de la gloire. « Depuis toujours, mes comparses dans la rue me disaient que ce que je faisais n’était pas du graffiti, que je faisais n’importe quoi. J’ai toujours été un faux street-artiste, un faux graffeur. J’étais un des seuls à faire des images abstraites dans la rue ». En choisissant de quitter les Etats-Unis pour l’Europe, il veut passer du commun à l’exceptionnel, de la rue à la toile, du street-art à l’art contemporain. Ce sera à Paris, terre d’accueil de Picasso, de Joan Mitchell qu’il admire, de Sam Francis, il sait que c’est possible. L’abstraction chromatique est son langage esthétique, le jeté de peinture, son geste. Mais plus que des références à l’histoire de l’art, JonOne offre davantage une expression de sa propre sensibilité, une énergie qui embarque avec elle des couleurs… Qui laisse le spectateur ébloui.
Difficile pourtant de faire changer les esprits. Si lui peint sur toile, fabrique des sculptures en plexiglas, son personnage colle à l’image subversive de l’artiste de rue. Il la trimballe avec lui et la France n’est pas prêt de la lâcher. Le mythe de l’artiste maudit a la vie dure. Et JonOne sait en jouer. De la Fondation de l’abbé Pierre à la Rolls d’Eric Cantona, de la rue à l’Assemblée Nationale, de à la légion d’honneur, apparaissant dans un clip de campagne socialiste pour les municipales de 2015… Il revendique l’entrée au musée, mais utilise les codes de l’art de la rue. Ses couleurs vives jetées sur la toile rappellent l’expressionnisme américain. Rien de nouveau. Elles exacerbent la pupille, renvoient un prisme flatteur et gai. Pour son exposition montpelliéraine Above and below, « beaucoup de mes couleurs sont influencées par la luminosité de l’endroit où je suis. Quand il commence à faire beau, je mets plus de jaune, d’orange, de bleu ciel. Quand il ne fait pas beau à Paris, je fais des choses plus grises, sombres ». Les œuvres présentées dans l’église Sainte-Anne, dont certaine ont été créées pour le lieu, sont des feux d’artifice composés dans la limite d’un cadre noir. L’énergie est là mais cernée, limitée. C’est ce à quoi JonOne veut s’engager. Des tableaux, aux formats quasi identiques sagement alignés sur les murs. Des couleurs vives, référence évidente à celles des vitraux de l’église. La hauteur vertigineuse de l’espace est surplombée par une immense composition de formes découpées en plexiglas de couleur. « Cette sculpture, j’ai eu l’idée de la faire quand j’étais en scooter à Paris. Je me disais que pour le Carré Sainte Anne si je ne montrais que des toiles sur les murs ça ferait vide et tout à coup j’ai eu cette idée de représenter un peu le monde. A ma dimension, parce que ces formes, ces flèches, je les fais toujours. Cela représente mon univers. Ces sculptures, j’en fais depuis une exposition de street-art à la fondation Cartier à Paris. On m’avait demandé de faire une fresque murale, moi j’ai fait une sorte de sculpture murale ». Des formes simples, graphiques, qui empruntent aux signes souvent utilisés dans les graffitis de la rue. Un ultime aller-retour que le titre de l’exposition Above and Bellow (dessus et dessous) résume bien.
JonOne "Above and below" au Carré Sainte-Anne - 2 rue Philippy à Montpellier - Du 24 juin au 1er novembre.
NOUVEAU ! Passez un week-end avec l'artiste samedi 26 et dimanche 27 septembre. Samedi, JonOne dédicace de 14h à 18h le catalogue de l'exposition « Above and below », l'occasion de rencontrer et d'échanger avec cet intarissable amoureux de l'art de la rue. A 20h, l'ancienne église désacralisée résonnera des rythmes reggae avec son ami le DJ Selecta K-ZA, que les auditeurs de la radio Mouv' connaissent bien. Dimanche, JonOne sera à l'auditorium de La Panacée, lieu des arts numériques à Montpellier, pour une conférence-débat autour de "la place du street art dans le monde de l'art contemporain". De 16h à 18h, La Panacée - Rue de l'Ecole de Pharmacie - Montpellier.
Bio
John Andrews Perello est né à Harlem de parents dominicains ayant fui le régime de Trujillo, à l’époque où le street-art inonde les rues de New-York. Très jeune, il descend à son tour dans les rues de son quartier pour imiter les graffeurs. Il inscrit d’abord sur les murs JonRosanna du nom de celle dont il est amoureux. Il gagne ainsi son cœur, un premier amour du à cette forme d’art dont il ne sait pas grand chose mais dont il vient de goûter la puissance. Lorsque Rosanna le quitte pour un autre, il n’a de cesse de retrouver sa fierté et inscrit partout JonONe , John le seul, l’unique. C’est son histoire, son intimité, qui est depuis toujours le moteur de ce qui va devenir son art.