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« Grammaire des mammifères », les mots en liberté

par Véronique Giraud
Une scène de Grammaire des mammifères, texte de William Pellier, dans la mise en scène de Jacques Vincey avec les jeunes comédiens et comédiennes de l’ensemble artistique du Théâtre Olympia – Centre Dramatique National de Tours © Christophe Raynaud de Lage
Une scène de Grammaire des mammifères, texte de William Pellier, dans la mise en scène de Jacques Vincey avec les jeunes comédiens et comédiennes de l’ensemble artistique du Théâtre Olympia – Centre Dramatique National de Tours © Christophe Raynaud de Lage
Une scène de Grammaire des mammifères, texte de William Pellier, dans la mise en scène de Jacques Vincey avec les jeunes comédiens et comédiennes de l’ensemble artistique du Théâtre Olympia – Centre Dramatique National de Tours © Christophe Raynaud de Lage
Une scène de Grammaire des mammifères, texte de William Pellier, dans la mise en scène de Jacques Vincey avec les jeunes comédiens et comédiennes de l’ensemble artistique du Théâtre Olympia – Centre Dramatique National de Tours © Christophe Raynaud de Lage
Arts vivants Théâtre Publié le 04/12/2021
C’est un texte extraordinaire qu’a écrit William Pellier. Bénéficiant de plusieurs bourses de création, Grammaire des mammifères a été lu et relu maintes fois, manié et remanié. Son auteur n’a pas inventé une histoire pour le théâtre, n’a pas distribué de rôles, mais a conçu une déflagration de mots, de phrases, de situations, qui présentent la singularité de ne pouvoir vivre qu’en étant jouées, incarnées. Jubilatoire !

Le directeur du théâtre national de Tours, Jacques Vincey, eut l’agréable sensation, trop rare sans doute, d’être surpris en découvrant l’écriture de William Pellier, qui ne ressemble à aucune autre et déborde d’une grande énergie. Cette sensation lui a donné l’envie de mettre Grammaire des mammifères entre les mains puis dans la bouche de jeunes comédiens de la promotion 2020, puis de celle de 2021, que le directeur accueille en résidence au théâtre et qu’il accompagne dans leurs premiers pas sur scène. Les cinq filles et trois garçons à qui il a demandé de lire le texte ont tout de suite été séduits. « C’est en les entendant lire le texte, en les voyant surpris et amusés, que j’ai su qu’il conviendrait parfaitement à leur enthousiasme de jeunes comédiennes et comédiens. Ce bombardement de mots et de situations est particulièrement ouvert à l’interprétation et à l’invention. Il aide à repousser les limites du théâtre. C’est ce que je recherche » explique Jacques Vincey.

La musique des mots. Au théâtre national de Bordeaux, où le spectacle est joué du 1er au 4 décembre, les huit comédiens s’en donnent à cœur joie, entrainant l’enthousiasme du public. Attroupés devant l’entrée de la salle, les spectateurs sont d’abord interpellés de part et d’autre de la cour par la voix des comédiens déclinant chacune et chacun leur identité avant de tenter, avec force et humour, de convaincre qu’ils diront Grammaire des mammifères le mieux du monde et le plus fidèlement. La musique des mots se décline en huit partitions bien distinctes, le rire est installé, la curiosité attisée. « L’auteur dit qu’il a écrit ce texte pour le cerveau droit, celui de l’émotion et de l’imagination, qui appréhende les choses de façon plus atmosphérique, qui les organisent en fonction du ressenti » ajoute le metteur en scène.
Dans l’obscurité, mots et phrases s’écrivent sur un rideau transparent tandis qu’ils sont repris, défaits et refaits par huit voix bouches tapies dans l’ombre.

Un rythme trépidant. Le ton est donné, c’est bien à un spectacle de mots que l’on va assister. À un rythme trépidant, virevolte l’intelligible, se répètent les évidences, s’ironise le peu, le sexe (sekse dans le texte) inspire beaucoup, la banalité et la férocité se conjuguent à l’infini, l’absurde fait sens, le lapsus en rajoute : « Je veux prendre le temps d’aller vite », « Les mots sont morts dans notre bouche », « Nous formons une communauté attablée à la même parole ». La juxtaposition de telles phrases parlent de notre temps, philosophent sur nos vies banales avec humour et un grain de folie bienfaisant. Les corps portent les mots en courant, en dansant, grimaçant, prennent des poses improbables, changent de costumes, chantent. Ils sont huit, mais c’est une multitude de comédiens qui occupe la scène.

Pas de temps pour l’extase, décor, costumes, chorégraphie et mise en scène soulignent les locutions avec truculence. « J’ai demandé aux comédiens de choisir leurs costumes et des éléments de décor parmi ceux utilisés pour les pièces jouées à Tours. C’est une façon de recycler le théâtre tout en encourageant une appropriation sans limites du jeu. » Loin de se limiter aux jeux des mots, les comédiens jouent de leurs costumes et des éléments du décor. Tout est sujet à jouer, rien ne se fige jamais, le temps n’existe plus. Pendant deux heures quinze.

 

La Grammaire des mammifères. Texte : William Pellier (Editions Espaces 34). Mise en scène : Jacques Vincey. En complicité avec Vanasay Khamphommala, dramaturge et chanteuse et Thomas Lebrun, chorégraphe. Avec Alexandra Blajovici, Garance Degos, Marie Depoorter, Cécile Feuillet, Romain Gy, Hugo Kuchel, Tamara Lipszyc, Nans Mérieux.

Création au Théâtre Olympia – Centre Dramatique National de Tours du 3 au 13 novembre. Au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 1er au 4 décembre.

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